dimanche 18 novembre 2018

Un matin blanc





Un matin chiant

Dans le ciel brume
Un soleil fume

Des heures et des heures
Blanches
Sans
On songe à presque rien
Un silence
Une avalanche

Il avance un brouillard
Il s'épanche un hasard

Il y a comme un air de fantôme
Qui embrasse le temps

On songe encore un peu
Au matin blanc
Au matin froid
Au matin seul
Aux toits qui fument

jeudi 8 novembre 2018

Variations autour d'un tremblement



Un jour, 
alors qu'un frisson parcourait la forêt tout entière, 
et que mes pensées se mettaient à trembler de concert,
je me demandais...
De quelle nature, donc, un tremblement ?
Peut-être, une idée vacillante.

On peut trembler de diverses manières : trembler de froid, trembler de peur, trembler d'effroi, trembler de colère. Eventuellement, trembler de dégoût.
On peut aussi trembler tout court, trembler pour quelqu'un ou trembler pour un rien.
On peut parfois trembler de désir, trembler de plaisir, trembler comme une feuille d'automne.
Dans le vent et sous la pluie.
Trembler intérieurement.
Trembler entre les mains d'une personne, trembler étrangement, sans raison.
Trembler de tout son corps.
Trembler encore, toujours et jamais.
Trembler devant la mort, trembler devant la vie, trembler devant l'inconnu.
Trembler d'amour ou trembler de haine : c'est du pareil au même.
Presque trembler.
Trembler parce qu'on est nu.
Trembler sans pouvoir s'arrêter de trembler,
soudainement, violemment, furtivement ou imperceptiblement,
trembler un court instant ou trembler longuement,
comme un tremblement de terre
Un tremblement inattendu.

Puis, pourquoi pas ? Trembler avec une chanson.

lundi 5 novembre 2018

vendredi 2 novembre 2018

L'exil

... c'est laisser son corps derrière soi. (Ovide)


mercredi 31 octobre 2018

Mes morts

Chou rave de la Toussaint (ou d'Halloween)

À chaque projet de voyage
Une blessure s’ouvre en moi.
— J’ai trop bien aimé des visages
Pendant des saisons ou des mois !
Semblant choisir une personne
— Aigu comme un chat Siamois
Mon désir fixe s’y cramponne
De ses yeux clairs, phosphorescents.
Et je te prends et je me donne
Et tout redevient innocent :
Deux fauves vivant leur idylle
De cris, puis, âme, vos accents !
Et c’est l’amour qui fait la ville
Déserte, et peuple le désert.
— Allons à Tunis, à Séville ?
À Bagdad, au pôle sud ? — vers
Ce jardin suspendu, miracle,
Ce lit de fleurs sur l’univers !

Seules ensemble, qu’on me bâcle
Ces souvenirs : que libres nus
Nous échappions aux débâcles...
Quels sont ces êtres inconnus
Nous attendant après la houle
Au nouveau monde survenus ?
Quels sont ces mendiants, ces foules ?
— Ah ! tous nos morts sont avec nous !
J’ai le vin triste : rien ne saoûle !

Et seuls à seule et à genoux 
Mes morts sont venus me reprendre.
— Où fuir leurs terribles yeux doux ?
Pas de Cythère, il faut descendre
— Il faut se quitter au retour ?
Chez moi plus rien ne me demande
Assez de landes et de « moors »,
De villas et de cimetières —
Pour t’enterrer vivant, amour ?
Et vous, mes ardentes poussières,
Vous tous, mes morts, mes Sans Soucis,
Je vous reviens donc tout entière ?

Ces quais, ces platanes : Passy !
Je vous reconduis à la porte
Du cimetière que voici !
Trop tard pour entrer, mais qu’importe ?
— Ce haut navire attend Paris.
Mon tout dernier amour, ma morte...
Pleurez encor, mes yeux taris !...

lundi 29 octobre 2018

Heureux sont ceux qui du malheur




Heureux sont ceux qui, du malheur 
N'ont pas connu, leur vie durant, le goût! 

Comme quand la houle du grand large, 
Remue les fonds les noirs limons, 
Soulevée par les vents de Thrace, 
Elle roule à l'assaut du rivage. 

Heureux sont ceux qui, du malheur 
N'ont pas connu, leur vie durant, le goût! 

Sur la maison des Labdacides 
Je vois dès l'origine s'abattre le malheur, 
Un mal qui sans relâche aucune 
Frappe les morts et les vivants. 

Heureux sont ceux qui, du malheur 
N'ont pas connu, leur vie durant, le goût! 

Celui chez qui se glisse 
Le leurre de ses désirs déments 
Ne sort de l'ignorance que lorsque sous ses pieds 
Brûle déjà le feu. 

Heureux sont ceux qui, du malheur 
N'ont pas connu, leur vie durant, le goût!