dimanche 27 décembre 2015

Sur la route

une chanson me revient
On melancholy hill





vendredi 18 décembre 2015

Il en manque un

Pour faire le portrait d'un arbre
il ne faut pas oublier
qu'il n'est jamais le même
qu'il ne se ressemble pas
et qu'il mène toujours vers un ciel singulier...


été


automne


hiver


Et peut-être que ce qu'il y a de plus beau à voir, à vivre, c'est le mouvement des saisons.

lundi 14 décembre 2015

Compartiment fumeur svp




Il ne faut point se hâter de remonter la pente
                 -  la pente descendante de l'existence -

non merci,
je préfère toujours rêver
et tant pis
Tant pis !
Si je reste décalée
       - si je n'habite guère ma présence en société -
déphasée au point d'en être
                                  déphrasée
            absente de ses mots, de ces mots de l'absence
                             des mots sans moi
                           sans moi, je vous prie

Parler comme un automate
            des saisons
qui passe son temps à faire
de la pluie et du beau temps
faire jusqu'à tuer son temps intérieur
si intérieur il y a
s'il y avait un intérieur où vivre




Mais on ne vit pas à l'intérieur
on rêve :
on se rend à la gare des arbres centenaires
on en prend un en marche, sur le quai du ruisseau
arbre à grande vitesse
et sa correspondance dans les cimes : un nuage avec compartiment spécial pour rêveur à demi-ensommeillé

compartiment fumeur svp



dimanche 13 décembre 2015

C'était un samedi soir sur la terre

Et quand on est désœuvrée, on peut toujours avaler un seresta qui trainait dans son sac, avant de s'évader en bonne compagnie (avec des camarades dans le même état d'esprit que nous) dans une salle obscure de cinéma, vivre une histoire compliquée d'un homme + une femme, une histoire d'attirance, une histoire d'infidélités, une histoire d'amour, avec ses petites touches de sourires, puis aussi ses larmes discrètes, de tristesse, d'émotion. On peut voyager loin, là-bas, en Inde, dans les rues bondées, bruyantes et poussiéreuses, en voiture ; ou en bateau sur le Gange, où il y a foule colorée en quête de purification.



S'évader, on en avait besoin.
Et Elsa Zylberstein était superbe... Elle nous a grave émues. Notamment quand elle s'est baignée dans le Gange, dans un geste désespéré, elle qui voulait croire en la magie du fleuve, ou de ses pensées, ou de son périple  vers Amma, la consolante.
On a aimé, et on a versé nos larmes, voilà.
Et puis ça a résonné beaucoup dans notre âme quand Elsa a dit vers la fin du film, avant de partir : "parce que la vie, c'est chiant"...
On n'avait pas besoin de cette petite phrase assassine. 
Mais c'était un beau film quand même, où les rêves se mêlaient terriblement au réel, où les réminiscences étaient des correspondances, où la légèreté côtoyait le spirituel. 
Pendant un temps, on avait presque oublié les dix milles affaires de la vie.

A part ça, qu'est-ce qui est si essen-ciel dans la vie ?


" Ah nuage un instant capturé
          tu nous délivres de notre exil "

F. Cheng (Le livre du Vide médian)

mercredi 9 décembre 2015

lundi 7 décembre 2015

Laisse vaguer

Une grande fatigue me saisit de nouveau
la fatigue d'une fin de saison
d'une faim d'automne
les deuils qui me traversent 
                            sont comme les feuilles échouées des arbres
Une lente décadanse
sous un soleil et un ciel complices 
refroidis
dans la lumière qui s'étiole à l'intérieur
      et où la douceur s'enténèbre
             "Voici venir le temps des pensées en cavale"
  emportées par un vent tempétueux

Laisse vaguer, me dit-elle
pas de quoi poursuivre un raisonnement
A quoi sert-il de lutter contre la dispersion de soi ?

