lundi 15 février 2016

Un dimanche sur la terre

Ce matin là, j'éprouvai le besoin de marcher en solitude, j'avais envie de sentir l'air frais et vivifiant sur mon visage, il me semblait qu'une marche ne pouvait que me faire du bien, que le mouvement allait dé(ver)rouiller le corps, tout autant que ces séances de taï chi que j'essaie de suivre assidûment. Ce n'est pas sans "me faire violence" d'une certaine manière. Il faut parfois se faire violence, se forcer de dépasser des habitudes rigidifiantes, de dépasser l'immobilisme, l'inertie. Si certaines personnes bougent sans cesse, à l'excès même, pour ma part, j'ai plutôt tendance à la passivité, aussi bien corporelle que mentale. C'est d'ailleurs sans doute pour cela que les pensées finissent par tendre vers un ressassement, vers des ruminations, comme un disque rayé qui ne délivre plus qu'un fragment de mélodie, répétitif et incessant, jusqu'à plantage de la machine, une machine qui peut-être aussi par lassitude, et parce qu'il arrive un moment où l'énergie vient à manquer et que le mécanisme se dérègle, fait turn off, ou game over, ou encore burn out, puis cut off de la société, du monde... 
Il faut alors dénouer, huiler le mécanisme, conserver la fluidité, travailler la souplesse, éviter les blocages ; il faut que ça glisse, que ça circule, que le corps se meuve pour que les pensées en fassent de même, sans heurt. Et avec lenteur de préférence, comme les mouvements du taï chi chuan, style yang.  C'est ce que la pratique me fait sentir actuellement, en plus de prendre conscience et de désapprendre, en douceur, des postures trop "incorporées" en soi : comme le fait de me tenir droite (j'entends encore ma mère me répéter "tiens toi droite !), or il me faut apprendre à arrondir parfois le dos (arrondir les angles) pour effectuer certains mouvements. Le taï chi est tout en rondeur, en mouvements subtils, en cercles, en équilibre, en coordination : entre yin et yang, ouverture et fermeture. Et l'intention qui précède le mouvement. Et la mémoire du corps. Pour arriver au fil des ans à une forme de méditation dans le mouvement.



Ma balade m'apporta une certaine sérénité, un certain bien être. Marcher à travers champs m'ouvrait l'appétit, j'observais les nombreuses plantes sauvages qui se déployaient sous mes pieds et me disais que je pourrais m'organiser une petite cueillette, puis concocter une salade composée : feuilles et fleurs de pâquerettes, rosettes des bourses à pasteur, cardamines et divers crépis (dont le crépis fétide à l'odeur et saveur si particulières), pissenlits, oseilles sauvages, plantains lancéolés... Le plantain, dit aussi l'herbe des baroudeurs, s'épanouit en ce moment et déjà ses hampes florales si singulières se dressent, prêtes à fleurir. Aux abords d'une petite route, je rencontrai deux orchidées qui débutaient tout juste leur floraison. Ah ! Ces merveilles de la nature ! Au sol comme aux cieux.
Le temps était doux, les rayons du soleil chauffaient agréablement et le ciel était plein de nuages.
Contemplant la mouvance presque imperceptible de ces monstres de coton, me vint alors une pensée aux allures d'évidence : comment n'y avais-je songé plus tôt ?
Nos pensées sont des nuages vaporeux et évaporés d'une terre et de ses flux.
Doucement prennent-ils corps, impalpables et changeants, corps impermanents, tour à tour légers, fuyants, lourds, gris, pesants, blancs, rosissants ou rougeoyants, pâles, évanescents...
Ils s'élèvent, apparaissent, déambulent, se chamboulent, puis s'évanouissent.
... De quoi écrire tout un poème.




Mais assez de nuages...
Je suis une amoureuse de Siouxsie Sioux, et j'aime régulièrement ré-écouter ses chansons qui ont fait vibrer, trembler, mon adolescence... En navigant sur you tube, je découvre un de ses derniers titres, et sa voix, simplement superbe. Je suis transportée, comme sur un nuage.
"Ce qui ne nous tue pas" sonne ici comme un air de réconfort, une consolation.



If it doesn't kill you


6 commentaires:

  1. Merci, j'ai eu la très agréable sensation de me balader à vos côtés grâce à ce texte et ces photos.

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  2. Oui, et d'ailleurs dans des spiritualités et notamment lorsqu'on nous apprend à méditer, on entend des comparaisons faites entre les pensées et les nuages ou bien même les pensées et les vagues de la mer. Et l'homme sage, dans sa nature véritable, est alors comparé à une montagne qui contemple, immobile et impertubable, les nuages, aller et venir. Ou bien encore dans le cas des vagues, la mer est alors comparée à la nature véritable de l'esprit.
    Chouette pour ce que tu dis du tai chi. Et, en te lisant, je me rends compte que je ne dis pas trop de bêtises pendant mes cours, car ce que tu en dis est ce que M. Gu nous en disait.
    Pour demain finalement je serai chez ma mère à midi, du coup, je te propose, soit de passer avant d'aller à la piscine boire un café ou une thé chez elle, puis après on file avec ma soeur à Diabolo soit on se rejoint directement là-bas vers 15h30 16h. Le premier soin est réservé pour 16h30. Tiens-moi au courant.
    Bises

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    1. Donc, j'ai plutôt bien compris ce que tu nous enseignes, chouette ! Et j'ai bien retenu, tu vois ;-) Samedi dernier, quand tu as évoqué cette méditation dans le mouvement, ça m'a vraiment parlé... Et ce rythme, lent, mais régulier me fait aussi réfléchir. On pourrait en discuter demain. C'est ok, je passe vers 15h chez ta mère ?
      Bises

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  3. Oui c'est ça, ce que l'on découvre dans le tai chi est fait pour être transposable dans le quotidien.
    A demain chez ma mère :-)

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