vendredi 6 octobre 2017

Improbable mais vrai

"On devrait toujours être légèrement improbable."



Il était fort peu probable que je reprenne une activité salariée, et pourtant, voilà que j'ai signé, un petit CDD, certes. Rien de nouveau sous l'ombre. Je retourne là où j'étais, auprès de ces jeunes si attachants, si insouciants, si naïfs parfois. Ils me rappellent ma jeunesse. Quel mauvais souvenir.  Certains ne savent ni lire, ni écrire. C'est à peine s'ils savent réfléchir. Oui, je sais, je brosse un portrait plutôt dévalorisant des post-bac que j'ai l'habitude de côtoyer. Bien sûr qu'ils savent lire et écrire, mais pas entre les lignes.
De la culture générale, un truc improbable et flou que je vais leur insuffler. Leur apporter quelques éléments de réflexion histoire de les endormir, de les bercer un peu. Ils me répondront souvent par des silences ou par des "je ne sais pas comment dire", ou encore par des "ça ne m'inspire pas". Ils ont raison, rien d'inspirant, rien à dire véritablement mais, qui sait, peut-être se réveilleront-ils brutalement, choqués par le dévoilement soudain d'une réalité cauchemardesque ? 
On commence avec le thème du "travail". Allez les jeunes, au travail ! Et pour la vieille aussi. 
L'improbable personne âgée qui s'exprime en ce moment n'est toujours pas remise du choc de Amour, l'autre soir sur Arte. C'est le genre de film beau et tragique, un peu comme Le tombeau des lucioles, ou Dancers in the dark, à ne voir qu'une seule fois dans sa vie, car c'est insupportable et on n'en sort pas indemne. La tragédie n'a aucun effet cathartique, elle réveille plutôt une angoisse et une déprime sourdes qui vampirisent comme une sangsue. 

15 commentaires:

  1. C'est drôle on parlait de ce film hier avec mon ami. Il l'a vu et pas moi. J'aurais eu cent fois l'occasion de le voir (on l'a passé dans "mon" cinéma) mais je m'y suis toujours refusée. Le plus curieux c'est que ce film a attiré majoritairement un public de vieux qui en ressortaient traumatisés. Ce masochisme ne cesse de m'interloquer ! tous les films sur la mort, la maladie, les hôpitaux et j'en passe les attirent, c'est un fait.
    Le fait est aussi que le marché du film est très bien structuré et qu'à travers lui, nous ne sommes plus que des cibles triées selon notre âge, notre sexe ou notre catégorie socio-professionnelle. Je trouve cela tragique.
    Bon week end
    Carole

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    1. Je ne savais pas tout ça dit ! Dommage que ce film ait attiré surtout des vieux... Mais ce film ciblait-il vraiment et seulement qu'un public de vieux ? ...
      Pour ma part, j'ai de plus en plus de mal à regarder des films aussi tristes. Je préfère comme beaucoup, je suppose, un cinéma plus "facile", des films plus légers, qui aident à s'évader de la pesanteur du quotidien. Cela dit, ce film Amour est vraiment beau. Les acteurs sont excellents. Et puis, il nous montre une réalité dont on peut difficilement imaginer, parfois, sauf à y être confronté, la réalité du vieillir, de la perte d'autonomie (terrible) et de ce qui se joue pour soi (c'est subjectif évidemment), du mourir etc. Mais aussi c'est l'histoire de ces couples qui ont traversé les années, des épreuves sans doute, mais chez qui une tendresse demeure, le dévouement aussi, un respect de la parole de l'autre. Enfin, cet homme qui accompagne son "amour" dans le mourir, la vulnérabilité de l'être, les sentiments contradictoires... Bref ! C'est un film à la fois tragique et beau, qui reflète bien la complexité de l'existence. Bon week end à toi Carole

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    2. Si j'ai rejeté ce film ce n'est pas parce que je préfère des films plus faciles ou divertissants. C'est parce que le réalisme à ce point ne m'apporte rien. Parce que le film laisse les spectateurs totalement désemparés. Je ne veux pas être l'otage d'un "grand" cinéaste qui utilise son art pour anéantir son public. "Il y manque l'amour du spectateur, le souci de lui donner un plus de savoir ou de sensibilité, de lui offrir un monde avec les moyens et la volonté d’y vivre."
      Carole

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    3. D'ailleurs quand tu écris : "La tragédie n'a aucun effet cathartique, elle réveille plutôt une angoisse et une déprime sourdes qui vampirisent comme une sangsue." Ce n'est pas de la tragédie en général dont tu parles mais de cette sorte de tragédie sans art. Car c'est le détour poétique et symbolique qui nous permet de prendre plaisir à la tragédie. La catharsis (concept mystérieux s'il en est) serait-elle ce plaisir même !



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    4. En effet, ce film est un drame, dans le jargon. Ceci dit, je ne suis guère spécialiste de cinéma, de la scène théâtrale, etc. et là, je livre un ressenti à chaud en quelque sorte, sans grande réflexion préalable et sans doute trop tranchée...
      En ce qui concerne ce film, je ne suis pas vraiment d'accord avec toi, je trouve que c'est gagné quant au fait de "donner un plus de savoir ou de sensibilité, de lui offrir un monde avec les moyens et la volonté d’y vivre." Le détour poétique et symbolique y est aussi. C'est une poésie crue...
      Mais sans doute faut-il avoir vu le film pour s'en faire une opinion, tu ne crois pas ?
      J'ai aimé ce film, je ne le reverrai pas car il me prend au coeur, mais j'ai aimé. Je ne dirais pas que je l'ai adoré comme Arizona dream par ex, mais j'ai pris du plaisir autant que j'ai ressenti une pesanteur. C'est complexe. Et il est vrai que ce film peut donner un certain malaise puisqu'il nous montre une réalité crue. Encore que, il n'est pas réaliste jusqu'au bout.

