samedi 29 septembre 2018

Les nuits d'été

été 2016


Un deuil, c'est te revoir là où je ne t'attendais pas, là où je ne t'attendrai plus, là où je ne t'attendais jamais. C'est te sentir là où tu ne viendras pas, là où tu ne viendras plus, là où tu ne serais jamais venu. C'est te penser en chaque lieu, dans le plus insignifiant des lieux, dans le plus habité et le plus vide des lieux, dans le plus commun et le plus incongru, un lieu où je ne pensais pas penser à toi, un lieu que tu hantes soudain. 

mercredi 26 septembre 2018

Coincoin et les Z'inhumains

Je pense que je serais en train de faire une grave dépression s'il n'y avait pas, en ce moment, la mini-série complètement délirante de Bruno Dumont, Coincoin et les Z'inhumains !
J'adore. Les humains du monde de Coin coin ont des problèmes d'articulation, bégayent, ont la parole vacillante, incertaine, à peu près ; ils sont nuls, idiots, nazes, bidons, bêtes, ridicules. On pourrait penser que ce sont des caricatures, mais la fiction n'est pas si loin de la réalité. Il tombe de la bouse gluante sur les humains. Les humains ne sont pas dans la merde en vérité. 
C'est l'apocalypse, Carpentier ! La fin des humains, la fin du monde humain. Paroles de l'inimitable commandant de gendarmerie. Personnage inoubliable.
Donc, j'ai regardé toute la mini-série, et demain, je vais voir ma psychanalyste.
A part ça, la lune est belle ce matin.



mardi 25 septembre 2018

Monsieur Trinh et Madame Trinh (2)

A peine rentrée chez moi, je m'empresse, sans trop réfléchir, de mettre à l'écrit ce que Monsieur et Madame Trinh me racontent. Je ne veux pas oublier leur témoignage. 
Mme Trinh vient de se faire opérer de la cataracte, ses deux anesthésies générales à une semaine d'intervalle l'ont épuisée, elle évite la lumière et reste assise un peu en retrait dans un coin du salon, à l'ombre, mais elle est tellement heureuse de pouvoir discuter avec une jeune exilée. Vous êtes comme ma fille, me dit-elle. Ses quatre enfants vivent ailleurs. Elle a bien la visite de ses petits de temps à autre mais ils travaillent, ils sont occupés par leur quotidien. Elle ne les voit pas souvent. Ma compagnie est une distraction, l'occasion également pour M. et Mme Trinh de se souvenir. Ils me parlent en français, et parfois je dis quelques mots en vietnamien.
M. Trinh se rappelle les Tintin et autres BD que des petits français lui avait offerts quand il avait 5 ans. Il commençait alors à entrer dans la langue française. Peut-être est-il francophile ? C'est une question que je lui poserai la prochaine fois que je le verrai. Après cela, il a poursuivi toute sa scolarité dans la langue française, jusqu'à l'université de Hanoi. Il devint enseignant du second degré à 22 ans, puis plus tard, travailla pour l'école militaire de Da Lat, au sein de l'armée du sud.
La prochaine fois, il me montrera ses photos, ses diplômes et autres documents administratifs, des livres aussi. J'ai un peu hâte de voir tout ça.

lundi 24 septembre 2018

Monsieur Trinh et Madame Trinh

Monsieur et Madame Trinh habitent le même immeuble depuis 1984. Ils sont arrivés en France en 1981. Tous deux s'expriment dans un français relativement correct, presque sans accent, ce qui m'avait un peu surprise lorsque je les avais rencontrés. Peu de vietnamiens de ma connaissance parlent aussi bien cette langue qui avait colonisé leur pays. Peu de vietnamiens, finalement, avait eu l'occasion d'apprendre cette langue de manière aussi approfondie. M. Trinh, et dans une moindre mesure sa femme, furent, quelque part, des exceptions, et des exilés de leur langue première. M. Trinh, en particulier, faisait parti de ces rares vietnamiens, enfants de bourgeois, qui apprirent le français dès leur plus jeune âge, presque comme une langue maternelle. M. Trinh est catholique, à l'instar de sa compagne, attache religieuse qui explique sans doute, aussi, la familiarité de M. Trinh avec la langue française. 
Aujourd'hui, Mme Trinh a 73 ans. Elle s'est mariée dans les années 70, elle avait 28 ans et son époux 31. Si mes calculs sont bons, Mme Trinh est donc née en 1945 tandis que M. Trinh a vu le jour en 1942, à Hanoi, m'a-t-il précisé. Ce n'est que bien plus tard qu'il s'installait à Saïgon en compagnie de sa femme.
Le couple m'invita ce soir là à boire un verre de lait de soja et à manger un morceau de gâteau de lune. Cette pâtisserie d'origine chinoise se partage en cette saison, à l'occasion de la fête de l'automne. C'est ainsi que les vieux amoureux ont commencé à me raconter leur vie, après m'avoir tendue, fièrement, une photo d'eux, en noir et blanc, prise lors de leur mariage. Nos plus belles années, ajouta M. Trinh. Par moment, pendant sa narration, les larmes lui venaient aux yeux.


