jeudi 20 juillet 2017

Quand je serais grande

Un jour, si par hasard je terminais d'écrire ma thèse, peut-être pourrais-je m'accoler l'étiquette de linguiste, ou mieux d'anthropologue du langage. Ce serait mon domaine de spécialité, je serais experte. Trop la classe. Et je ne serais pas plus avancée. Comme ça se trouve, je continuerais de pointer au pôle emploi et je devrais écrire des lettres au directeur de l'agence en réponse à ses courriers d'avertissement avant radiation pour non présentation à des convocations aux ateliers "droits et devoirs" du demandeur d'emploi. Qui sait ?
Peut-être aussi, dans le meilleur ou dans le pire des cas, rejoindrais-je la communauté des maîtres de conf et puis passerais-je l'hdr pour ensuite superviser des futures thèses ? Le problème, c'est que je manque d'ambition et que je ne sais pas de quoi je rêve. En plus, c'est encore une histoire de concurrence acharnée et je ne sais pas vendre ma peau. Mais bref ! Inutile de penser à ma retraite. Je me laisserais emporter par les vagues. Qui vivra verra, comme on dit. 
En attendant, je pensais qu'il était chouette de pouvoir écrire au néant du virtuel. Le 21ème siècle a tout de même quelques avantages. Plutôt que de m'adresser à un journal intime et solitaire, je peux envoyer mes bouteilles d'humeurs à l'amer internet et parfois, accueillir quelques réponses pleines d'empathie de la part de passagers ou de passagères clandestins/clandestines, au bord du naufrage, comme moi. 
Ce matin, comme je me réveillai un peu trop tôt, plein d'idées me trottaient dans la tête. D'abord, je me demandai si je me levai ou pas. Ensuite, m'est venu le mot "hypertexte". Hypertexte, c'est la magie d'internet. Aujourd'hui, il est possible d'écrire des hypertextes, voire des hyperpoèmes. Pour en avoir une idée concrète, je peux en donner un exemple ; voilà un vieux truc que j'avais gribouillé autrefois et que j'avais intitulé Les chansons d'amour


Suite à une overdose sévère d'actualités, de discours catastrophistes, pessimistes, colériques, hargneux, etc. dans la même veine, j'ai failli en crever et j'ai ressenti le besoin impérieux de parler d'amour, avant qu'on ne la décapite (qui sait ?)... Hé oui, je suspecte une forte inclination romantique en ma mystérieuse personne. Et ceci est une maladie qui me poursuit depuis l'enfance. Que faire, sinon succomber à l'appel de l'amour ? Avant qu'il ne soit trop tard ? Car...


on dirait que le temps est encore en avance
alors que j'aimerais qu'il s'endorme un moment
je repousse la nuit je repense au bouleau
à son ombre fébrile à son souffle tremblant

l'automne est déjà là les ruisseaux alanguis
transportent les rameaux que le vent a cueillis
il est beau mon vieil arbre à la peau poivre et sel
son front se dégarnit et il se courbe un peu

mais j'aime pour toujours quand son ombre caresse
comme un souffle tiédi au bord d'un tombeau d'eau
je repousse la nuit je repense au bouleau
j'aimerais que le temps se fissure un instant

il est seul sur sa rive il est seul avec moi
tandis que se dessine une ride évasive
dans le creux de son dos qui frissonne à l'automne
l'automne est déjà là il annonce l'hiver

et je reprends la marche et je quitte à nouveau
sa force sa grandeur je m'éloigne à regret
ses feuilles continuent la lente décadanse
je me languis déjà de leur tonalité


3 commentaires:

  1. D'une bouteille vide à un songe creux, voici un délicieux texte, savouré en connaisseuse.

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    1. Heureuse que tu aies trouvé le texte délicieux ! Belle journée Christine

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  2. "je repousse la nuit je repense au bouleau
    à son ombre fébrile à son souffle tremblant"
    c'est parfait... magnifique....
    Sinon bon courage pour la thèse...

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