dimanche 22 novembre 2015

Un portrait de (mauvaise) lectrice

C'est en juin dernier que j'ai pu découvrir sur le blog de Mina, Bavardages et futilités, son billet intitulé "un portrait de lectrice", si ma mémoire est bonne. Je trouvais l'idée sympathique et m'étais dit qu'à l'occasion, je pourrais m'essayer à l'exercice. Il s'agissait de répondre à une liste de questions autour des habitudes de lectures, de ses goûts littéraires, de ses héros préférés, de ses lieux de prédilection pour lire, etc.
Alors voilà, je tente l'expérience, mais, par contre, sans reprendre les questions. Je suis trop flemmarde pour cela, et je préfère laisser aller ma pensée à ce propos : quelle sorte de lectrice serais-je donc ?
Cette question est évidemment d'une importance capitale, tant l'heure est grave. Cependant, il n'est pas encore minuit. Peut-être avons-nous encore espoir de recueillir quelques idées claires.

La première phrase qui me vient à l'esprit, c'est que je suis une très mauvaise lectrice. Plus les années passent et moins je suis productive, moins je lis de façon soutenue. Lorsque j'étais môme, je pouvais lire pendant plusieurs jours d'affilée, voire plusieurs nuits. Je me souviens encore finir à la lueur d'une bougie quelques romans d'amour comme Jane Eyre de Charlotte Brontë. Parmi les livres qui m'ont marquée, je peux citer Les souffrances du jeune Werther de Goethe, ou encore Le grand Maulnes d'Alain-Fournier. Mais mon premier coup de cœur fut sans doute Les Fleurs du Mal de Baudelaire, au collège. 
Je ne sais encore, par ailleurs, comment j'ai pu emprunter ces chemins de lecture tant j'en fus éloignée. Il n'y avait pas de livres à la maison, mes parents ne lisant pas d'ouvrages français. Je dois être une sorte de miraculée, et les bibliographies des profs de français ont été une aubaine pour moi. C'est ainsi, aussi, que je lus J'ai quinze ans et je ne veux pas mourir de Christine Arnothy durant mes années de collégienne, roman autobiographique qui m'a laissée un moment sans voix. 
Au fil des années, mes goûts m'ont portée vers les polars, d'abord les romans d'Agatha Christie, seuls bouquins que je pouvais quémander à ma mère lorsque nous faisions les courses le samedi aprèm au supermarché du coin. Heureusement qu'il y avait les bibliothèques des école, collège et lycée pour satisfaire mes envies de lecture. 
Mais finalement, je dois dire que ma culture littéraire est plutôt pauvre. J'oublie d'ailleurs très vite ce que je lis. C'est la deuxième raison pour laquelle je me considère mauvaise lectrice. 
Lorsque j'étais étudiante et bien peu fortunée, j'ai pu tout de même commencer à enrichir ma bibliothèque. Outre des polars, je me suis frottée à quelques littératures d'idée. J'avais adoré Le mythe de Sisyphe de Camus. Et puis Dieu et l’état de Bakounine, ou encore Travailler, moi ? Jamais ! de Bob Black aux éditions des Mille et une nuits ou de l'Esprit Frappeur, collections que j'affectionnais tout particulièrement. Peut-être que si je n'avais lu ces ouvrages dans la veine du Droit à la paresse de Lafargue, serais-je aujourd'hui fonctionnaire et terriblement malheureuse... De même, Une société sans école, d'Ivan Illich, m'a carrément détournée de l'éducation nationale, erreur fatale ? J'en ai été réduite à exercer plusieurs emplois sans grand intérêt jusqu'à ce que je devienne formatrice précaire dans une asso bien connue.
Grâce aussi aux éditions Librio, je me suis procurée une petite collection de romans et d'essais divers à prix tout à fait abordable quand on est fauché. Les romans de Dostoïevski et d'autres écrivains russes m'ont égayée un temps, mais je n'ai jamais eu le courage de me plonger dans Crimes et Châtiments, qui m'attend depuis des lustres maintenant. Par contre, comme j'avais aimé Le journal d'un fou de Gogol ! 
Tout ce qui était fou, ce qui était noir, ce qui était suicidaire m'attiraient. Je recherchais des lectures hors-normes, un peu comme le journal de la grande Anaïs Nin. Je rêve de relire Les Tarahumaras d'Antonin Artaud par exemple. Parce que je sais que ce livre m'avait profondément touchée mais je n'en ai plus le moindre souvenir. 
Aujourd'hui, j'ai une pile de livres qui s’amoncellent en attendant d'être dépoussiérés. Je suis beaucoup moins attirée par les romans. On m'en offre parfois mais il est rare que j'en termine. Je ne lis plus que par intermittence, en voiture, quand j'attends mes mômes à la sortie de leurs diverses activités. Ou dans les salles d'attentes. Ou le matin en buvant mes cafés, car le soir n'est plus un moment propice : trois pages et je m'endors. C'est encore mieux qu'un somnifère... Je lis des passages, je lis plusieurs livres à la fois (une bonne dizaine), sur de longues périodes, sans forcément les terminer. Je les ouvre, je les pose, je les oublie, je les reprends. Poèmes, fragments, aphorismes et pensées sont sans doute les formes que je préfère à présent. La longueur m'est difficile, parfois je lis en diagonale, ou de travers - cela arrive assez souvent - ou d'un œil distrait, et la pensée ailleurs. Néanmoins, le dernier livre qui m'a scotchée, c'est Vivre de paysage de François Jullien. 

