lundi 10 octobre 2016

Y revenir, je ne puis

« Ce serait entreprendre le récit d’un cauchemar que de vous raconter par le menu l’histoire de mes relations avec cet idiome d’emprunt, avec tous ces mots pensés et repensés, affinés, subtils jusqu’à l’inexistence [...] Il n’en existe pas un seul dont l’élégance exténuée ne me donne le vertige : plus aucune trace de terre, de sang, d’âme en eux. [...] sans quoi jamais je n’eusse abandonné la nôtre (notre langue), dont il m’arrive de regretter l’odeur de fraîcheur et de pourriture, le mélange de soleil et de bouse, la laideur nostalgique, le superbe débraillement. Y revenir, je ne puis. Celle qu’il me fallut adopter me retient et me subjugue par les peines mêmes qu’elle m’aura coûtées. [...] Je donnerais tous les paysages du monde pour celui de mon enfance. Encore faut-il ajouter que, si j’en fais un paradis, les prestidigitations ou les infirmités de ma mémoire en sont seules responsables. » Cioran, E.M., 1960

1 commentaire:

  1. cioran j'aime bien , il a finalement su être lui même pour le meilleur et pour le pire

    Abraxas

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