samedi 31 octobre 2015

Jardin d'automne (2)

Cela doit faire deux ou trois jours que je me traîne quelque vingtaine de copie d'étudiants ayant participé à un concours blanc. Deux ou trois jours que je peine à les corriger... Je lis deux, trois copies, puis je décroche. Je crois bien que ces étudiants qui attendent toujours impatiemment de connaître leur note - formatés qu'ils sont à adorer la notation - parce qu'ils ont l'impression de travailler, même de progresser dans leur apprentissage - vont attendre encore un peu. Les résultats ne seront pas pour la rentrée prochaine.

Plutôt que de m'assommer, j'ai préféré profiter de la belle journée ensoleillée en me rendant avec une petite fille de cœur dans un de nos bois fétiches.

Un peu de poésie, que diable ! 



Comme le rire tu des feuilles mortes sur nos pavés... Cadavres exquis.



Ou l'inattendue, la lumière insoupçonnée, celle des cimes, la lointaine, la hautaine.
Celle qui se moque de nos nuits.

Et celle plus timide, débusquée, arrêtée, dans un bois qui s'assombrit.



Pensées chinoises

Suis-je dans l'air du temps ? Étranges synchronicités ! Amusantes !

Alors que je bataille à me replonger dans des souvenirs carrément brumeux, constatant que ma mémoire n'est décidément pas visuelle, et que peut-être alors la photographie est comme une béquille, je découvre, enchantée, le programme des nouveaux chemins de la connaissance, consacré cette semaine déjà passée, à la pensée chinoise... 

Alors, j'aimerais bien prendre place dans ce fauteuil d'un autre temps...


... mais je me contenterai d'écouter une ou deux émissions, en faisant ma popotte.

Les pensées chinoises à écouter ici : clic

vendredi 30 octobre 2015

Du sommeil aigre-doux de l'enfance (3)

Écrire est une exploration et l'écrivant, un aventurier de l'espace-temps. Il y a toujours une mise en danger de soi sur les terres d'écriture, peut-être un danger de perdition, de dispersion, notamment, dans cette écriture où l'on tente de parler d'un soi alors que l'on sait pertinemment qu'il est hypothétique, du moins, fluctuant, et qu'il dépendra surtout de ce que l'on en écrira.
On ne se fait plus d'illusion, on sait que l'écrivant, lorsqu'il prétend être à la recherche des lieux perdus, est en fait à la recherche d'un soi égaré quelque part, entre hier et demain, entre ici et là bas, entre des mots et des mots. Ce n'est pas la connaissance de soi qui importe, loin de là, l'écrivant se cherche d'une autre manière : il cherche son sujet, il cherche à le localiser.
Si j'entreprends de fouiller dans le "sommeil aigre-doux de l'enfance", magnifique expression que j'emprunte à Julia Kristeva dans son essai Étrangers à nous même et qui m'évoque tellement cette période toujours trouble du passé, cette période qui peut durer longtemps, cette période où le sujet qui s'éveille est à la fois endormi, c'est pour tenter de répondre à une sollicitation du hasard que j'ai transformée en contrainte d'écriture.
Aborder ce thème du bouddhisme, essayer de relater et de partager une expérience culturelle, familiale, est encore un prétexte pour explorer le mystère des relations entre des êtres vivants, entre des êtres et des idées.

jeudi 29 octobre 2015

Du sommeil aigre-doux de l'enfance (2)