Je pourrais dire que je suis loin d'être une lectrice bien sérieuse... Et pour finir, parce qu'on a dépassé minuit dans le jardin, je pourrais revendiquer comme Daniel Pennac :

" Les droits imprescriptibles du lecteur:
1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n'importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n'importe où
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire."



6 commentaires:

  1. Peut-être prendrais-je le temps de revenir commenter divers détails de ton beau billet...?
    Je veux d'abord, ici, le saluer... et souhaiter que chacun(e) fasse cet effort de "se connaître soi-même", au travers de sa propre "histoire de lecteur", fragment souvent important de son vécu...
    Il y a longtemps que je fais mienne cette boutade : "Dis-moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es". Tu m'apprends (je m'en doutais un peu!) qu'il est au moins aussi important de dire : "Dis-moi COMMENT tu lis, et...(etc.) : ainsi, par ce seul billet, je te "devine" (plutôt que je te "sais") bien mieux que via tous tes billets que j'avais lu de toi, qui me reste pourtant une énigmatique (tant mieux!) et séduisante personnalité... MERCI ELLY!
    (à suivre?)

    RépondreSupprimer
  2. Tu n'es peut-être plus une "bonne lectrice" comme celle que tu as été un temps ou celle que tu voudrais être ( faute de temps très certainement) mais entre temps tu t'es mise à l'écriture, non ? Une autre période de ta vie...

    RépondreSupprimer
  3. Bonjour,

    j'aime assez l'idée d'en apprendre plus sur vous notamment en ce qui concerne la lecture. Je dois dire que je partage vos préférences concernant les fragments aphorismes et poèmes. J'ai tellement lu (philosophie et romans) que je vis depuis plus d'un an un dégoût de la lecture à gros volume... Cela fait maintenant plus d'un an que je lis le journal de Pessoa... Parfois quelques divertissements de science-fiction, et toujours des fragments d'auteurs variés. Il m'arrive de ne lire qu'un paragraphe et de le méditer longtemps, de le laisser infuser pendant des jours, sans rien lire d'autre.

    Sur ce, à de prochains textes.

    Un mauvais lecteur.

    RépondreSupprimer
  4. Merci à tous trois d'être passés ! :-)

    RépondreSupprimer
  5. Je passe enfin à mon tour lire ce portrait de mauvaise lectrice, en me disant que le mien pourrait s'en rapprocher par certains aspects à présent (l'oubli des lectures, dont je me désole en particulier, et un rythme considérablement ralenti par le sommeil, entre autres). C'est malgré tout intéressant de suivre ton parcours, ces "périodes" littéraires traversées. Comme Rem, je crois en la boutade qu'on connaît quelqu'un par ses lectures (tant les livres lus que la manière), c'est une jolie façon de te révéler un peu plus.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci à toi Mina de m'avoir quelque peu invitée à rédiger ce petit portrait. C'est aussi une façon, pour soi, de se rendre compte de nos nombreuses influences, car en effet, nous nous construisons beaucoup à travers nos lectures.

      Supprimer