samedi 5 janvier 2019

Toi qui entres ici abandonne toute espérance

Une découverte un peu angoissante tout de même : je pense avoir rarement écouté une musique aussi angoissante. Mais on peut comprendre, à lire l'histoire de György Ligeti.

C’est une musique volatile, convulsive, explosive, gesticulante, grotesque et tragique comme un tableau apocalyptique de Brueghel l’ancien.

Ligeti: Requiem III Dies irae


Pieter Brueghel, le Triomphe de la Mort (1562) © Interfoto – Alamy Stock Photo


mercredi 2 janvier 2019

Lettre A Monsieur Le Chef De Gare De La Tour De Carol

Pour se donner du coeur au désoeuvrement de 2019 :



Qu'est-ce que je te souhaite pour la nouvelle année ?
... De l'amour.

Elle est toute pareille



à la feuille morte
qui se décompose
petit à petit
et qui s'ensommeille
un mois de janvier

plus rien n'émerveille
une feuille morte
qui se trouve à terre

c'était un jour ensoleillé mais froid
le passage est glacé glacial

l'inconvénient d'un hiver
le froid s'ajoute au froid







Je me souviens de toi
mais je porte du noir

lundi 31 décembre 2018

Trois rêves



Depuis le pays dans la brume des monts et des lacs, j'ai rapporté quelques chinoiseries. L'ambiance reste à la chinoise. Ces objets sont des liens symboliques et affectifs à un ailleurs qui m'imprègne et qui est tout à la fois, pour toujours, extérieur : un intime et un extime, comme dirait François Jullien.
J'écoutais ce matin très tôt une conversation avec F. Jullien, il évoque et fait l'éloge de L'intime, loin du bruyant amour. Car l'amour est extraverti, bruyant, parle, crie, pleure ; l'amour est théâtre, mise en scènes, scènes d'amour. L'intime ne s’exhibe pas, il se déploie dans la relation. L'intime est quelque chose de discret, presque silencieux, au plus profond de soi, au plus intérieur. 
Y a-t-il une profondeur en soi ? C'est à s'en mêler les pinceaux.




Faire que l'amour se transforme en Intime entre deux êtres : une rencontre sans cesse renouvelée, dit FJ, une interpénétration, je suis en toi, tu es en moi, mais tout en gardant une distance, un écart qui fait vivre cet intime, tout en prenant soin de l'extime, ce qui demeure extérieur. Quoi de plus difficile et compliqué ? 

Pour la nouvelle année, je ramène des chinoiseries : de l'extérieur pour mon intérieur.

Je ramène aussi des paroles, et quelques larmes :

J'ai rêvé trois fois de lui depuis qu'il est mort. Il est venu trois fois dans mes rêves. 
La première fois, il me faisait peur. Il avait l'air en colère. Il ne me regardait pas, il ne me parlait pas.
La deuxième fois, il se cachait de son fils ; il y avait son fils. Il ne me regardait toujours pas, ni ne me parlait. Il semblait plus apaisé cependant ; et ce rêve m'a apaisée.
La troisième fois, il ne m'adressait toujours pas la parole. Il ne me regardait pas. Alors je lui ai dit : si tout cela ne s'était pas passé, je serais encore avec toi.

vendredi 28 décembre 2018

J'ai toujours pensé que c'était en septembre

C'est la dame du consulat qui nous avait donné le pull en laine jaune que tu portais. Maman a vomi tout le long du voyage en avion. Elle tenait à peine debout à l'arrivée. Elle était emmitouflée dans une couverture donnée par les hôtesses de l'air. Toi, tu portais ce pull et je t'avais aussi entourée d'une couverture. Je n'avais qu'une chemise à manches courtes sur moi. Nous étions à Paris. Quand la dame du consulat t'as vue, elle nous a dit : partez, quittez ce pays, mais prenez ce pull pour votre enfant. Nous sommes arrivés au mois de novembre.

jeudi 27 décembre 2018

Quelques jours dans la brume



Aux pays des monts et des lacs, là où je m'évade régulièrement, il fait actuellement très froid et très brume. Le ciel est blanc et immobile. L'atmosphère anesthésiante m'invite au repos et à la nostalgie. Dans la maison de l'enfance, la télé est branchée sur la chaîne d'info nationale du Vietnam. Les intonations familières me bercent et me transportent ailleurs. Je suis à Saïgon, dans une ville en noir et blanc comme les quelques images souvenirs insérées dans ma mémoire-album photos. Mais quand un animateur du Nord prend la parole, je ne comprends plus rien. La langue devient doublement étrangère. Les habitants du Sud ont parfois du mal à comprendre les frères du Nord. C'est aussi le cas de Liên. Sud et Nord ont toujours un peu des difficultés à s'entendre. Dans la cuisine, Liên et Jean préparent la soupe Phở pour ce soir. Elle régalera les papilles des petits. Pendant ce temps, je me réfugie dans ma chambre étrangère, ma chambre qui n'est plus la mienne. J'essaie de retrouver une pensée qui m'était venue après le repas de midi, pendant la pause café-clope. Cette pensée s'était vite estompée. Il me semblait alors que la douleur morale pourrait éventuellement être plus supportable que la douleur physique, avec quelque chimie de consolation. Mais après réflexion, j'en doute. Dans les deux cas, lorsque la souffrance est trop importante, faire taire la conscience s'impose. Un coma me ferait du bien.
Mais belle-soeur téléphone. Elle arrive. Je l'aime toujours autant, et peut-être plus encore depuis que JF n'est plus.