Je me dériverais bien comme ces feuilles flétries de l'automne
infiniment, en mille couleurs chaudes, assagies
j'accepterais bien de revêtir son visage
                  comme toujours
le visage indéfini
d'une enfance à la recherche d'un parce que perdu
de ces âges qui se succèdent, cernés par le halo désillusions
et de cette vieillesse repue de non-savoir



samedi 5 décembre 2015

Une lettre de Wang Wei

à son ami poète Pei Ti

En cette fin du douzième mois, le temps demeure clair et agréable. J'eusse pu traverser la montagne pour venir te voir ; mais je me retins, te sachant profondément plongé dans les Classiques. Alors, je me dirigeai vers les collines et me rendis au temple de la Miséricorde. Après un repas frugal en compagnie des moines, je repartis. Au nord de la Source-Noire que je traversai, la lune en se levant éclairait tout le pays. Je montai sur la colline Hua-Tzu d'où je pouvais voir l'eau de la rivière Wang- ch'uan onduler au clair de lune. Quelques feux lointains scintillaient à travers les arbres de la forêt. Plus près, au fond des ruelles du village, l'aboiement des chiens résonna comme le hurlement du léopard. Le bruit des villageoises qui moulaient le riz alternait avec le son des cloches. A présent, tout est silencieux ; le jeune domestique est endormi. Assis seul, je me laisse envahir du souvenir de moments délicieux où nous nous promenions la main dans la main, sur les sentiers qui longeaient la rivière, en composant des poèmes. Que vienne le printemps qui fait s'épanouir les plantes sur la montagne ! Les poissons gracieux frétillent dans l'eau et les mouettes s'envolent à tire-d'aile ; les faisans chantent à l'aube au milieu des champs d’émeraude, encore tout brillants de rosée ! Ah, ce temps n'est plus loin ; tu viendras avec moi jouir de ce paysage, n'est-ce pas ? Toi, esprit si élevé, si subtil, tu en saisis la beauté mystérieuse : sinon, je n'aurais osé t'ennuyer avec une invitation aussi futile. Je profite du passage d'un transporteur de bois pour t'apporter ce message.

L'ermite de la montagne
Wang Wei

(cité par François Cheng, in Vide et Plein)


jeudi 3 décembre 2015

Petit pavillon aux bambous

Seul assis parmi les fins bambous,
Je joue du luth et je chante sans arrêt.
Au milieu de la forêt profonde
Je suis ignoré de tous.
La clarté lunaire apparait,
Elle et moi échangeons nos lumières.

Wang Wei
(701 - 761)

jeudi 26 novembre 2015

Quand dieu est amour...

Quand je lis des énoncés du genre "la religion est amour", avec parfois emphase typographique du style "la religion est AMOUR" ou mieux, "DIEU est AMOUR" (à peine exagéré), je me demande si les personnes qui profèrent de telles paroles savent ce que ces termes signifient...
Évidemment, pourraient-elles se risquer à vous rétorquer, de façon présomptueuse et sans l'ombre d'un doute, qu'elles n'ignorent rien de ce que ces mots veulent dire. Avec mauvaise foi.
Voyant que de telles phrases pullulent dans l'air du temps, j'ai pensé qu'il était nécessaire de rappeler à ma progéniture de ne jamais, au grand jamais, croire sur parole ces soi-disant vérités. 
Je me demande également si l'on pourrait envisager la construction de centres de déradicalisation pour ces dangereuses personnes potentiellement terroristes. 



dimanche 22 novembre 2015

Un portrait de (mauvaise) lectrice

C'est en juin dernier que j'ai pu découvrir sur le blog de Mina, Bavardages et futilités, son billet intitulé "un portrait de lectrice", si ma mémoire est bonne. Je trouvais l'idée sympathique et m'étais dit qu'à l'occasion, je pourrais m'essayer à l'exercice. Il s'agissait de répondre à une liste de questions autour des habitudes de lectures, de ses goûts littéraires, de ses héros préférés, de ses lieux de prédilection pour lire, etc.
Alors voilà, je tente l'expérience, mais, par contre, sans reprendre les questions. Je suis trop flemmarde pour cela, et je préfère laisser aller ma pensée à ce propos : quelle sorte de lectrice serais-je donc ?
Cette question est évidemment d'une importance capitale, tant l'heure est grave. Cependant, il n'est pas encore minuit. Peut-être avons-nous encore espoir de recueillir quelques idées claires.

