mercredi 16 août 2017

Quand vient la fin

A la cérémonie d'adieu à M., le jeune prête a prodigué quelques leçons de morale au public. Il avait usé d'un langage "moderne", avec quelques expressions passe-partout du style "c'est profond", "c'est puissant". Sans doute voulait-il que son langage paraisse "in", que son langage "parle" aux gens d'aujourd'hui... Cela faisait un drôle d'effet. L'église veut-elle s'adapter au monde actuel ? Cela dit, si je ne me suis pas endormie en écoutant son sermon, c'est parce que je fus interpellée par une phrase : "La beauté sauvera le monde disait un écrivain russe"...
Dommage que l'auteur n'ait été cité. 
On dirait que ce jeune prêtre très dynamique avait pris des cours de communication, mais en utilisant superficiellement cette citation de Dostoïevski, se doutait-il qu'il faisait là référence à un auteur qui eût à cœur de mettre en scène le meurtre du père ?

 Des fois, on se pose des questions...

samedi 12 août 2017

Derrière les grilles

C'est presque toujours le même chemin emprunté, la même promenade à quelques voies près. Mais jamais flâneries ne se ressemblent. Elles changent au gré des jours et des saisons. Il est toujours de nouvelles couleurs, de nouvelles merveilles à rencontrer, même le long d'un grillage. 
Hier, celui-ci était bordé de mauvaises herbes estivales. 
Le lendemain, on avait passé la débroussailleuse. 
Heureusement, quelques images permettent de conserver le souvenir et l'éphémère.

Une luzerne esseulée

 Menthe sauvage en fleurs

 Nuages qui hantent les champs moissonnés


 Une bryone (ou navet du diable) qui s’accommode fort bien d'un grillage...

vendredi 11 août 2017

Matin aigre

Bientôt 20 ans que nous avions fait le choix d'aller là-bas vivre, à la campagne, loin des cités. Une vieille ferme, une vieille maison à restaurer, des bouts de terres en friche et le rêve d'une vie de paysans, cultivateurs cueilleurs, indépendants, dans les marges.
On en a vu passer après : des stagiaires ou autres visiteurs (du dimanche quelquefois), des jeunes et des moins jeunes, des couples et des célibataires, des utopistes ou des arrivistes, des écolos-bobos ou des pseudo-anarchistes, des qui sont érudits, des qui vous donnent des leçons de "culture", des modestes et des prétentieux, des plus ou moins spirituels, des amoureux de la Nature, des alcoolos "en réinsertion sociale", des "en situation de handicap" aussi, comme ce jeune que nous avions employé un temps, et dont l'unique handicap était d'être trop lent dans une société où il faut être performant (donc rapide...) ; bref ! Des individus en tout genre qui rêvaient d'un retour à la terre, d'une "qualité" de vie, d'un "développement durable", d'une agriculture dite "bio", agriculture biologique ou biodynamique (nuance), permaculture ou planches semi-permanentes, agroforesterie, rotation des cultures, biodiversité, engrais verts, ferme de "taille humaine", vente directe, commerce local, respect de l'environnement, solidarité, alliance "producteur-consommacteur", paniers bio, etc. On commence à connaître le vocabulaire du milieu, maintenant que ça fait quelques baux qu'on le vit. On a même l'impression d'en avoir fait x fois le tour... 
C'est tout un courant, une vague, faite de récup et de recyclage, de gestionnaires et de bons sentiments, quand ce ne sont des injonctions pleines de moralisme et de vérités. Une communauté finalement, aux frontières limitées, et pas toujours poreuses, tout comme en d'autres lieux. Toujours la même tragi-comédie des appartenances et des identités, aussi.
Mais derrière les beaux mots, derrière l'épaisse couche des beaux discours mâtinés de références éco-politiques à la conf', par ex, derrière les masques, on rencontre peu d'humains finalement.
Humain : si l'on veut encore accorder à ce mot une signification positive.



Et pourtant, on le sait, la monoculture intensive est un désastre. Tout comme la monolangue. Et l'ambroisie pullule.


mercredi 9 août 2017

Minuit


dans le jardin automnal


 
Le chat dans le jardin ne guette les souris,
Ce pacha est charmeur, à sa vue on sourit...

