vendredi 22 septembre 2017

Saïgon

Saïgon n'est plus ce qu'elle était 
a-t-elle jamais été comme je l'imaginais ?
je l'ai souvent rêvée dans le visage de Nam
Nam n'est plus
et plus personne ne me retient

Là bas

froisser quelques feuilles de menthes vertes entre ses doigts
humer l'arôme qui s'y dépose
faire la même chose avec du basilic pourpre
goûter aussi
le durian a une odeur rebutante. Se pincer le nez pour y remédier.
croquer du gingembre confit, boire du lait de coco frais avec des glaçons.

une douche de moussons

citronnelle et ananas dans la soupe
crevettes et riz blanc

quelques bâtons d'encens que tu brûles
bois de santal
tes prières pour les défunts et les vivants que tu aimes

boire une bière ensemble pendant le repas
à même le sol, près des fourmis noires
la chaleur
je transpire
les pales du ventilateur au plafond tournent
tournent
tournent

allongée pour un voyage
vers ta nuit
si lointaine

Pourtant elle est proche ta nuit
visage amaigri et ridé
fils blancs dans ta chevelure
regard sans force
oubli de vie
oubli de soi, conscience en fuite
le début d'une fin parmi...
les rêves à terre
les deuils d'autrefois
les pertes et les naissances
les naissances et les pertes
les départs des enfants
l'avion qui décolle
une ligne dans le ciel au loin
et la solitude chez toi
et ta nuit qui approche
ta nuit après des nuits
ton obscur ou ta lumière
ta faim rassasiée
ta soif coupée
ma solitude


Nam est morte en 2013. Elle me manque toujours. J'avais dû écrire ce texte en 2011 ou 2012, je ne sais plus. 


 On peut voir Saïgon by night chez Colette : ici

On peut également se plonger dans la guerre d'Indochine en ce moment sur ARTE +7 :
Une semaine consacrée à la guerre du Vietnam sur France culture : ici
en musique aussi

1 commentaire:

  1. ce texte est magnifique.
    J'ai en effet pensé à toi en voyant les trois derniers épisodes de la série documentaire vietnam hier soir.

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