samedi 6 janvier 2018

La double étrangeté de deux terres


"Pour moi la double étrangeté de deux terres qui ne semblent rien à voir l'une l'autre c'est l'Algérie et l'Allemagne. En Algérie je poussais dans une sensibilité végétale, la nature est tellement puissante, une force africaine. J'avais l'impression d'être un animal/plante. Les odeurs, les sons. Quand on est en croissance on est fait de cette matière là. Mon enfance a été au carré, double. Ma mère et ma grand-mère étaient porteuses de l'Allemagne. Al/magne, Al/gérie, Osnabrück/Oran. La chance de ma langue maternelle c'est qu'il n'y avait pas d'antagonisme avec l'Algérie. Aujourd'hui, l'Allemagne et l'Algérie ont pris des directions différentes en moi. Quand j'étais petite en Algérie c'était un état fusionnel. Maintenant c'est pas du tout la même chose. Quand je pense Algérie c'est Algérie/France, c'est l'histoire. L'Allemagne est une lutte complexe, lutte complexe de l'Allemagne contemporaine avec l'histoire des juifs. Ça m'oblige à penser des histoires différentes, ça me dissocie. Il y a une fente qui s'est opérée. Ces derniers temps ça va vers l'Allemagne. C'est ce que j'essaie d'interroger maintenant."

Extrait de son séminaire du 09.12.2017 à la Maison Heinrich Heine, Hélène Cixous.

3 commentaires:

  1. J'ignore, Elly, ta raison de nous donner à lire ces belles lignes d'Hélène Cixous, mais elles m'éveillent un tout autre souvenir liant ces deux Al-, Allemagne et Algérie...
    En 1961 et début 1962, j'ai fait mon service militaire en Allemagne, n'allant en Algérie qu'APRES le cessez-le-feu de mars 62 - ce qui est exactement le cas de Jacques Higelin, qu'il révèle dans son magnifique bouquin "Lettres d'amour d'un soldat de 20 ans". C'était pas simple : bien des officiers pro-Algérie-Française étaient mutés en Allemagne et nous encadraient, nous qui étions souvent là car fichés comme pacifistes ou pro-FLN... etc.
    Mais APRES ces deux ans perdus, je suis retourné VOIR VRAIMENT ces deux magnifiques pays, si différents...: c'était nécessaire!
    De Hélène Cixous, je n'ai lu que des bribes de textes, mais je la situe, avec Derrida (+...), dans cette mouvance de mes contemporains qui a su donner dignité à l'étiquette d'intellectuels...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Quelle grande dame, n'est-ce pas ? Je me suis donnée cet objectif de lire une grande partie de ses oeuvres plus ou moins autobiographiques. Hélène Cixous est entre les langues, c'est ce qui m'intéresse : ce rapport intime aux langues, aux lieux ou aux "terres", aux diverses terres qui abritent ces multiples langues. Comment vit-on lorsque l'on a traversé plusieurs terres, plusieurs langues ?
      HC, c'est aussi cette femme libre qui a fait tomber des murs intérieurs, qui a pensé l'exil, et qui continue sa grande traversée entre dedans et dehors.

      Supprimer
    2. Heureusement que tu as pu re-visiter ces deux pays Rem* ! Merci pour ton commentaire.

      Supprimer