Il n'y a pas d'église évidemment, il n'y a pas de messe non plus, juste des pagodes et des prières collectives les matins de festivités. Les animations, en général, sont toujours très conviviales et joyeuses, même lors de cérémonies pour les défunts, même parmi les pleurs des personnes endeuillées. Les fidèles sont toujours conviés avec toute leur famille à venir passer les journées de fêtes à la pagode. Ils s'y rendent tôt le matin et les femmes, principalement, aident en cuisine. Il y a toujours un grand choix de mets, servis à profusion. La nourriture, toujours végétarienne, déborde des tables où même l'étranger d'un jour, l'étranger de passage peut s'installer. Les offrandes de fruits, de gâteaux et autres confiseries sont généreuses sur les autels dédiés aux morts chéris ou aux diverses divinités. Pour ne pas gaspiller, les restes sont parfois redistribués, partagés entre les convives à la fin de la journée.
Lorsque la cuisine est bien avancée, les fidèles revêtent leur robe grise et se regroupent dans la grande salle consacrée aux prières. Toujours chaudement colorée, richement décorée de vases fleuris, de statuettes et autres représentations divines, la pièce spacieuse et lumineuse, imprégnée d'encens, abrite une énorme statue de Bouddha. Face à celle ci, de nombreux tapis accueillent les séances de prières ou de méditation rythmées par la musique des bols chantants que les moines frappent régulièrement. Parfois des petites conférences assises ou rencontres avec des lamas reconnus se déroulent dans la grande salle.
Je me souviens avoir souvent participé aux fêtes religieuses avec mes parents et m'être régalée à chaque fois. Lors de notre premier voyage retour au Vietnam, nous avions visité quelques pagodes où se rendait souvent mamie Nam. Si j'avais été révoltée de voir des montres en or au poignet de certains moines, si j'ai été parfois très critique envers la religion et ses dogmes, j'ai toujours aimé ces lieux plein de couleurs. J'ai souvent observé les prières, je me suis même pliée à certains rituels après le décès de maman. J'aime aussi énormément le parfum de l'encens au bois de santal.
Comme mamie Nam, Jean a installé un autel dans le salon avec une belle image encadrée de bouddha. Et comme elle, ou comme à la pagode, il a installé à côté de la représentation du bouddha, les photos des mortes de la famille, celles de sa grand-mère, de sa mère et de sa femme. Et chaque matin, depuis qu'il a du temps, depuis qu'il est à la retraite, il brûle quelques bâtons d'encens, récite à voix basses de très courtes prières puis leur sert une tasse d'eau chaude, parfois du thé. Aussi, chaque fois qu'un repas pour une occasion spéciale est préparé, avant de se mettre à table, il leur en sert une part, à chacune ainsi qu'au Bouddha, puis il les invite à se restaurer. Il considère, m'avait-il expliqué, que les esprits des morts pouvaient se nourrir encore. D'ailleurs, les morts mangent toujours avant les vivants.
Étrangement, certains rituels se perpétuent, même chez moi. Je possède deux petites statuettes de Bouddha, j'ai aménagé un petit autel des morts et je brûle quotidiennement quelques bâtons d'encens. Ce geste est comme une pensée que j'adresse aux défunts, une pensée qui s'échappe en fumée.

mardi 27 octobre 2015

Du sommeil aigre-doux de l'enfance (1)

Si je veux parler d'une culture familiale imprégnée de bouddhisme, de croyances, de traditions et rites populaires, je ne saurais le faire sans me référer à au moins deux figures chéries de mon enfance : mamie Nam et Jean. 
Je ne suis pas bouddhiste, je ne pense pas être croyante, et encore moins athée. C'est sans doute que je me refuse toute étiquette. Mais il est vrai que la question de la spiritualité m'a toujours intéressée, celle qui dans un certain sens rejoint certaine philosophie, celle qui s'interroge et m'interroge aussi, parfois. Je ne suis guère spécialiste dans le domaine mais cet intérêt est, je crois, un héritage familial.
Je n'ai que très peu connu mamie Nam, je l'ai très peu côtoyée. La première fois que je la revoyais en chair et en os, c'était en août 1987 ou 1988. Jean m'avait très souvent parlé d'elle et j'ai rêvé longtemps de vivre à ses côtés. Hélas, presqu'une journée d'avion nous séparait l'une de l'autre. Mais cet été là, je retrouvais la grand-mère aimante qui m'avait tant manqué et lorsqu'il a fallu repartir, je n'ai cessé de pleurer. La quitter était un déchirement. Je m'étais tellement attachée à elle.
J'adorais l'accompagner au marché, elle faisait quotidiennement ses courses matinales. Les maisons d'alors, les modestes, n'étaient pas encore équipées de réfrigérateur (ni de salle de bain, ni de machine à laver, ni d'eau chaude, ni de télévision, ni de carrelage...), il fallait chaque jour penser à se ravitailler. C'était l'ainée de tous, c'était elle qui décidait, bien souvent, de la composition du menu du jour. Elle choisissait les aliments qu'elle allait cuisiner, avec l'aide de sa nièce, une cousine de mon père chez qui elle habitait. Mamie Nam partageait l'existence d'une famille avec trois jeunes enfants mais l'entente n'a pas toujours été harmonieuse. La vieille dame avait un sacré caractère : impatiente, colérique, autoritaire, mais juste, intègre, généreuse. Sa place d'ainée exigeait obéissance et respect de la part des enfants. C'est ainsi au Vietnam, les anciens ont une place de choix et tous les petits frères et sœurs, tous les plus jeunes cousins et cousines, les enfants, petits enfants, nièces et neveux, quelque soit leur âge, sont à leur service. D'ailleurs, si le bouddhisme est la religion prédominante, elle côtoie de près le culte des anciens, le culte des défunts.
Alors, chaque matin, avant de faire ses emplettes, mamie Nam ne manquait pas de brûler plusieurs bâtons d'encens, dans chaque pièce de la maison, et récitait quelques prières aux défunts, après leur avoir servi, à chacun, une tasse d'eau chaude, sans oublier le Bouddha.

