dimanche 6 mars 2016

La nostalgie des flamands roses



Tu sais, parfois, j'ai la nostalgie des flamands roses. Cela ne signifie pas grand chose, une image seulement, un peu morose, une ligne d'oiseaux migrateurs comme des notes de mélancolie à l'horizon, sur un terrain vague, sans vague, plat, salé, liquide et orangé comme le ciel que j'ai coloré éperdument de quelques rêves silencieux. C'est tout simplement la nostalgie d'un lieu perdu, tu vois, quelque part autrefois, que je ne recherche plus, un ailleurs reposé, tranquille, impensé, sans vent, vers le sud, aux Saintes Maries de la mer, quand tu étais jeune et plein de vie, encore, et que tu ne le savais pas, car tu étais si loin de t'en douter. 
J'ai vu ces flamands roses en noires et blanches, ils étaient tristes comme un regard, ils étaient vagues comme la mer, je n'avais pas encore imaginé comme le ciel pouvait rosir d'émotions, un matin d'hiver flou, surtout quand il s'immisce dans les fluctuations d'un cœur trop léger et trop grave à la fois, un cœur qui ne cesse de palpiter des folles montagnes russes. Il n'était pas possible de le deviner alors, encore moins de le pressentir, même lorsque l'on sait d'expérience que la flamme des amants passent du rouge au rose un jour ou l'autre, parce qu'il fait vieux tôt ou tard et parce que toujours, on préfère garder ce voile de douceur devant les yeux, des yeux qui crèveraient trop douloureusement face aux vérités crues, criantes et criardes.
Tu sais, souvent, me revient ce moment inexistentiel et pourtant baigné d'une nostalgie de flamands roses, en ta présence passée, sans cesse évanescente, pâlotte comme la mer orangée et comme le ciel d'un temps où les nuages viennent à manquer, semblant vouloir encourager peut-être, encore et encore, quelques amants à prendre leur envol vers l'extase d'un soleil seulement esquissé, et à se brûler les ailes.  La nostalgie des flamands roses demeure, vois-tu, si éloignée, si absente et si intemporelle à présent, mais elle me serre le cœur, elle m'enlace et me prend à la gorge comme si c'était la première fois, la toute première fois et la toute dernière fois que je la vivais.

6 commentaires:

  1. Magnifique pour un petit poème sans ambition.

    J'adore sincèrement. Quelle merveilleuse expression de la nostalgie... Je suis admiratif.

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    1. Merci ! Comme le poème précédent, c'est ici un texte issu d'une écriture quasi automatique, avec pour point de départ cette image plus ou moins retouchée. (voilà quelques secrets de fabrication... :-))

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  2. J'aime beaucoup ton texte, ainsi que la photo,...
    … mais j'ai une toute autre vision, hélas, de flamands roses :
    Cela se passe aux étangs du delta du Nil vers 1946 : j'ai environ 6 ans et on m'embarque avec mes sœurs adolescentes dans une jeep-amphibie de l'armée anglaise. C'est à la fois la première fois que je monte dans une auto et un bateau ! En fait, je ne suis là que pour protéger ces jeunes filles de l'audace éventuelle des jeunes militaires... et ceux-ci sont fous ! : ils foncent vers un rassemblement de flamands roses et ouvrent le feu (de mitrailleuse!) sur eux : quel envol chaotique ! Puis ces galants cueillent entre les cadavres d'oiseaux de belles plumes roses, teintées de rouge-sang, pour les offrir aux demoiselles !!!
    Ce n'est ici que le très résumé d'un souvenir dont j'ai écrit bien des pages (égarées!) tant cette anecdote est pour moi instructive : de la beauté de la nature et de la stupide folie des hommes, en particulier de mâles guerriers.
    ... « Les Soldats seront troubadours, mais nous serons morts, mon frère, ma sœur »...

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    1. C'est en effet un souvenir plutôt angoissant...
      Merci de ton passage Rem*

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