dimanche 1 novembre 2015

Du sommeil aigre-doux de l'enfance (4)


Vingt mille francs, si mes souvenirs sont bons, c'est à peu près la somme que Jean et Suzanne avaient déboursée pour participer à la construction de la pagode près de chez eux. C'est fou ce que l'on peut faire quand on a la foi... 
J'ai vu cette pagode prendre forme petit à petit, et le temps qu'ils y ont consacré. Mais ils étaient heureux de contribuer à ériger ce lieu commun. A ce jour, Jean est encore un membre actif, trésorier de l'association et intervenant fidèle dans les diverses affaires de la pagode, tour à tour secrétaire, chargé de communication, interprète ou encore guide touristique pour moines tibétains ou d'ailleurs, en visite et logés au temple même. 
J'ai toujours aimé lors des diverses fêtes observer la liberté accordée aux plus jeunes, aux enfants, qui souvent s'amusent à l'extérieur, courent parfois dans tous les sens pendant que les adultes s'affairent, ou encore vont explorer la grande salle des cérémonies, lorsqu'elle est désertée, jouant à cache-cache derrière la grande statue de Bouddha... Nulle obligation en ce qui les concerne de prier ou d'effectuer quelques rituels particuliers. On les y invite mais on leur laisse le choix, même si les parents auraient souhaité des enfants un peu plus pieux. C'est ainsi que Suzanne fut assez déçue de me voir opposée à une sorte de "baptême" religieux. Ce jour là, alors que j'étais jeune ado, je refusai catégoriquement de prier à genoux et de me faire couper une mèche de cheveux.
Je souris en y repensant. J'ai toujours hésité entre insoumission aux croyances et aux dogmes et intérêt pour le phénomène religieux. J'ai eu ma période où je me sentais plus ou moins "bouddhiste", lorsque plus tard, jeune étudiante, je fis l'effort de lire quelques ouvrages à ce propos. Je pensais alors que le bouddhisme était plus une philosophie qu'une religion, et cette idée, somme toute assez commune, et peut-être sans réel fondement, me plaisait bien. Il est notamment encore difficile de trancher, et je ne saurais le faire : le bouddhisme est-il une religion ou une philosophie ? Peu m'importe finalement.
Cette période fut de courte durée car j'avais déjà opté pour une existence qui se voulait sans foi, ni loi, sans dieu, ni maître et la conviction de l'absurde condition humaine. D'ailleurs, ce ne fut pas toujours très drôle, car cela allait de pair avec un grand désespoir et le sentiment douloureux d'être socialement inadaptée.

2 commentaires:

  1. J'aime bien vos écits qui témoignent d'une belle indépendance d'esprit.Les traditions sont parfois lourdes à porter, aussi est-il bon de secouer le cocotier, et de voir ce qui nous concerne vraiment. Vous le faites fort bien. J'ai aimé, merci à vous

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