vendredi 22 septembre 2017

Thèse, hypothèse, hyper-thèse, inter-thèse, trans-thèse, etc.

Peut-être un jour écrirais-je un bouquin pour relater l'histoire du comment j'ai raté ma thèse ? Pas une BD comme Thiphaine Rivière (Carnets de thèse), mais, je ne sais pas trop, j'avais pensé à un titre genre ("genre" comme disent les ados, 10 fois par énoncés, ce qui relève de l'ordre du tic de langage, tic acquis par mimétisme hormonal) (il y a aussi le vas-y c'est bon, ou le classique quoiaaa !) : entre mon jardin et ma thèse ?
Leïla Sebbar et Nancy Huston, dans leurs lettres d'exil parisiennes, évoquent le fait d'avoir renoncé au travail d'une thèse. Surtout NH si mes souvenirs sont bons. NH qui a suivi les cours de Roland Barthes, entre autres, a écrit qu'elle avait ressenti le besoin vital de libérer son esprit des influences académiques, dans le but de trouver sa voix à elle. Il est vrai que adulte, ado, ou enfant, on échappe difficilement à l'influence ou imprégnation langagière (culturelle donc) de l'environnement langagier côtoyé. Le langage, ou plutôt les expressions langagières sont contagieuses. On apprend par contagion. On est bien plus souvent habité par des expressions, des mots, des discours, des chansons, etc. (des histoires et des fantasmes aussi), que l'on ne s'approprie une langue. On n'acquiert jamais une langue (comme on acquiert quelqu'objet matériel). Trop de personnes croivent (le verbe croiver existe de nos jours, il faut le savoir : c'est la vitalité linguistique) encore aujourd'hui qu'une langue, on peut apprendre à la maîtriser. C'est toujours cette idée de l'individu plein, autonome, compétent. En réalité, on ne maîtrise rien du tout et on ne possède point une langue (ou plusieurs langues). Tout ce que l'on maîtrise, et cela dépend des personnes, c'est une capacité à se conformer à des lois (des règles) grammaticales (des lois, faut-il le rappeler, de l'élite, celle qui décide du "bien parler" ou du "bon françois") : une forme de capacité de soumission aux normes langagières. Les langues, qui sont plus qu'un système complexe de signes, nous remplissent, nous nourrissent : nous sommes avant tout des corps-parlant possédés, des corps qui croissent avec les mots, qui croivent aussi, à l'occasion, puis qui se racontent des histoires, plein d'histoires : depuis les mythes de la nuit des temps. La réflexion vient progressivement après. Des homo fabulator donc. Elle n'a pas tort N. Huston (in L'espèce fabulatrice).
Le langage, ça donne le vertige de la pensée.
Le truc compliqué, dans l'histoire, c'est pas de lui donner un genre : mais du style, tu vois ? Genre celui ou celle qui écrit pour tenter de trouver sa voix entre les voix qui l'habitent, ou qui habitent son texte (dans le thé(r)orisme littéraire, on parle d'intertextualité).

Saïgon

Saïgon n'est plus ce qu'elle était 
a-t-elle jamais été comme je l'imaginais ?
je l'ai souvent rêvée dans le visage de Nam
Nam n'est plus
et plus personne ne me retient

Là bas

froisser quelques feuilles de menthes vertes entre ses doigts
humer l'arôme qui s'y dépose
faire la même chose avec du basilic pourpre
goûter aussi
le durian a une odeur rebutante. Se pincer le nez pour y remédier.
croquer du gingembre confit, boire du lait de coco frais avec des glaçons.

une douche de moussons

citronnelle et ananas dans la soupe
crevettes et riz blanc

quelques bâtons d'encens que tu brûles
bois de santal
tes prières pour les défunts et les vivants que tu aimes

boire une bière ensemble pendant le repas
à même le sol, près des fourmis noires
la chaleur
je transpire
les pales du ventilateur au plafond tournent
tournent
tournent

allongée pour un voyage
vers ta nuit
si lointaine

Pourtant elle est proche ta nuit
visage amaigri et ridé
fils blancs dans ta chevelure
regard sans force
oubli de vie
oubli de soi, conscience en fuite
le début d'une fin parmi...
les rêves à terre
les deuils d'autrefois
les pertes et les naissances
les naissances et les pertes
les départs des enfants
l'avion qui décolle
une ligne dans le ciel au loin
et la solitude chez toi
et ta nuit qui approche
ta nuit après des nuits
ton obscur ou ta lumière
ta faim rassasiée
ta soif coupée
ma solitude


Nam est morte en 2013. Elle me manque toujours. J'avais dû écrire ce texte en 2011 ou 2012, je ne sais plus. 


 On peut voir Saïgon by night chez Colette : ici

On peut également se plonger dans la guerre d'Indochine en ce moment sur ARTE +7 :
Une semaine consacrée à la guerre du Vietnam sur France culture : ici
en musique aussi

Reprendre le mouvement

C'était chouette la reprise du tai chi hier soir. Après une pause d'une année, je pensais avoir oublié mais la mémoire du corps est étonnante. Les mouvements reviennent assez vite semble-t-il. La mémoire ne serait donc pas que dans la tête. Sans doute, est-ce toujours un corps entier qui mémorise. Tandis que les souvenirs se terrent dans les replis nocturnes du corps.
Il a été bien agréable de quitter la sphère cérébrale pour faire corps avec soi-même, avec le flux de soi.


