vendredi 15 septembre 2017

A nos absents

J'ai beaucoup de mal à m'activer. Je fais par intermittence. Entre-temps, je laisse la pensée aller. Je fume aussi. Je fume beaucoup moins que durant les quelques mois qui ont suivi la mort de JF mais je fume sans pouvoir y mettre un terme. Je n'arrive pas à tenir les bonnes résolutions. J'ai hésité entre dormir et m'inscrire. Les formalités administratives m'insupportent. J'attends toujours la dernière minute. Finalement, j'ai décidé de m'inscrire. Pour me connecter sur le réseau des doctorants, il faut un mot de passe. Je l'avais encore oublié. Ce doit être ce qu'on appelle un acte manqué. J'en recrée un nouveau. Je peine à remplir quelques lignes. Ma pensée est déjà ailleurs. 
Je repense alors au jeune frère de L. Il s'était pendu dans les bois. Son suicide avait précédé de quelques mois le suicide déguisé de JF.  Je lève les yeux. Une photo de JF est posée sur l'étagère du bureau. C'est une photo qui date de 2011, à une époque où il paraissait encore bien dans sa peau. Tout peut si vite basculer. Le jeune frère de L. ne s'est pas remis d'une déception sentimentale, ni du décès de son père survenu quelques temps auparavant. Je me souviens quand L. m'annonça la nouvelle au téléphone. Lorsque j'ai appris le décès de JF, j'allais chez L. C'était un début d'après-midi. Je me suis arrêtée le temps de boire un grand verre de whisky. Il fallait digérer le truc. On s'est dit, ce jour là : mais dans quel putain de monde on vit, merde ! Les gros mots, ça fait du bien parfois. 
De retour chez moi, je rassemblais quelques affaires avant de repartir aussitôt. J'ai pris l'autoroute, le cœur lourd, à la rencontre de son fantôme. Il était impossible de prendre la fuite.

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