mardi 20 octobre 2015

nous suivrons le vent

et nous suivrons les nuages


comme nous suivrons les cours d'eau


puis nous suivrons les saisons
comme nous suivrons du regard


tous les paysages sémantiques

la variation temporelle
l'équivocité des mots
la polyphonie des sens
l'hétérogénéité d'émoi
l'ambivalence des brumes
le métissage des lieux

nous libérerons les ombres

Infiniment
jusqu'à notre fin

lundi 19 octobre 2015

Il n'y a pas si longtemps

Les arbres inlassablement


 Sur la page grise du ciel


griffonnent des idées saisonnières


Hiéroglyphes, lettres savantes


 Messages codés, gribouillis


D'été, d'ici et d'ailleurs

dimanche 18 octobre 2015

Du bien et du mal



 Il semble que quoiqu'on en dise, penser en termes de "c'est bien ce qu'ils ont fait", ou "c'est mal ce qu'ils ont fait", est plus fort que soi : même lorsque nous avons conscience de la complexité d'un phénomène, nous ne pouvons nous empêcher, trop souvent, et à moins de se taire, de porter un jugement de valeur. Tout jugement de valeur n'est-il pas finalement binaire ? C'est beau, c'est laid, c'est gentil, c'est méchant, c'est bon, c'est mauvais, c'est énooorme, c'est grave nul, etc.
Cela ne rejoint-il pas le fonctionnement cognitif humain ? Cette propension à catégoriser. A partir du moment où l'on caractérise un objet ou un fait, nous lui attribuons des qualificatifs qui en excluent d'autres, ces autres étant souvent leurs contraires. C'est comme, en somme, penser en termes de même et de différent. Il parait bien difficile d'exprimer l'entre-deux, de nuancer : quels sont les mots qui disent le beau et le laid, ou le bien et le mal, à la fois ? 
Nous avons dans notre langue la conjonction "et" pour associer deux qualificatifs ensemble, ou le groupe prépositionnel "à la fois", ou encore "en même temps", ou l'adverbe "simultanément", etc. Nous pourrions aussi user de stratagèmes typographiques : "c'est bien-mal", "c'est beau-laid". Mais, pas de mots qui expriment l'ambivalence. 
N'est-il pas difficile de se représenter un bien-mal ? Si entre le chaud et le froid, nous trouvons le tiède, si entre le goûteux et l'insipide, nous avons le fade, comment penser l'entre de deux qualificatifs moraux contraires ? Inventons un mot à la manière du tiède et du fade ? Peut-être pourrions-nous proposer le neutre ? Hum, non, le neutre ne dit pas l'entre bien et mal. Disons... : "c'est complexe" ? Et suspendons notre jugement ? Ou développons, longuement, notre point de vue ?
Ainsi, nous jugeons comme nous caractérisons, nous catégorisons, nous séparons, et ceci, de manière plus ou moins violente. La binarité serait-elle le propre du langage ?