mercredi 19 septembre 2018

Ce jour

Pour fêter mon 42ème inconvénient d'être née, je vais me souhaiter et m'offrir une joyeuse mélancolie, un merveilleux ennui, une extraordinaire lassitude, une magnifique déprime, des vents, des tempêtes, des pluies, des orages, des brumes à perte de vue, des cafés et des clopes fleur du pays, la bonne résolution de continuer de fumer et de vieillir, des automnes et des feuilles mortes, des solitudes poussiéreuses, des rires aux larmes, des pensées pour les morts, des lieux hantés, des deuils et des deuils, un bouquet de roses rouges fanées et jetées à la poubelle, des angoisses existentielles, du vin, du whisky et des calories, des cheveux blancs, des rides, des chagrins et des abîmes, l'essoufflement, des ascenseurs en panne, des tachycardies, une tomate une pomme un oignon blanc pour midi, des désillusions, des ratages, des échecs cuisants, des migraines, des cellules mortes et des neurones décroissant, un déclin inéluctable, des tumeurs cancéreuses (avec un peu de chance), des cauchemars, des insomnies, du travail interminable, être toujours en retard, des multi-listes de tâches, des chansons tristes, des chansons d'amour, des amours qui finissent mal, etc.
Ce sera une excellente nuit.

mardi 18 septembre 2018

jeudi 13 septembre 2018

Madame, madame

Est-ce que vous regardez la télé ?
Non.
Vous n'avez pas de télé ?
Non.
Vous ne regardez jamais la télé ?
Je regarde Arte, quelquefois.
Ah oui, Arte, trop bien. Les documentaires sur les lions, j'adore les documentaires sur les lions.

Est-ce que vous connaissez [nom d'un joueur de foot (que je n'ai pas retenu)] ?
Non.
Vous ne connaissez pas [nom d'un joueur de foot] ?!
Pas du tout.
Et [autre nom d'un joueur de foot] ?
Je ne connais pas.
(exclamations d'étonnement dans la salle)
Je ne regarde jamais le foot.
Ah ! Ce n'est pas possible !
Zidane, vous connaissez Zidane au moins ?

Ah ! Ces jeunes ! Pensais-je. Ils sont drôles.
Ravie de faire votre connaissance.

Et la variété Madame, vous aimez la variété ?
J'aime bien la chanson française.
Vous connaissez [un nom de chanteur que je n'ai pas retenu] ?
Non.
"Il est où le bonheur, il est oùuuu ? Il est où ? Il est où le bonheur, il est oùuuu ? (lalalala)"
(rires)
Je déteste cette chanson.

Bon, on va faire de la culture générale. Je vous recommande cet ouvrage, c'est une anthologie.
Vous savez ce que signifie une anthologie ? Qui peut me donner la définition du mot anthologie ?

Je vais vous expliquer ce qu'est une anthologie.

Donner un cours l'après-midi, c'est mortel. Surtout que je n'avais guère envie de travailler. Heureusement, ces enfants terribles m'attendrissent. 

En fait, on est toujours seul Madame. Même avec tous, on reste seul, on meurt seul dans notre coin.
Vous avez tout compris. 

On va bien s'amuser. 


A côté de la fontaine, il y a une impasse : l'impasse de la peine. 

mercredi 12 septembre 2018

Adieu la vacance



Voici venir le temps du stress de la dernière minute !
La course redémarre et je suis en retard pour tout, dans tout ce que j'entreprends.  
Hier, j'ai pensé mourir deux fois sur la voie rapide en me rendant à mon "travail". Heureusement, c'est un tout petit groupe de jeunes demoiselles qui m'attendaient, bienveillantes quant à mes quelques minutes de retard. 
Seuls avec tous : c'est la nouvelle thématique à l'étude en classes de bts. 
Ah ! Quel thème ! Individu et société. Cela me rappelle le Vivre seuls ensemble de Tzvetan Todorov. Mais du coup, je vais feuilleter son essai d'anthropologie générale, La vie commune. Des fois que. Entre quelques nouvelles d'Haruki Murakami, Après le tremblement de terre, je pense.
Avec les jeunettes (elles sont mignonnes), on regardera Dogville par exemple. Ce sera presque suffisant. Puis on lira L'homme des foules d'Edgar Poe. Aussi. Pourquoi Pas ? On parlera des pseudo nouvelles formes de solidarités, comme les amap. On évoquera l'économie sociale et solidaire. Très amusant. 

