lundi 18 septembre 2017

De la folie

...Je ne sais comment je survis
Eh bien oui telle est ma folie...

B. Fontaine



Parmi les textes de la très grande Brigitte Fontaine, celui ci est de ceux que je préfère. Elle sait évoquer sa folie avec une rare lucidité, force, poésie et beauté. Noirceur, désespoir, sensibilité et dérision aussi.
C'est une chanson qui résonne avec mes tripes. Je l'écoute souvent car elle fait partie de ma playlist de chansons pas très gaies. Je l'ai aussi beaucoup écoutée quand mam est morte, parmi d'autres.
Quand certains cultivent quelque grain de folie - cette folie qu'on ne mesure qu'à l'aune de la normalité, et vice versa, dans un cadre socio-culturel donné - une fantaisie, une excentricité, en en faisant leur petite marque de fabrique, d'autres, pendant ce temps, vivent réellement une folie, une folie toujours unique, toujours singulière. D'autres éprouvent douloureusement ce qu'on appelle folie : une étiquette, un marquage sur la peau, ou cette indéfinissable perdition de soi qui meurtrit tout autant le corps que l'âme.
Je ne sais ce qu'est la folie. Ce que je crois, car ce ne pourrait être qu'une croyance après tout, c'est que folie et normalité sont en chacun - deux mots qui se touchent bord à bord. Il n'y a pas de frontière et l'un peut prendre le visage de l'autre, tour à tour, et du jour au lendemain, lorsque le corps s'emballe, lorsque le langage et ce qu'il charrie prend totalement possession d'un corps à sa merci : comme un torrent de signes fous, qui emporte tout.
Je me souviens bien de cette poussée de folie qui avait noyé cette femme, cette pauvre femme en exil, en errance. Je me souviens bien de cette douleur violente au milieu de l'estomac, comme un coup de hache. Je me souviens toujours du regard de cette femme qui m'était à la fois si familière et si étrangère. Il est ainsi des histoires qui hantent jusqu'à la fin, on ne peut s'en défaire : seulement en atténuer la peine parfois, avec le temps.


Mother's pain - Emilie Simon

4 commentaires:

  1. très beau choix de morceaux. Oui c'est vrai il suffit parfois d'un rien pour basculer, et ce qui est terrible c'est que personne n'est à l'abri, ne peut se sentir à l'abri. Voilà pourquoi il faut peut-être un peu de folie au jour le jour, pour se mithridatiser...

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  2. « La folie qui m’accompagne et jamais ne m’a trahi » aurait pu lui répondre son compagnon de route. La folie rabaissée au rang d’excentricité plus ou moins entretenue est une blessure de plus. Elle est follement drôle !
    C’est un sujet vertigineux, la folie, fascinant. Bascule dans un autre rapport au monde, déréalisé, et à soi, dépersonnalisé, élan vital rétro projeté, perdition dans la fuite, se perdre et se laisser glisser, … je n’en sais rien au fond mais je partage votre intuition d’une dimension souvent mélangée glissant, avec la normalité, d’une boule à l’autre du sablier. Quand le mouvement s’arrête, quand les cloisons mouvantes deviennent étanches, quand on a plus la force de laisser glisser…
    Je me rappelle en terminale du premier sujet de philosophie à travailler : qu’est-ce que la folie ? Ce sujet me donna l’occasion d’un voyage bien flippant dans l’abîme, rien d’anodin en tout cas, rien de drôle.

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    1. La folie est un sujet vaste, vertigineux et fascinant, oui ! Je crois qu'elle a un lien profond avec le langage. Y a-t-il une folie hors langage ?

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    2. Brigitte et son compagnon : une folle histoire d'amour et de création :-)

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