La première phrase qui me vient à l'esprit, c'est que je suis une très mauvaise lectrice. Plus les années passent et moins je suis productive, moins je lis de façon soutenue. Lorsque j'étais môme, je pouvais lire pendant plusieurs jours d'affilée, voire plusieurs nuits. Je me souviens encore finir à la lueur d'une bougie quelques romans d'amour comme Jane Eyre de Charlotte Brontë. Parmi les livres qui m'ont marquée, je peux citer Les souffrances du jeune Werther de Goethe, ou encore Le grand Maulnes d'Alain-Fournier. Mais mon premier coup de cœur fut sans doute Les Fleurs du Mal de Baudelaire, au collège. 
Je ne sais encore, par ailleurs, comment j'ai pu emprunter ces chemins de lecture tant j'en fus éloignée. Il n'y avait pas de livres à la maison, mes parents ne lisant pas d'ouvrages français. Je dois être une sorte de miraculée, et les bibliographies des profs de français ont été une aubaine pour moi. C'est ainsi, aussi, que je lus J'ai quinze ans et je ne veux pas mourir de Christine Arnothy durant mes années de collégienne, roman autobiographique qui m'a laissée un moment sans voix. 
Au fil des années, mes goûts m'ont portée vers les polars, d'abord les romans d'Agatha Christie, seuls bouquins que je pouvais quémander à ma mère lorsque nous faisions les courses le samedi aprèm au supermarché du coin. Heureusement qu'il y avait les bibliothèques des école, collège et lycée pour satisfaire mes envies de lecture. 
Mais finalement, je dois dire que ma culture littéraire est plutôt pauvre. J'oublie d'ailleurs très vite ce que je lis. C'est la deuxième raison pour laquelle je me considère mauvaise lectrice. 
Lorsque j'étais étudiante et bien peu fortunée, j'ai pu tout de même commencer à enrichir ma bibliothèque. Outre des polars, je me suis frottée à quelques littératures d'idée. J'avais adoré Le mythe de Sisyphe de Camus. Et puis Dieu et l’état de Bakounine, ou encore Travailler, moi ? Jamais ! de Bob Black aux éditions des Mille et une nuits ou de l'Esprit Frappeur, collections que j'affectionnais tout particulièrement. Peut-être que si je n'avais lu ces ouvrages dans la veine du Droit à la paresse de Lafargue, serais-je aujourd'hui fonctionnaire et terriblement malheureuse... De même, Une société sans école, d'Ivan Illich, m'a carrément détournée de l'éducation nationale, erreur fatale ? J'en ai été réduite à exercer plusieurs emplois sans grand intérêt jusqu'à ce que je devienne formatrice précaire dans une asso bien connue.
Grâce aussi aux éditions Librio, je me suis procurée une petite collection de romans et d'essais divers à prix tout à fait abordable quand on est fauché. Les romans de Dostoïevski et d'autres écrivains russes m'ont égayée un temps, mais je n'ai jamais eu le courage de me plonger dans Crimes et Châtiments, qui m'attend depuis des lustres maintenant. Par contre, comme j'avais aimé Le journal d'un fou de Gogol ! 
Tout ce qui était fou, ce qui était noir, ce qui était suicidaire m'attiraient. Je recherchais des lectures hors-normes, un peu comme le journal de la grande Anaïs Nin. Je rêve de relire Les Tarahumaras d'Antonin Artaud par exemple. Parce que je sais que ce livre m'avait profondément touchée mais je n'en ai plus le moindre souvenir. 
Aujourd'hui, j'ai une pile de livres qui s’amoncellent en attendant d'être dépoussiérés. Je suis beaucoup moins attirée par les romans. On m'en offre parfois mais il est rare que j'en termine. Je ne lis plus que par intermittence, en voiture, quand j'attends mes mômes à la sortie de leurs diverses activités. Ou dans les salles d'attentes. Ou le matin en buvant mes cafés, car le soir n'est plus un moment propice : trois pages et je m'endors. C'est encore mieux qu'un somnifère... Je lis des passages, je lis plusieurs livres à la fois (une bonne dizaine), sur de longues périodes, sans forcément les terminer. Je les ouvre, je les pose, je les oublie, je les reprends. Poèmes, fragments, aphorismes et pensées sont sans doute les formes que je préfère à présent. La longueur m'est difficile, parfois je lis en diagonale, ou de travers - cela arrive assez souvent - ou d'un œil distrait, et la pensée ailleurs. Néanmoins, le dernier livre qui m'a scotchée, c'est Vivre de paysage de François Jullien. 