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    5. Tu as raison, il faudrait que je vois le film pour en parler. Disons que je parle du réalisme brut. J'ai toujours évité le cinéma de Haeneke, un cinéma sans issue, le choix obsessionnel de nous montrer le pire. :)

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    6. Oui mais je te comprends. Quel échappatoire face au réalisme brut ? Il faut avoir les nerfs solides... Pour ce film, tu verras (enfin si jamais tu te décides de le regarder un jour), la fin est assez déconcertante, elle tranche avec la tonalité du film. Il y a une porte de sortie justement à cet excès de réalisme. La fin allège un peu la lourdeur du thème. C'est pas si mal finalement parce que l'on ne s'y attend pas vraiment ! :-) Belle soirée à toi

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  2. J'ai vu ce film il y a un petit bout de temps. Ce n'est pas en effet le film qui vous laisse indifférent. Son empreinte est restée quelque part, je ne sais où, comme une expérience d'intensité où beauté et pesanteur se conjuguaient à merveille. La qualité des acteurs est remarquable. Jean Louis Trintignant (réécouter si c'est encore possible son interview par F Busnel sur France Inter il y a quelques années) a toujours été un acteur hors cadre. Enfin, bref, j'ai aimé ce film et je ne suis pas si vieux, j'ai même la faiblesse de me croire encore jeune!
    J'aime bien votre photo d'ombrage de feuilles. Un jour j'assistais avant travaux à l'exposé de l'architecte-urbaniste qui a imaginé l'aménagement (très réussi) des bords de Garonne à Bordeaux. Il nous expliquait que sa première source d'inspiration a été l'ombrage des végétaux qu'il observait dans la nature ou les espaces verts.
    Belle journée, chère Elly.

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    1. Vous avez raison, ce film ne peut pas nous laisser indifférent. Personnellement, il m'a terriblement émue, à tel point que j'ai hésité à le regarder jusqu'à la fin. Il me rappelait tout simplement des figures aimées, celle de ma maman, dépérissant à vue d’œil (dans un contexte différent néanmoins) en l'espace de deux mois, et mon père, qui l'a accompagnée jusqu'à la fin, dans une douloureuse impuissance.
      Quant à cette photo, elle a été prise à la fin de l'été, un soir, quelques heures avant minuit. Voilà l'ombre d'une passiflore !
      Belle soirée à vous, cher Stéphane.

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    2. Au fait, quelle chance de se croire encore jeune ! A vrai dire, je ne suis pas si vieille, mais je me crois très vieille, ce qui pourrait paraître problématique...

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  3. Vous parlez très justement du tragique et de la beauté de ce film et de la vie. Quand à votre âge vos goûts musicaux me laissaient déjà penser que vous n etiez pas une personne du quatrième ou troisième âge. C'est vrai pourtant que certains de vos billets sèment le doute. Se sentir vieille ca veut dire quoi pour vous si vous m excusez cette parenthèse ?

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    1. Ah ! Se sentir vieux, ça veut dire quoi ? Vous devez bien en avoir une petite idée.

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    2. Cher Stéphane, se sentir vieille, cela voudrait dire se sentir très fatiguée, de cette fatigue existentielle que doivent connaître les personnes très âgées et qui n'ont plus qu'une hâte : s'en aller.

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  4. Oui, j’en ai une petite idée …
    A propos du lac Léman, je me rappelle avoir envoyé il y a longtemps mon Cv pour travailler à Evian, dans les eaux minérales. Je crois qu’il s’agit du seul cv envoyé à une entreprise privée. L’enjeu était de vivre au bord de ce lac. Souvenirs de vacances, émerveillées. Je suis retourné plusieurs fois sur ses rives. Il appelle, certes, la mélancolie, la tristesse, un douceâtre vague à l’âme mais aussi une certaine paix. J’aime particulièrement Yvoire et les coteaux viticoles suisses près de Montreux. Je ne connais pas Lugrin.
    Continuer à écrire, vous avez un talent évident. Et puis si la lucidité isole, elle peut aussi rapprocher.

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    1. Je ne me suis jamais arrêtée à Yvoire, mais j'y comptais, la prochaine fois sans doute. Depuis quelques années, j'aime revenir vers ce lac et j'aurais aimé, comme vous, vivre par là bas...
      A propos de lucidité, j'aime cette phrase de Léo Ferré,car il la relie à la notion d'exil, notion qui m'intéresse depuis de longues années. Elle est au cœur de ma recherche. Je vois l'exil comme une expérience, voire une condition anthropologique fondamentale. Mais de la lucidité, je ne suis pas certaine qu'on l'atteigne réellement. En tout cas, je ne m'identifie pas à cette citation. Se pose seulement la question de savoir si l'exil (symbolique) peut apporter, à l'occasion, quelques éclairs de lucidité.
      Un excellent week end à vous et au plaisir de vous lire, cher Stéphane.

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