Un 10 août déclinant


Le mendiant
il a ciel et terre
comme habits d'été

Kikaku


jeudi 21 septembre 2017

Depuis le Dedans et le Dehors

« Écrire est toujours d’abord une manière de ne pas arriver à faire son deuil de la mort. Et je dis : il faut avoir été aimée par la mort, pour naître et passer à l’écriture. La condition à laquelle commencer à écrire devient nécessaire - (et) - possible : tout perdre, avoir une fois tout perdu. »

 H. Cixous, « La venue à l’écriture », p. 44, in La venue à l’écriture, par H. Cixous, M. Gagnon, A. Leclerc, Collection 10/18, série « Féminin futur »

La mort m'a arrêtée dans la lecture d'Hélène Cixous. 
Je n'avais plus le goût de rien, plus rien. 
Moins que rien. 
Le printemps et l'été étaient sans saveur. Beurk. 
Mais voilà venir l'automne et depuis le Dedans qui est plein de dehors (HC), je reprends le fil de l'histoire suspendue. Son père est mort, et presque tout a commencé. 

Hier je lis avec elle. Aujourd'hui j'écris avec elle. Demain je vis et meurs avec elle. Pour un temps indéfini. Un temps qu'on ne calcule pas. Il ne faut jamais calculer le temps. 





« Et moi j'ai reçu tout le soleil dans les eaux noires de mon coeur, mais je n'ai pas retenu le soleil. »

 H. Cixous, Dedans, (1969) Des Femmes, 1986, p. 141. 

 

lundi 18 septembre 2017

De la folie

...Je ne sais comment je survis
Eh bien oui telle est ma folie...

B. Fontaine



Parmi les textes de la très grande Brigitte Fontaine, celui ci est de ceux que je préfère. Elle sait évoquer sa folie avec une rare lucidité, force, poésie et beauté. Noirceur, désespoir, sensibilité et dérision aussi.
C'est une chanson qui résonne avec mes tripes. Je l'écoute souvent car elle fait partie de ma playlist de chansons pas très gaies. Je l'ai aussi beaucoup écoutée quand mam est morte, parmi d'autres.
Quand certains cultivent quelque grain de folie - cette folie qu'on ne mesure qu'à l'aune de la normalité, et vice versa, dans un cadre socio-culturel donné - une fantaisie, une excentricité, en en faisant leur petite marque de fabrique, d'autres, pendant ce temps, vivent réellement une folie, une folie toujours unique, toujours singulière. D'autres éprouvent douloureusement ce qu'on appelle folie : une étiquette, un marquage sur la peau, ou cette indéfinissable perdition de soi qui meurtrit tout autant le corps que l'âme.
Je ne sais ce qu'est la folie. Ce que je crois, car ce ne pourrait être qu'une croyance après tout, c'est que folie et normalité sont en chacun - deux mots qui se touchent bord à bord. Il n'y a pas de frontière et l'un peut prendre le visage de l'autre, tour à tour, et du jour au lendemain, lorsque le corps s'emballe, lorsque le langage et ce qu'il charrie prend totalement possession d'un corps à sa merci : comme un torrent de signes fous, qui emporte tout.
Je me souviens bien de cette poussée de folie qui avait noyé cette femme, cette pauvre femme en exil, en errance. Je me souviens bien de cette douleur violente au milieu de l'estomac, comme un coup de hache. Je me souviens toujours du regard de cette femme qui m'était à la fois si familière et si étrangère. Il est ainsi des histoires qui hantent jusqu'à la fin, on ne peut s'en défaire : seulement en atténuer la peine parfois, avec le temps.


Mother's pain - Emilie Simon

Le trou du loup

L'homme est-il un loup pour l'homme ?

quelque part dans un village perché




un témoin gênant, peut-être


dimanche 17 septembre 2017

Tendance intérieure

C'est vrai, je suis d'une humeur maussade en ce début d'automne. C'est que la date de mon anniversaire approche et je prends un coup de vieux. C'est douloureux. Plus je vieillis et plus je suis nostalgique. C'en est ainsi. Et la musique que j'aime écouter exacerbe ce sentiment. Mais c'est une douce compagnie. Le passé est toujours des plus présent. 
Avec les années, on finit par comprendre : les bleus au cœur sont des piqûres d'humilité.






On m'a souvent causé des bleus
Des indigos et des azurs
Et des outremers hors les murs
J'ai souvent rêvé de ces bleus

Il est partout le bleu des cieux
Reflet des eaux ou dans les mots
Habit de fleurs ou sur les peaux
Il est parfois le bleu des yeux

Le roi des couleurs, c'est le bleu
Le bleu des rêves, des amours
Le bleu des nuits, le bleu des jours
Le sang d'encre des amoureux

On m'a souvent causé des bleus
Des hématomes, des coquards
Des bleus au cœur, des bleus hagards
Ce n'est pas toujours beau le bleu

(vieux truc écrit en 2011 ou 2012)