Félin chouchou frimousse,
Ô le bel insoumis !
Jamais il ne frémit,
Chaton n'a point de frousse !

Clochard heureux dans son château,
Richard au cœur de chardon chaud !

Paressant sur les mousses,
Petit lion sans chichi,
Œil de lynx avachi,
Le Temps est à ses trousses...

Ce doux dragon est roi d'un chaleureux taudis,
Tendre fripon sans loi d'un nocturne pays...


vendredi 28 juillet 2017

Partir ou rester

Ils sont trop mignons, je les adore.



Goutte de son




Cha

que

son est un

cristal, un métal

qui fond, un état liquide

un glacier, un minéral, une

perle, une pierre précieuse,

une onde, un lac, un océan,

où il se fuit, où il se perd

où il se confond,

où il se

noie



la momie du Vercors
Sur la route vers
les feuilles qui bruissent affolées
par le vent des temps qui courent
il est un bel endormi
un éternel aux cimes terres
dans les bleus
et les nuées
parfois il s'embrhume
mais il n'éthernue pas
par contre il sait très bien
que l'air du temps est un fragment d'éthernité.
 
23 mai 2015 

mercredi 26 juillet 2017

Vivre et laisser mourir

F. m'avait offert un joli petit carnet rouge il y a un peu moins d'un an. Ce fut à partir de fin mars que j'ai vraiment commencé à m'en servir, à écrire mes pensées, mes peines et mes tourments, quand mon jeune frère fut retrouvé mort chez des amis à lui. Ce n'était pas un poisson d'avril, notais-je, le lendemain. Ce fut sa dernière soirée festive et bien arrosée. Un de ses amis disait qu'il l'entendait encore ronfler au petit matin, mais un peu plus tard, lorsqu'il alla le réveiller pour aller au taf, mon frère ne respirait plus. Sans doute était-il déjà bleu. Les résultats de l'autopsie évoquaient une embolie pulmonaire. Il était mort étouffé. En fait, je sus plus tard qu'il était malade, qu'il n'en était pas à son premier malaise. J'avais retrouvé dans sa chambre, planquée au dessus de l'armoire, une blouse d'hôpital. Il avait déjà fait un tour aux urgences quelques jours auparavant. Il avait par ailleurs confié à un ami avoir mal au cœur. Je crois pouvoir affirmer que chez lui, ce mal de cœur était à comprendre dans tous les sens de l'expression. 
Cela fait donc quatre mois que je compose avec son absence et si l'annonce de son décès était, comme pour beaucoup de ses proches, reçue comme un choc, et en mon cas, comme une forme de néantisation intérieure ; finalement, je vis plutôt bien l'idée de ne plus jamais le revoir en chair et en os. Happée que je suis dans mon quotidien, je n'ai peut-être pas le temps de me morfondre. Mais surtout, je m'en suis fait une raison. Il est des êtres tellement perdus, tellement déchirés, tellement au bord du gouffre, que l'on se dit que la mort est bienvenue, après tout. 
J'ai donc beaucoup écrit, après son décès, dans ce petit carnet rouge. Je me disais, entre autres, que je lui avais toujours trouvé un air de ressemblance avec mon grand-père paternel. Je pensais aussi qu'il avait peut-être hérité d'une lourdeur malgré lui, d'une histoire et d'une Histoire assez pesantes, quelque fardeau resté obscur pour lui, un passé qu'il n'avait pu mettre en mots. Une gravité que j'entrevoyais sur le visage d'un grand-père inconnu, que je retrouvais sur le sien ces dernières années.

1954

Jean avait mis une croix sur la photo, sous son père. Peut-être avait-il peur d'oublier son visage ? C'est tout ce qui lui reste d'un père peu connu. Je me suis souvent demandé comment j'aurais vécu, à sa place, avec une image en guise de père. En tout cas, cette vieille photographie est un trésor qu'il conserve jalousement. Je perpétue un peu la tradition. Difficile de faire table rase d'une histoire passée, même défaillante. 
Et ce n'est pas une histoire d'identité...
C'est juste une histoire de vie et de mort.