Minuit dans le jardin du bien et du mal



lundi 12 octobre 2015

Trouver le souffle

Cette rentrée 2015 me laisse peu de répit. Me voilà à enseigner l'expression écrite et les méthodologies du résumé, du commentaire, de l'argumentation, et de la structuration de texte à un public post-bac censé maîtriser ces diverses "compétences" textuelles, comme on dit dans le jargon... Ce n'est pas une mince affaire. Si dans un groupe d'une vingtaine d'étudiants, il y en a toujours deux ou trois qui parviennent à écrire selon les normes (sociales/scolaires), la majorité rencontre des difficultés. Il faut tout revoir : qu'est-ce qu'un résumé, qu'est-ce qu'un commentaire, une argumentation, etc ? Mais aussi, comment repérer thème, thèse, et arguments ? Comment distinguer l'information essentielle du secondaire ? Le plus dur enfin : comment reformuler ? Puisque la paraphrase est déconseillée... C'est que très souvent, les étudiants me disent : "j'ai l'idée en tête, je pense avoir saisi le sens du texte, mais je n'arrive pas à reformuler", ou alors "je n'arrive pas à le dire, je ne sais pas comment dire, je ne trouve pas les mots". 
Outre des problèmes de syntaxe assez conséquents (on peut lire par ex des phrases à rallonge, de dix lignes, sans ponctuation adéquate et dans lesquelles les idées s'emmêlent...), ces post-bacs possèdent souvent un "répertoire langagier" (autre terme jargonnant) assez pauvre. Or je n'ai que quelques mois pour les préparer à des concours d'entrée en écoles axées autour du soin. Donc, il n'est pas rare que je sois assez pessimiste, d'autant plus lorsque je rencontre des cas d'illettrisme. 
Dans une société où l'écriture est devenu un instrument de pouvoir, ne pas savoir écrire de façon efficace représente un handicap - il est certain que nous ne vivons plus dans des sociétés de traditions orales... L'écriture, formidable instrument de torture, est devenu un schibboleth, élément d'exclusion sociale. Savoir écrire s'inscrit aujourd'hui dans cette logique de l'idéologie dominante : compétence, sélection, performance, et réussite individuelle...
Pourtant, écrire est aussi étroitement lié à la pensée. Depuis que les humains ont inventé l'écriture, leur pensée n'a cessé de se complexifier, et de s'organiser. L'écriture n'a eu de cesse cette fonction de nourrir la pensée humaine, outre de lui permettre de se structurer. Est-ce à dire que la pensée humaine était moins ordonnée avant l'invention de l'écriture (et de l'imprimerie) ? Pas forcément, mais écrire participe grandement à rendre une pensée mieux "construite", à l'éclairer. Ces étudiants qui n'arrivent pas à structurer leurs écrits, à formuler leur pensée, laissent transparaitre, très souvent, une pensée éclatée, une pensée majoritairement pétrie de lieux communs, une pensée, pourrait-on affirmer, qui ne leur appartient pas complètement. L'écriture a ceci de particulier, c'est qu'elle participe en tant que processus (en tant que pratique régulière) à la construction et à l'émergence d'une pensée plus personnalisée, plus subjective. Mais plus particulièrement, précisons que c'est l'écriture narrative qui permet au sujet d'advenir à plus de singularité. (repensons aux théories d'identité narrative de Paul Ricoeur...). 
Tout ceci pour dire que nous vivons peut-être une ère de désubjectivation, dans le sens ou narrer n'est plus à la mode. Le mode narratif était très présent dans les sociétés orales pleines de griots... Aujourd'hui, la parole est mise à mal par le communicatif, ou le fonctionnel : l'information est privilégiée ; informer, communiquer de façon efficace, transmettre des informations, voilà le modèle dominant (R. Gori, in la dignité de penser). Et celle ou celui qui ne sait faire s'en trouve bien démuni, outre le fait que sa pensée se voit confisquée. 
Bref ! Donc, chaque samedi matin, je vais à mon cours de taï chi, et je cesse de penser. J'apprends à épouser le mouvement, à laisser mon souffle me guider, je laisse "parler", "balbutier" mon corps, sans langage articulé. Ainsi, ai-je trouvé très plaisant le fait d'être moins présente dans la sphère cérébrale... Et ceci est une autre histoire...

dimanche 11 octobre 2015

Rien n'est immuable

Une nuit d'insomnie et voilà ce nouveau lieu. 
J'avais juste envie de déménager, envie d'épurer aussi. C'est ainsi, rien ne dure. 
Pas de ligne de conduite, pas d'idée précise, à nouveau l'incertain.
    Mais que demeurent les arbres...