jeudi 26 octobre 2017

Vers les monts et les lacs

Lorsque j'entendis la voix des Crandberries, mes pensées m'envoyèrent aussitôt vers deux décennies en arrière. Rien de tel qu'une chanson pour nous faire voyager dans le temps. L'Ode to my family me plongea alors dans une rêverie nostalgique. L'humeur massacrante de ces derniers jours muait en un état semi-dépressif. Je me souviens de ma première année de vie estudiantine. Quelle misère.
Sur la route en direction des monts et des lacs, je songeais à toutes ces années passées. Je traversai Chambéry de nuit. Là bas, je trainais avec une minette à l'allure gothique. Nous planions sur les mêmes longueurs d'onde, vêtues de noir et de fantaisie. Nous quêtions quelques francs aux passants pour nous payer une baguette de pain et des bières à l'happy hour. Nous faisions du stop aux péages. Nous finissions nos soirées dans des lieux brumeux, dans des squats fumeux, au hasard des rencontres.
Je ne suis restée qu'une année dans cette jolie ville, à mener une vie de bohème, de douce folie, à faire la fac buissonnière. Parfois j'aimerais bien retrouver cette lointaine atmosphère, cette époque où l'insouciance, le rêve de liberté, les amitiés sans lendemain, l'ivresse des boissons et des plantes euphorisantes permettaient de refouler angoisse, tristesse, et idées sombres. Je ne savais pas encore que j'allais m'éterniser dans le deuil et la mélancolie.
Ce devait être le deuil de l'enfance, déjà, ou celui d'une mère défaillante, surtout, qui m'empêchait de porter des couleurs. On me dit encore parfois, aujourd'hui, tu es souvent habillée de noir, c'est triste le noir
Sans doute, oui, je le sais, c'est désespérant.

6 commentaires:

  1. Il y a de la poésie dans le fuligineux…
    La Nigredo alchimique. « Le noir plus noir que le noir », comme dirait Jung.
    Les marchands de charbons de la prime enfance ; image ravivant de vagues souvenirs de charrettes tirées par des chevaux. Les hommes criaient : « Il est beau il bon ! Bon, bon le charbon ! ».
    Et Turdus Merula, le merle noir et son chant si beau à l’aurore, ou entre chien et loup…
    Les corneilles aussi, suspendues sur l’or du champ de blé de Van Gogh.
    La magie du cœur des ténèbres à la Conrad.
    Les galets de suie des plages d’Islande…
    Et puis les chevelures hirsutes, teintées de substantia nigra.
    Ma nourrice enfin qui s’exclamait, me voyant revenir de la rue : « Tu es noir comme une gaillette ! »
    Egaré dans le noir des souvenirs.
    J’en oublie sans doute…

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  2. Il y a la décrue, alors pourquoi pas la déglue ?

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    1. D'abord, j'ai ôté ce verbe "engluer", il est bof. Ensuite, je dirais bien que j'ai essayé de porter des couleurs, mais c'est difficile, sauf le gris, le bleu (marine), un peu de bordeaux, une petite touche, du vert foncé et du marron.
      Mais quand même, le noir, c'est joli

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  3. Si engluer est bof, que dire de déglue?
    Je faisais allusion au noir du soleil de la météo interne et aux éclipses totales impermanentes.
    Mais le noir est bien joli, assurément.
    J'aime surtout les couleurs sur les toiles, comme celles de Marcel Mouly, si vous connaissez?

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    1. Non je ne connaissais pas. J'ai regardé quelques tableaux et ils sont colorés, en effet. Il y a de beaux paysages. J'aime assez, aussi, les couleurs sur les toiles.

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