Je pourrais dire que je suis loin d'être une lectrice bien sérieuse... Et pour finir, parce qu'on a dépassé minuit dans le jardin, je pourrais revendiquer comme Daniel Pennac :

" Les droits imprescriptibles du lecteur:
1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n'importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n'importe où
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire."



mercredi 18 novembre 2015

mercredi 11 novembre 2015

Les bleus trop communs




Tu vois,

nous irons par les chemins solitaires
hors du monde, loin de la foule, en marge des groupes

nous suivrons les chemins non tracés, les chemins égarés, les chemins insensés

nous irons par les chemins solitaires, à peine balbutiés
les chemins désertés, les chemins incultes, les chemins impossibles

Les rugissements, les chuchotements, et même les silences
toutes ces vanités
seront snobées

et nous irons par les chemins solitaires et incertains

nous suivrons les chemins solitaires des voix excentrées
ou des voix exilées
et nous laisserons les bleus trop communs, les cieux trop rêvés 




jeudi 5 novembre 2015

Se donner un genre

L'individu n'est pas à un paradoxe près. On pourrait même affirmer qu'il se révèle plus souvent, finalement, comme tout et son contraire.


Un indéfinissable que l'on s'escrime à vouloir définir de quelques manières.


Un singulier que l'on se résigne à écrire au pluriel.


Une histoire sans cesse recommencée ou une inconstance que l'on taille, que l'on sculpte, que l'on voudrait rendre stylée.


Un édifice qui ne cesse de tomber en ruines, poussières de soi au vent ; ou que le fleuve charrie, poussières de soi noyées.



Comme des corbeaux aux lettres anonymes : le noir sur la peau, l'absurde et le sublime. 
Et que sais-je encore ?


Rien de bien déterminant.


Peut-être une métaphore qui s'incarne : et là, l'individu, il a l'air beau...
Il se remplit de mystères.
Et si c'était un nom pour commencer, au lieu du verbe ?
Toi, tu porteras ce nom étrange et j'ai espoir, ainsi, de te rendre un jour - et qui sait s'il arrivera un jour ?- humain.


Et aussi, tu auras l'impression d'être unique en ton genre.

mercredi 4 novembre 2015

mardi 3 novembre 2015

Satellite of love

Il est des chansons, des airs qui nous trottent dans la tête, des airs qui nous viennent d'on ne sait où, du tréfonds d'un inconscient, ou d'un passé à jamais dissous dans des recoins nocturnes de la mémoire, ou dans les plis de la peau, ou dans les rides du visage, un passé que les nostalgiques d'un ailleurs toujours perdu, toujours absent, ne cessent de vouloir faire revivre, sans raison particulière.
Il est des chansons, des mélodies qui nous sont fidèles comme une hantise, et parfois, à minuit dans le jardin, on essaie de s'en défaire histoire de trouver un sommeil sans voix...


Celle-ci, elle est arrivée par un heureux hasard, en ce matin pluvieux.

samedi 31 octobre 2015

Jardin d'automne (2)

Cela doit faire deux ou trois jours que je me traîne quelque vingtaine de copie d'étudiants ayant participé à un concours blanc. Deux ou trois jours que je peine à les corriger... Je lis deux, trois copies, puis je décroche. Je crois bien que ces étudiants qui attendent toujours impatiemment de connaître leur note - formatés qu'ils sont à adorer la notation - parce qu'ils ont l'impression de travailler, même de progresser dans leur apprentissage - vont attendre encore un peu. Les résultats ne seront pas pour la rentrée prochaine.

