jeudi 22 décembre 2016

D'allusions en illusions

Peut-on imaginer quelque chose de plus inconsistant que l'ombre du vent ? 
Difficile d'imaginer, tant cela ne coïncide guère avec ce que nous percevons de la réalité, que le vent puisse posséder une ombre. Difficile de se représenter une ombre de vent, ou à l'inverse une lumière de vent. 
Comment donc tout de même donner ou imaginer un sens à ce que l'on ne peut concrètement appréhender, à ce qui semble être inexistant ?

lời bóng gió : ces trois mots signifient en vietnamien allusion.
Littéralement, on peut traduire "parole lumière/ombre vent", avec donc une hésitation pour le mot bóng. Le dictionnaire donne deux traductions contraires. C'est-à-dire que nous avons ici en un seul mot deux définitions contraires, la désignation de deux réalités antithétiques : ombre et lumière. Et je ne saurai dire si dans cette collocation, bóng s'entend plus dans un sens ou dans l'autre, s'il faut donc le comprendre comme ombre ou comme lumière. Cependant, l'association de ces trois termes donne une image assez intéressante, à mon goût, de l'allusion. 
Si l'allusion est rattachée à la parole, comme si toute allusion ne pouvait que provenir d'une parole, ici cette parole est aussi accompagnée de bóng gió, d'ombre/de lumière de vent. L'allusion serait donc une parole d'ombre de vent (faisons le choix arbitraire de l'ombre)...

Comment interpréter cette expression "à la française" ? 
Comme j'aime bien l'analogie, je dirais qu'une parole d'ombre de vent est une formule très poétique, tout comme le poème sait être allusif. Sans désigner strictement une réalité, la parole allusive ne fait qu'évoquer quelque chose qui ressemblerait à une réalité : une forme de réalité que l'on ne peut atteindre clairement mais que l'on pourrait pressentir. Ce serait une réalité comme un pressentiment, ou bien une intuition. On pourrait aussi dire, un peu autrement, que l'allusion nous donnerait une conscience confuse de quelque réalité.

A moins que l'ombre du vent ne soit qu'une illusion ? 


lundi 5 décembre 2016

Mémoires d'outre-virtuel (2)

Je crois qu'il n'est rien de plus agréable que le repos. Ne rien faire et retrouver enfin un peu de ce temps lâche que l'on perd sans cesse dans le tumulte du travail en société. 
Ce temps ressemble à celui de l'enfance : à ce temps doux de l'ennui qui m'envahissait souvent, sur les bancs de l'école ou sur le canapé du salon d'un appartement se mourant dans mes pensées. J'ai encore une image-sensation d'après-midi passés à rester allongée, dans la chaleur des vacances d'été, quand le soleil s'infiltrait dans la pièce à travers les rideaux, longeant le sol et le store baissé à demi. J'ai encore la nostalgie de ce moment trop lointain et solitaire, de cet étrange lieu perdu, mais demeuré à l'étroit dans mon cœur. 
Ce quartier, perdu entre des HLM et des HLM, entre le discount rasé depuis et un parking presque fantôme, entre une rivière où les enfants manquent de se noyer et quelques aires de jeu laissées à l'abandon, ce quartier de mon enfance, laissait entrevoir par delà les fenêtres l'horizon du dépaysement, celui de la misère humaine, et du goudron puant des voies sans retour.

samedi 3 décembre 2016

Mémoires d'outre-virtuel

Que dire ? 
Peut-être me contenterais-je de parler. 
Sans dire.
Me voilà donc à quelques milliers de kilomètres temporels du virtuel. 
Engouffrée dans un quotidien qui n'est pas pour me déplaire actuellement.
Je suis sans emploi
unemployed, presque inemployable, quasi inutile
une vrai perte de temps et d'argent
improductive
au chômdu, comme on dit
quoique pas tout à fait encore inscrite au grand Pôle Emploi.
Une nouvelle assistée du Système !
Quelle joie.
Ne pas travailler.






Simplement oeuvrer avec ses symptômes. 

jeudi 1 décembre 2016

Heureux qui comme toi ne s'éveille à point d'heure



Par un matin brillant et glacial, je suis venue de nouveau te fixer du regard. J'ai tenté de t'immortaliser, encore, cliché après cliché. Je collectionne les stéréotypes de ton inconscience ; ils font ma musique enrayée. 
 

Par un matin givré, j'ai cheminé doucement vers tes rêveries, là où l'ombre se muait en brumes. J'ai dérivé silencieusement vers tes fantasmes informels. Tu écris comme tu dors, au vent de l'inconnu. L'inexistentiel, le froid de tes ciels, ou l'indifférence et sans raison : tu écris comme un charme, une résonance. J'ai entendue ta correspondance par un matin bleuté. 

 
Un spectre flouté de quelques mots impalpables songeait à une idée, lointaine et hors d'atteinte. Une pensée de ton sommeil faisait comme une allusion. 
Parce que la vie n'est pas un combat, mais un abandon.


 Alors, la snif au nez, les joues rougies, les chaussettes trempées, je m'essoufflais, éblouie par ton mirage. Je continuais aveuglément, même si je manquais mille fois de glisser sur l'herbe mouillée, de sombrer dans un courant d'air, de goûter la boue de ton âme.