mardi 25 juillet 2017

Les joies du deuil




"Mais aujourd’hui, notre société doit “tourner” vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Tout temps qui échappe au travail est un temps perdu. Dans une logique consumériste, il faut toujours que nous consommions plus d’objets, de loisirs. Par ailleurs, ce temps du deuil est aussi mal vu, car c’est une période de remémoration. On se souvient, on pense au mort, on fait des bilans. Tout cela vous place dans un registre métaphysique qui favorise la pensée et la vie, paradoxalement. Ce sont des moments intenses, rares, où il y a une connexion fructueuse entre l’émotion et la pensée. Quelqu’un qui est ému et qui pense en même temps est plus libre que la moyenne. Le temps du deuil est un temps subversif."

Anne Dufourmantelle

3 commentaires:

  1. Oh comme je suis d'accord, un temps subversif !
    C'est exactement ce que j'ai noté il y a peu et qui confirme que je suis encore en temps de deuil. Merci.

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    1. idem :-) Je trouve cette dernière phrase "le temps du deuil est un temps subversif" très juste.

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  2. Je me permets de recopier un commentaire reçu en privé et qui pour quelques raisons mystérieuses n'a pu être édité ici directement...

    "Je suis on ne peut plus d'accord avec cet extrait, d'autant plus que j'ai travaillé quelques temps comme porteur funéraire. J'ai pu voir à quel point ces instants sont privilégiés, les gens sont sommés, pour un temps, de mettre en pause l'occupation laborieuse de l'espace-temps de leur vie, d'interroger leur propre finitude surtout. Parce que c'est cela que j'ai retenu aussi: à quel point la mort n'est que l'affaire de la vie, et à quel point face à la mort, la vie retentit de plus belle: dans la souffrance des proches, dans tout ce que ce "coup de pied dans la fourmilière" qu'est la mort d'un proche peut mettre en branle (décisions, pensées, émotions, etc.).

    Définitivement "le temps du deuil est un temps subversif", j'ai même eu le rare privilège d'assister à certains prêches de qualité, dignes d'une sagace philosophie dont les mots résonnent d'autant mieux dans le silence des églises ou des cimetières."

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