vendredi 11 août 2017

Matin aigre

Bientôt 20 ans que nous avions fait le choix d'aller là-bas vivre, à la campagne, loin des cités. Une vieille ferme, une vieille maison à restaurer, des bouts de terres en friche et le rêve d'une vie de paysans, cultivateurs cueilleurs, indépendants, dans les marges.
On en a vu passer après : des stagiaires ou autres visiteurs (du dimanche quelquefois), des jeunes et des moins jeunes, des couples et des célibataires, des utopistes ou des arrivistes, des écolos-bobos ou des pseudo-anarchistes, des qui sont érudits, des qui vous donnent des leçons de "culture", des modestes et des prétentieux, des plus ou moins spirituels, des amoureux de la Nature, des alcoolos "en réinsertion sociale", des "en situation de handicap" aussi, comme ce jeune que nous avions employé un temps, et dont l'unique handicap était d'être trop lent dans une société où il faut être performant (donc rapide...) ; bref ! Des individus en tout genre qui rêvaient d'un retour à la terre, d'une "qualité" de vie, d'un "développement durable", d'une agriculture dite "bio", agriculture biologique ou biodynamique (nuance), permaculture ou planches semi-permanentes, agroforesterie, rotation des cultures, biodiversité, engrais verts, ferme de "taille humaine", vente directe, commerce local, respect de l'environnement, solidarité, alliance "producteur-consommacteur", paniers bio, etc. On commence à connaître le vocabulaire du milieu, maintenant que ça fait quelques baux qu'on le vit. On a même l'impression d'en avoir fait x fois le tour... 
C'est tout un courant, une vague, faite de récup et de recyclage, de gestionnaires et de bons sentiments, quand ce ne sont des injonctions pleines de moralisme et de vérités. Une communauté finalement, aux frontières limitées, et pas toujours poreuses, tout comme en d'autres lieux. Toujours la même tragi-comédie des appartenances et des identités, aussi.
Mais derrière les beaux mots, derrière l'épaisse couche des beaux discours mâtinés de références éco-politiques à la conf', par ex, derrière les masques, on rencontre peu d'humains finalement.
Humain : si l'on veut encore accorder à ce mot une signification positive.



Et pourtant, on le sait, la monoculture intensive est un désastre. Tout comme la monolangue. Et l'ambroisie pullule.


2 commentaires:

  1. Amer et très lucide constat. Le problème c'est que là où il y a de l'homme il y a de l'hommerie, c'est à dire beaucoup d'inconséquence dont nous commençonsà payer le prix fort

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    1. Oui c'est amer, c'est plutôt pessimiste... Mais en réalité, il y a aussi des côtés positifs. Ce n'est ni tout noir, ni tout blanc, hein ?... Merci du passage !

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