lundi 18 mars 2019

L'ancre de la mélancolie

Un de mes remèdes éphémères à la mélancolie est un doux poison. Puisque le vide de la mélancolie me gagne et me perds - je ne crois plus, désormais, à une guérison possible - , je fume. La fumée me permet alors, parfois, de tendre l'état mélancolique vers le vide de l'état méditatif, et/ou contemplatif. 
Je découvre en lisant L'encre de la mélancolie (merci Monsieur Starobinski) que l'ellébore, ma toxique bien-aimée des sous-bois hivernaux (que l'on peut orthographier avec ou sans "h" - comme quoi l'orthographe est une science arbitraire), était un pharmacon antique préconisé dans le traitement de cette maladie légendaire, bien que la mélancolie ne soit pas une maladie, et même si elle peut entraîner de douloureux symptômes comme la grande fatigue existentielle, ou la distillation lente de l'inertie dans tout le corps. 
La mélancholia est un sentiment perdu qui dérive du plus obscur de soi, une Nuit des temps intérieur, un jardin en ruines, l'ombre de la forêt Noire ; et les yeux en crèvent de l'avoir perçu trop tôt, dès l'aube. 

Hellébore d'un hiver passé

vendredi 8 mars 2019

D'un monde à l'autre

Comment voir le ciel en bleu quand on a devant les yeux la pourriture du monde ? 
Hier, j'ai traversé des mondes. Le matin, j'étais dans ce centre d'accueil des exilés et des miséreux ; le soir, j'étais à une soirée qui réunissait étudiants, chefs d'entreprise, équipe pédagogique : dans un univers qui concilie ouvertement, sans esprit et sans scrupule, éducation et monde de la finance. Le matin, j'écoutais des histoires douloureuses, des plaintes, des gémissements, des blessures de personnes qui peinent à exister aux yeux du monde ; le soir, j'observais la grasse attitude de personnes qui se prenaient en photo devant une machine à selfie. 
Un gouffre sépare véritablement ces univers. Le deuxième est dégoûtant, dégouline de bouffes, de costumes, de parfums. Le premier est déprimant, il sue le mal-être, le malaise, il pue parfois.
Deux extrêmes. Deux odieux extrêmes. Les uns crèvent de manque, les autres d'opulence. 
Si je me place néanmoins toujours du côté des victimes, comme Marina Tsvétaeva, je continue ma promenade, parfois rêveuse, dans une amère trop amère solitude. Aucun de ces mondes n'est désirable. Et quel monde pour le rêve, quand rêve et cauchemar ne connaissent qu'une mince, voire invisible, frontière ?


Jeter le monde à la poubelle.

lundi 4 mars 2019

La belle Hellébore fétide




Les yeux turquoise des sœurs siamoises
Font se pâmer tous les damnés
Qui tous les soirs au fond du bar
Reviennent braver la nuit tombée

Les yeux turquoise des sœurs siamoises
Sont comme deux phares où viennent s'échouer
Tous ces messieurs dans le brouillard
Venus braver leurs yeux bridés

Les yeux turquoise des sœurs siamoises
Ont vu passer tous nos aînés
Qui tous les soirs venaient les voir
Les yeux hagards pour se marier

Les yeux turquoise des sœurs siamoises
Sont un bouquet de fleurs fanées

Les yeux turquoise des sœurs siamoises
Sont un bouquet de fleurs fanées
D'avoir trop souvent vu passer
Les mêmes histoires, le bien, le mal,
Qui tous les soirs au fond du bar
Reviennent braver leurs yeux glacés

Les yeux turquoise des sœurs siamoises
Sont un bouquet de fleurs fanées
Les yeux turquoise des sœurs siamoises
Ne sont pas de ceux qu'on apprivoise
Les yeux turquoise des sœurs siamoises
Sont un bouquet de fleurs fanées

mardi 26 février 2019

Une passante


Partir ou quitter, c'est ce que l'on apprend sans cesse.


"Nous sommes tous des loups, dans la forêt profonde de l’Éternité." (M.T.)




lundi 25 février 2019

Le ciel brûle

Si vous saviez, passants, attirés
Par d'autres regards charmants
Que le mien, que de feu j'ai brûlé,
Que de vie j'ai vécu pour rien,

Que d'ardeur, que de fougue donnée
Pour une ombre soudaine ou un bruit...
Et mon coeur, vainement enflammé,
Dépeuplé, retombant en cendres.

[...]


Kotebel, 17 mai 1913.