Plutôt que de m'assommer, j'ai préféré profiter de la belle journée ensoleillée en me rendant avec une petite fille de cœur dans un de nos bois fétiches.

Un peu de poésie, que diable ! 



Comme le rire tu des feuilles mortes sur nos pavés... Cadavres exquis.



Ou l'inattendue, la lumière insoupçonnée, celle des cimes, la lointaine, la hautaine.
Celle qui se moque de nos nuits.

Et celle plus timide, débusquée, arrêtée, dans un bois qui s'assombrit.



Pensées chinoises

Suis-je dans l'air du temps ? Étranges synchronicités ! Amusantes !

Alors que je bataille à me replonger dans des souvenirs carrément brumeux, constatant que ma mémoire n'est décidément pas visuelle, et que peut-être alors la photographie est comme une béquille, je découvre, enchantée, le programme des nouveaux chemins de la connaissance, consacré cette semaine déjà passée, à la pensée chinoise... 

Alors, j'aimerais bien prendre place dans ce fauteuil d'un autre temps...


... mais je me contenterai d'écouter une ou deux émissions, en faisant ma popotte.

Les pensées chinoises à écouter ici : clic

vendredi 30 octobre 2015

Du sommeil aigre-doux de l'enfance

Écrire est une exploration et l'écrivant, un aventurier de l'espace-temps. Il y a toujours une mise en danger de soi sur les terres d'écriture, peut-être un danger de perdition, de dispersion, notamment, dans cette écriture où l'on tente de parler d'un soi alors que l'on sait pertinemment qu'il est hypothétique, du moins, fluctuant, et qu'il dépendra surtout de ce que l'on en écrira.
On ne se fait plus d'illusion, on sait que l'écrivant, lorsqu'il prétend être à la recherche des lieux perdus, est en fait à la recherche d'un soi égaré quelque part, entre hier et demain, entre ici et là bas, entre des mots et des mots. Ce n'est pas la connaissance de soi qui importe, loin de là, l'écrivant se cherche d'une autre manière : il cherche son sujet, il cherche à le localiser.
Si j'entreprends de fouiller dans le "sommeil aigre-doux de l'enfance", magnifique expression que j'emprunte à Julia Kristeva dans son essai Étrangers à nous même et qui m'évoque tellement cette période toujours trouble du passé, cette période qui peut durer longtemps, cette période où le sujet qui s'éveille est à la fois endormi, c'est pour tenter de répondre à une sollicitation du hasard que j'ai transformée en contrainte d'écriture.

mardi 20 octobre 2015

nous suivrons le vent

et nous suivrons les nuages


comme nous suivrons les cours d'eau


puis nous suivrons les saisons
comme nous suivrons du regard


tous les paysages sémantiques

la variation temporelle
l'équivocité des mots
la polyphonie des sens
l'hétérogénéité d'émoi
l'ambivalence des brumes
le métissage des lieux

