samedi 18 novembre 2017

En bord de mer

Je te regarde défier l'océan, toi la minuscule, la crevette, l'ombre grise de mon âme, celle qui fait battre mon coeur, ma Lô, ma terrible, tu me poses trop de questions et je n'ai pas les réponses adéquates. Je te regarde quand tu me tournes le dos, c'est toujours mieux ainsi, de face tu me dirais : quoi ?! Pourquoi tu me regardes ?


vendredi 17 novembre 2017

Demander la lune




Quand on n'a pas une thune
on peut toujours kidnapper la lune

on attend qu'elle soit bien ronde
on peut se griller quelques blondes

on reste là au bord de minuit
où la lune affleure sans bruit

et quand elle se couche dans le lac
on la pêche et on la met dans son sac

on prend vite les jambes à son cou
si on ne veut pas finir au fond du trou

puis on la vend aux enchères
à un quelconque milliardaire


(un vieux truc écrit en 2011 ou 2012)

mercredi 15 novembre 2017

être au plus loin

"Être au plus proche, ce n'est pas toucher : la plus grande proximité est d'assumer le lointain de l'autre." Jean Oury.

Une petite angoisse m'étreignait le coeur. Un mini alprazolam avant de prendre la route, ça a fait son effet et c'est donc un peu plus sereine que je me dirigeais au rv avec la directrice adjointe du CADA. 
Je suis en avance, je m'arrête dans le premier café venu, il fait un froid de canard, c'est un genre de salon de thé/café/smoothie, avec petites pâtisseries à l'allure industrielle, celles que l'on retrouve partout : muffins, brownies, fondants, etc. Dans la salle, une majorité de minettes, quelques femmes d'âge mûr occupées avec leur téléphone-tablette. J'ai 30 min à tuer, je commande un cappuccino, je m'installe dans un fauteuil gris, puis j'ouvre Angst. Deuxième ouvrage d'H. Cixous que je lis. L'écriture est dense. Le rythme est rapide. H. C. n'est pas toujours facile à suivre, ou plutôt, disons qu'il ne faut pas trop être attaché aux phrases et aux récits de style classique, de grammaire traditionnelle (sujet, verbe, complément, avec reprises pronominales cohérentes) pour se plonger dans l’œuvre de l'auteure. Elle bouscule les préjugés linguistiques. Angst, angoisse pour l'anglais, peur pour l'allemand.
Au tournant je tombai dessus. Impossible de l'arrêter. Elle me dit tous les noms du Pire. "De la part des disparus" me dit-elle. "Jamais? jamais ?", je suppliais. Je savais ce qu'elle me dirait. "Pas une minute ?" Tu ne peux pas être sauvée.**
La demi-heure passe trop vite. Le rv m'appelle.
Ouf, la directrice adjointe est très intéressée par le projet. Elle me demande si un jeune stagiaire en observation du monde du travail peut assister à notre entrevue. Évidemment, bien sûr, pas de problème. Nous échangeons durant une heure. Il est convenu que je lui envoie un projet écrit, ensuite on fixera une rencontre avec l'équipe, puis on réfléchira à comment amener la proposition aux migrants. Il y aura certainement un temps d'inclusion, me dit-elle.
Les migrants proviennent principalement d'Irak, de Syrie, d’Égypte, d'Albanie, de Guinée. Ils sont 190 dans ce CADA. Dans les couloirs du bâtiment errait un jeune homme en perdition. La traversée en bateau pneumatique, la perte de la famille, la désorientation totale l'avait déboussolé. Il revenait d'un séjour en HP, assommé de tranquillisants. Il n'y a pas véritablement d'accompagnement psy, me dit la directrice adjointe. Les gens débarquent avec leurs peurs, leurs traumas, leurs douleurs, et ils doivent persévérer avec. Dans les cas extrêmes, comme pour ce jeune homme, on les endort un peu.


** Hélène Cixous, Angst, Des femmes, 1998, p. 12-13.



lundi 13 novembre 2017

samedi 11 novembre 2017

Au bout du même chemin


Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Enfance.
C'est la joie allée
Avec le soleil.

jeudi 9 novembre 2017

La comédie de la normalité

Il y a des équations sociales que l'on peine à résoudre...
Josef Schovannec




A l'heure où l'on ne jure que par "compétences", depuis la maternelle, en passant par la fac et jusqu'à l'entreprise, J. Schovannec, personne avec autisme - comme il se définit - manquant de "compétences sociales" (parce qu'il en faut aujourd'hui pour jouer son rôle sur la grande scène de la comédie sociale), parle avec pertinence, humour et ironie, de l'autisme (plutôt Asperger dans son cas) en regard de ce que l'on croit être la normalité. Étrange donc de constater, par ex, comme les personnes qui ne vivent pas dans une "bulle" sont souvent sujettes au dialogue de sourd.
A écouter le philosophe avec autisme, je me sens souvent plus proche des autistes que des personnes normales, celles qui sont douées de compétences sociales.
C'est dire dans quelle imbécilité notionnelle se complaisent quelques didacticiens des langues et des cultures, qui évoquent entre autre "savoir-être" (en société) la nécessité d'enseigner/d'acquérir des compétences sociolinguistiques et culturelles. Et ce dès la primaire, où l'on incite les enfants à apprendre la tolérance et le respect des différences culturelles, à travers une éducation à la pluralité linguistique et culturelle, un éveil aux langues/cultures autres...
Ainsi, tel enfant, pétri de discours familiaux racistes, continuera à traiter la petite rebeu de "sale arabe". Ainsi tels autres décideront que le petit nouveau deviendra leur souffre-douleur. Ainsi, racontait une aspergirl, arrivée en terminale, elle fut enfin acceptée et considérée par ses pairs lorsqu'elle décida de prendre la parole dès le début d'année scolaire pour informer sur son "handicap social". A partir de là, elle qui fut toujours rejetée, trouva nombre d'âmes compatissantes et soudain, au nom de la tolérance et du respect des différences, des amis. 


mercredi 8 novembre 2017

Une orientation

J'ai une idée vague en dernière minute, elle a raté le bus, le train, l'avion et la correspondance. Elle arrive sans crier gare, avec une éternité de retard, un confusément : je suis désolée, disait sa voix métissée, d'accent d'hier et d'ailleurs, un jour disparu, un jour suspendu, quand je la haïssais de tout mon cœur parce que je l'aimais trop et que je languissais de ressentir sa chaleur, l'amour d'une autre, ou d'un autre, c'est du pareil au même, d'une qui n'a jamais existé, d'une qui est morte depuis les commencements et d'une qui demeure dans mes désirs immatures, désirs amers de vieille fille moitié ci moitié ça.

Et je lis ceci, cela, ça arrive comme ça, au hasard des jours et des airs et des humeurs qui stagnent, je le termine enfin :

Il m'a planté dans l'âme les graines de l'immortalité. Désormais nous vivons contre la mort. L'amant vivant vit contre la vie. 
Je dis : je sais comment est le monde. Il est naturel.
- C'est-à-dire ?
Il y a une orientation. Une orientation irréversible. Une pente. La seule arme de l'homme, c'est la force de l'imagination. Qui ne veut pas s'en servir pour harceler le présent, celui-là est mort. 
Il dit : 
- Je l'aime à l'infini mais.
- Tu m'aimes mais ? Mais ? MAIS ? C'est jusqu'où MAIS ? jusqu'au premier étage ou jusqu'au second .
- Je ferais tout ce que tu veux. 
- Soit.
- Tu veux quelque chose ?
- Oui.
- Quoi ?
- Je ne sais pas.

(H. Cixous, Dedans, p. 200-201)