samedi 26 décembre 2015

Sur la route

une chanson me revient
On melancholy hill





vendredi 18 décembre 2015

Il en manque un

Pour faire le portrait d'un arbre
il ne faut pas oublier
qu'il n'est jamais le même
qu'il ne se ressemble pas
et qu'il mène toujours vers un ciel singulier...




automne


hiver


Et peut-être que ce qu'il y a de plus beau à voir, à vivre, c'est le mouvement des saisons.

lundi 14 décembre 2015

Compartiment fumeur svp




Il ne faut point se hâter de remonter la pente
                 -  la pente descendante de l'existence -

non merci,
je préfère toujours rêver
et tant pis
Tant pis !
Si je reste décalée
       - si je n'habite guère ma présence en société -
déphasée au point d'en être
                                  déphrasée
            absente de ses mots, de ces mots de l'absence
                             des mots sans moi
                           sans moi, je vous prie

Parler comme un automate
            des saisons
qui passe son temps à faire
de la pluie et du beau temps
faire jusqu'à tuer son temps intérieur
si intérieur il y a
s'il y avait un intérieur où vivre




Mais on ne vit pas à l'intérieur
on rêve :
on se rend à la gare des arbres centenaires
on en prend un en marche, sur le quai du ruisseau
arbre à grande vitesse
et sa correspondance dans les cimes : un nuage avec compartiment spécial pour rêveur à demi-ensommeillé

compartiment fumeur svp



dimanche 13 décembre 2015

C'était un samedi soir sur la terre

Et quand on est désœuvrée, on peut toujours avaler un seresta qui trainait dans son sac, avant de s'évader en bonne compagnie (avec des camarades dans le même état d'esprit que nous) dans une salle obscure de cinéma, vivre une histoire compliquée d'un homme + une femme, une histoire d'attirance, une histoire d'infidélités, une histoire d'amour, avec ses petites touches de sourires, puis aussi ses larmes discrètes, de tristesse, d'émotion. On peut voyager loin, là-bas, en Inde, dans les rues bondées, bruyantes et poussiéreuses, en voiture ; ou en bateau sur le Gange, où il y a foule colorée en quête de purification.



S'évader, on en avait besoin.
Et Elsa Zylberstein était superbe... Elle nous a grave émues. Notamment quand elle s'est baignée dans le Gange, dans un geste désespéré, elle qui voulait croire en la magie du fleuve, ou de ses pensées, ou de son périple  vers Amma, la consolante.
On a aimé, et on a versé nos larmes, voilà.
Et puis ça a résonné beaucoup dans notre âme quand Elsa a dit vers la fin du film, avant de partir : "parce que la vie, c'est chiant"...
On n'avait pas besoin de cette petite phrase assassine. 
Mais c'était un beau film quand même, où les rêves se mêlaient terriblement au réel, où les réminiscences étaient des correspondances, où la légèreté côtoyait le spirituel. 
Pendant un temps, on avait presque oublié les dix milles affaires de la vie.

A part ça, qu'est-ce qui est si essen-ciel dans la vie ?


" Ah nuage un instant capturé
          tu nous délivres de notre exil "

F. Cheng (Le livre du Vide médian)

mercredi 9 décembre 2015

lundi 7 décembre 2015

Laisse vaguer

Une grande fatigue me saisit de nouveau
la fatigue d'une fin de saison
d'une faim d'automne
les deuils qui me traversent 
                            sont comme les feuilles échouées des arbres
Une lente décadanse
sous un soleil et un ciel complices 
refroidis
dans la lumière qui s'étiole à l'intérieur
      et où la douceur s'enténèbre
             "Voici venir le temps des pensées en cavale"
  emportées par un vent tempétueux

Laisse vaguer, me dit-elle
pas de quoi poursuivre un raisonnement
A quoi sert-il de lutter contre la dispersion de soi ?

Je me dériverais bien comme ces feuilles flétries de l'automne
infiniment, en mille couleurs chaudes, assagies
j'accepterais bien de revêtir son visage
                  comme toujours
le visage indéfini
d'une enfance à la recherche d'un parce que perdu
de ces âges qui se succèdent, cernés par le halo désillusions
et de cette vieillesse repue de non-savoir



samedi 5 décembre 2015

Une lettre de Wang Wei

à son ami poète Pei Ti

En cette fin du douzième mois, le temps demeure clair et agréable. J'eusse pu traverser la montagne pour venir te voir ; mais je me retins, te sachant profondément plongé dans les Classiques. Alors, je me dirigeai vers les collines et me rendis au temple de la Miséricorde. Après un repas frugal en compagnie des moines, je repartis. Au nord de la Source-Noire que je traversai, la lune en se levant éclairait tout le pays. Je montai sur la colline Hua-Tzu d'où je pouvais voir l'eau de la rivière Wang- ch'uan onduler au clair de lune. Quelques feux lointains scintillaient à travers les arbres de la forêt. Plus près, au fond des ruelles du village, l'aboiement des chiens résonna comme le hurlement du léopard. Le bruit des villageoises qui moulaient le riz alternait avec le son des cloches. A présent, tout est silencieux ; le jeune domestique est endormi. Assis seul, je me laisse envahir du souvenir de moments délicieux où nous nous promenions la main dans la main, sur les sentiers qui longeaient la rivière, en composant des poèmes. Que vienne le printemps qui fait s'épanouir les plantes sur la montagne ! Les poissons gracieux frétillent dans l'eau et les mouettes s'envolent à tire-d'aile ; les faisans chantent à l'aube au milieu des champs d’émeraude, encore tout brillants de rosée ! Ah, ce temps n'est plus loin ; tu viendras avec moi jouir de ce paysage, n'est-ce pas ? Toi, esprit si élevé, si subtil, tu en saisis la beauté mystérieuse : sinon, je n'aurais osé t'ennuyer avec une invitation aussi futile. Je profite du passage d'un transporteur de bois pour t'apporter ce message.

L'ermite de la montagne
Wang Wei

(cité par François Cheng, in Vide et Plein)


mercredi 2 décembre 2015

Petit pavillon aux bambous

Seul assis parmi les fins bambous,
Je joue du luth et je chante sans arrêt.
Au milieu de la forêt profonde
Je suis ignoré de tous.
La clarté lunaire apparait,
Elle et moi échangeons nos lumières.

Wang Wei
(701 - 761)