nous libérerons les ombres

Infiniment
jusqu'à notre fin

lundi 19 octobre 2015

Il n'y a pas si longtemps

Les arbres inlassablement


 Sur la page grise du ciel


griffonnent des idées saisonnières


Hiéroglyphes, lettres savantes


 Messages codés, gribouillis


D'été, d'ici et d'ailleurs

mardi 13 octobre 2015

Trouver le souffle

Cette rentrée 2015 me laisse peu de répit. Me voilà à enseigner l'expression écrite et les méthodologies du résumé, du commentaire, de l'argumentation, et de la structuration de texte à un public post-bac censé maîtriser ces diverses "compétences" textuelles, comme on dit dans le jargon... Ce n'est pas une mince affaire. Si dans un groupe d'une vingtaine d'étudiants, il y en a toujours deux ou trois qui parviennent à écrire selon les normes (sociales/scolaires), la majorité rencontre des difficultés. Il faut tout revoir : qu'est-ce qu'un résumé, qu'est-ce qu'un commentaire, une argumentation, etc ? Mais aussi, comment repérer thème, thèse, et arguments ? Comment distinguer l'information essentielle du secondaire ? Le plus dur enfin : comment reformuler ? Souvent, les étudiants me disent : "j'ai l'idée en tête, je pense avoir saisi le sens du texte, mais je n'arrive pas à reformuler", ou alors "je n'arrive pas à le dire, je ne sais pas comment dire, je ne trouve pas les mots". 
Outre des problèmes de syntaxe assez conséquents (on peut lire par ex des phrases à rallonge, de dix lignes, sans ponctuation adéquate et dans lesquelles les idées s'emmêlent...), ces post-bacs possèdent souvent un "répertoire langagier" (autre terme jargonnant) assez pauvre. Or je n'ai que quelques mois pour les préparer à des concours d'entrée en écoles axées autour du soin. Donc, il n'est pas rare que je sois assez pessimiste, d'autant plus lorsque je rencontre des cas d'illettrisme. 
Dans une société où l'écriture est devenu un instrument de pouvoir, ne pas savoir écrire de façon efficace représente un handicap - il est certain que nous ne vivons plus dans des sociétés de traditions orales... L'écriture, formidable instrument de torture, est devenu un schibboleth, élément d'exclusion sociale. Savoir écrire s'inscrit aujourd'hui dans cette logique de l'idéologie dominante : compétence, sélection, performance, et réussite individuelle...
Pourtant, écrire est aussi étroitement lié à la pensée. Depuis que les humains ont inventé l'écriture, leur pensée n'a cessé de se complexifier, et de s'organiser. L'écriture n'a eu de cesse cette fonction de nourrir la pensée humaine, outre de lui permettre de se structurer. Est-ce à dire que la pensée humaine était moins ordonnée avant l'invention de l'écriture (et de l'imprimerie) ? Pas forcément, mais écrire participe grandement à rendre une pensée mieux "construite", à l'éclairer. Ces étudiants qui n'arrivent pas à structurer leurs écrits, à formuler leur pensée, laissent transparaitre, très souvent, une pensée éclatée, une pensée majoritairement pétrie de lieux communs, une pensée, pourrait-on affirmer, qui ne leur appartient pas complètement. L'écriture a ceci de particulier, c'est qu'elle participe en tant que processus (en tant que pratique régulière) à la construction et à l'émergence d'une pensée plus personnalisée, plus subjective. Mais plus particulièrement, précisons que c'est l'écriture narrative qui permet au sujet d'advenir à plus de singularité. (repensons aux théories d'identité narrative de Paul Ricoeur...). 
Tout ceci pour dire que nous vivons peut-être une ère de désubjectivation, dans le sens ou narrer n'est plus à la mode. Le mode narratif était très présent dans les sociétés orales pleines de griots... Aujourd'hui, la parole est mise à mal par le communicatif, ou le fonctionnel : l'information est privilégiée ; informer, communiquer de façon efficace, transmettre des informations, voilà le modèle dominant (R. Gori, in la dignité de penser). Et celle ou celui qui ne sait faire s'en trouve bien démuni, outre le fait que sa pensée se voit confisquée. 
Bref ! Donc, chaque samedi matin, je vais à mon cours de taï chi, et je cesse de penser. J'apprends à épouser le mouvement, à laisser mon souffle me guider, je laisse "parler", "balbutier" mon corps, sans langage articulé. Ainsi, ai-je trouvé très plaisant le fait d'être moins présente dans la sphère cérébrale... Et ceci est une autre histoire...

dimanche 11 octobre 2015

Rien n'est immuable

Une nuit d'insomnie et voilà ce nouveau lieu. 
J'avais juste envie de déménager, envie d'épurer aussi. C'est ainsi, rien ne dure. 
Pas de ligne de conduite, pas d'idée précise, à nouveau l'incertain.
    Mais que demeurent les arbres...