vendredi 30 octobre 2015

Du sommeil aigre-doux de l'enfance (3)

Écrire est une exploration et l'écrivant, un aventurier de l'espace-temps. Il y a toujours une mise en danger de soi sur les terres d'écriture, peut-être un danger de perdition, de dispersion, notamment, dans cette écriture où l'on tente de parler d'un soi alors que l'on sait pertinemment qu'il est hypothétique, du moins, fluctuant, et qu'il dépendra surtout de ce que l'on en écrira.
On ne se fait plus d'illusion, on sait que l'écrivant, lorsqu'il prétend être à la recherche des lieux perdus, est en fait à la recherche d'un soi égaré quelque part, entre hier et demain, entre ici et là bas, entre des mots et des mots. Ce n'est pas la connaissance de soi qui importe, loin de là, l'écrivant se cherche d'une autre manière : il cherche son sujet, il cherche à le localiser.
Si j'entreprends de fouiller dans le "sommeil aigre-doux de l'enfance", magnifique expression que j'emprunte à Julia Kristeva dans son essai Étrangers à nous même et qui m'évoque tellement cette période toujours trouble du passé, cette période qui peut durer longtemps, cette période où le sujet qui s'éveille est à la fois endormi, c'est pour tenter de répondre à une sollicitation du hasard que j'ai transformée en contrainte d'écriture.
Aborder ce thème du bouddhisme, essayer de relater et de partager une expérience culturelle, familiale, est encore un prétexte pour explorer le mystère des relations entre des êtres vivants, entre des êtres et des idées.

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