dimanche 9 septembre 2018

Suzanne



Tu avais fait le choix d'aller là-bas vivre, ensemble. Tu es montée dans cet avion qui te faisait quitter le pays qui te ressemble. Et tu as dit "au revoir" aux soleils mouillés, aux ciels brouillés, tu as fini par oublier leurs larmes.
Le temps a filé, les années ont passé, et la splendeur orientale de ta jeunesse a lentement fait place à l'automne d'ici.
Mais tu parles toujours ta douce langue natale et cette langue de la première enfance, cette langue maternelle, elle parle à ton âme en secret. L'entends-tu encore ? Elle te chuchote d'aimer et mourir, elle te supplie d'assouvir encore ton moindre désir.
Voici venir à présent le temps des soleils couchants, le temps où le monde s'endort dans une chaude lumière.
Et je t'invite à voyager, pour une dernière fois, avec sérénité.
Le pays qui t'accueillera est au delà du bout du monde mais là-bas, "tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté". 

vendredi 7 septembre 2018

Metamorphosis


Après une journée harassante

je repris le chemin des bois. Le temps était merveilleusement gris et la pluie tombait, douce, bienfaisante. Elle caressait le feuillage, le visage, la rivière. 
Le vent était absent, le bois était presque sombre et désert. La Nuit approchait.
Je flânais dans la pluie et le silence. Quel plaisir de marcher sous la pluie en cette fin d'été ! La saison chaude se meurt, la saison est idéale. 
Croisant quelques rares coureurs de fond motivés, je pensais alors que je n'étais guère endurante, contrairement à eux. J'ai toujours manqué d'endurance. Je déteste courir. Je préfère marcher. 
Et le plus agréable était de jouir des lieux vides, calmes, humides, là où il n'y avait pas l'ombre d'une âme.
Par contre, me disais-je également, je sais parfaitement courir à ma perte.






mercredi 5 septembre 2018

Il me dit

On n'est plus du même monde
toi, tes colloques, tout ça
moi, j'aime la cueillette des champignons, les bois, la terre
je reste simple
pourtant j'aime toujours les plantes, les fleurs
la cueillette des champignons, les bois, la terre
je t'aurais bien dit aussi
que j'aime toujours tout ça
peut-être plus que tu ne le crois
j'aurais pu te dire aussi
que je rêve toujours
d'un jardin où mourir
simplement, nous n'avons jamais été du même monde
je n'ai jamais été d'aucun monde
il n'y a jamais de monde commun
tu ne le sais pas, tu es loin de t'en douter
Même en terre d'exilés
je suis restée, étrangère.



mardi 4 septembre 2018

Septembre sur la Deadline

Il y a deux semaines, un vieil ami me dit que je traverse ma crise de la quarantaine. A 40 ans, il y aurait toujours une crise. J'en suis à quarante et des poussières (d'étoiles). Et je ne sais pas si la crise est longue, mais il me revient en tête d'avoir lu un jour, quelque part, que la subjectivité humaine est toujours en crise, que la crise est intrinsèquement subjectif, ou qu'il n'y a pas de subjectivité sans crise. Un truc comme ça.
La crise, la crise, la crise ! (La crise est partout : crise économique et sociale, crise migratoire, crise de la quarantaine, etc.)
Il ajoute que j'ai répondu à un appel spirituel. 
Je l'écoute, mais je suis un peu perplexe.
Nous festoyons, un repas humble et convivial. Puis nous allons fumer, pensifs, sur le balcon.
Je reprends notre discussion : tu dis que j'ai répondu à un appel spirituel, mais alors... qui m'appelle ?



dimanche 2 septembre 2018

Déambulation au jardin (suite et fin)


Après avoir traversé la porte du ciel, je voyais tout en noir et blanc :


l'après-midi était calme, tranquille, doux. 


Les musiciens se concentraient ;


on papotait à l'ombre des arbres ;


on méditait au bord de l'étang ;


certains pratiquaient un art martial : un genre de sport pour évanouissants ;


d'autres se cachaient entre les bambous ;


un individu prenait un bain de rivière.


Et durant tout ce temps sans histoire, je dormais sous un catalpa.

Toujours en chemin


au jardin zen

samedi 1 septembre 2018

Déambulation au jardin

Le jardin zen invite à la rêverie. Un joueur d'accordéon, une harpe, un saxophone, des enfants du cirque, des danseurs bleus, des pratiquants de taï chi, des bulles, des torches... Invitation à la déambulation poétique parmi le peuple du jardin, invitation à la lenteur, invitation à la contemplation.