mardi 27 octobre 2015

Du sommeil aigre-doux de l'enfance (1)

Si je veux parler d'une culture familiale imprégnée de bouddhisme, de croyances, de traditions et rites populaires, je ne saurais le faire sans me référer à au moins deux figures chéries de mon enfance : mamie Nam et Jean. 
Je ne suis pas bouddhiste, je ne pense pas être croyante, et encore moins athée. C'est sans doute que je me refuse toute étiquette. Mais il est vrai que la question de la spiritualité m'a toujours intéressée, celle qui dans un certain sens rejoint certaine philosophie, celle qui s'interroge et m'interroge aussi, parfois. Je ne suis guère spécialiste dans le domaine mais cet intérêt est, je crois, un héritage familial.
Je n'ai que très peu connu mamie Nam, je l'ai très peu côtoyée. La première fois que je la revoyais en chair et en os, c'était en août 1987 ou 1988. Jean m'avait très souvent parlé d'elle et j'ai rêvé longtemps de vivre à ses côtés. Hélas, presqu'une journée d'avion nous séparait l'une de l'autre. Mais cet été là, je retrouvais la grand-mère aimante qui m'avait tant manqué et lorsqu'il a fallu repartir, je n'ai cessé de pleurer. La quitter était un déchirement. Je m'étais tellement attachée à elle.
J'adorais l'accompagner au marché, elle faisait quotidiennement ses courses matinales. Les maisons d'alors, les modestes, n'étaient pas encore équipées de réfrigérateur (ni de salle de bain, ni de machine à laver, ni d'eau chaude, ni de télévision, ni de carrelage...), il fallait chaque jour penser à se ravitailler. C'était l'ainée de tous, c'était elle qui décidait, bien souvent, de la composition du menu du jour. Elle choisissait les aliments qu'elle allait cuisiner, avec l'aide de sa nièce, une cousine de mon père chez qui elle habitait. Mamie Nam partageait l'existence d'une famille avec trois jeunes enfants mais l'entente n'a pas toujours été harmonieuse. La vieille dame avait un sacré caractère : impatiente, colérique, autoritaire, mais juste, intègre, généreuse. Sa place d'ainée exigeait obéissance et respect de la part des enfants. C'est ainsi au Vietnam, les anciens ont une place de choix et tous les petits frères et sœurs, tous les plus jeunes cousins et cousines, les enfants, petits enfants, nièces et neveux, quelque soit leur âge, sont à leur service. D'ailleurs, si le bouddhisme est la religion prédominante, elle côtoie de près le culte des anciens, le culte des défunts.
Alors, chaque matin, avant de faire ses emplettes, mamie Nam ne manquait pas de brûler plusieurs bâtons d'encens, dans chaque pièce de la maison, et récitait quelques prières aux défunts, après leur avoir servi, à chacun, une tasse d'eau chaude, sans oublier le Bouddha.

2 commentaires:

  1. Une fois de plus, j'aime bien ce que tu racontes...
    Bisous et bonne journée avec une jolie pluie fine.

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    1. La pluie fine se transforme en pluie soutenue, comme un petit air de mousson :-)
      Merci Florence. Bises et bonne journée également.

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