jeudi 26 novembre 2015

Quand dieu est amour...

Quand je lis des énoncés du genre "la religion est amour", avec parfois emphase typographique du style "la religion est AMOUR" ou mieux, "DIEU est AMOUR" (à peine exagéré), je me demande si les personnes qui profèrent de telles paroles savent ce que ces termes signifient...
Évidemment, pourraient-elles se risquer à vous rétorquer, de façon présomptueuse et sans l'ombre d'un doute, qu'elles n'ignorent rien de ce que ces mots veulent dire. Avec mauvaise foi.
Voyant que de telles phrases pullulent dans l'air du temps, j'ai pensé qu'il était nécessaire de rappeler à ma progéniture de ne jamais, au grand jamais, croire sur parole ces soi-disant vérités. 
Je me demande également si l'on pourrait envisager la construction de centres de déradicalisation pour ces dangereuses personnes potentiellement terroristes. 



dimanche 22 novembre 2015

Un portrait de (mauvaise) lectrice

C'est en juin dernier que j'ai pu découvrir sur le blog de Mina, Bavardages et futilités, son billet intitulé "un portrait de lectrice", si ma mémoire est bonne. Je trouvais l'idée sympathique et m'étais dit qu'à l'occasion, je pourrais m'essayer à l'exercice. Il s'agissait de répondre à une liste de questions autour des habitudes de lectures, de ses goûts littéraires, de ses héros préférés, de ses lieux de prédilection pour lire, etc.
Alors voilà, je tente l'expérience, mais, par contre, sans reprendre les questions. Je suis trop flemmarde pour cela, et je préfère laisser aller ma pensée à ce propos : quelle sorte de lectrice serais-je donc ?
Cette question est évidemment d'une importance capitale, tant l'heure est grave. Cependant, il n'est pas encore minuit. Peut-être avons-nous encore espoir de recueillir quelques idées claires.

La première phrase qui me vient à l'esprit, c'est que je suis une très mauvaise lectrice. Plus les années passent et moins je suis productive, moins je lis de façon soutenue. Lorsque j'étais môme, je pouvais lire pendant plusieurs jours d'affilée, voire plusieurs nuits. Je me souviens encore finir à la lueur d'une bougie quelques romans d'amour comme Jane Eyre de Charlotte Brontë. Parmi les livres qui m'ont marquée, je peux citer Les souffrances du jeune Werther de Goethe, ou encore Le grand Maulnes d'Alain-Fournier. Mais mon premier coup de cœur fut sans doute Les Fleurs du Mal de Baudelaire, au collège. 
Je ne sais encore, par ailleurs, comment j'ai pu emprunter ces chemins de lecture tant j'en fus éloignée. Il n'y avait pas de livres à la maison, mes parents ne lisant pas d'ouvrages français. Je dois être une sorte de miraculée, et les bibliographies des profs de français ont été une aubaine pour moi. C'est ainsi, aussi, que je lus J'ai quinze ans et je ne veux pas mourir de Christine Arnothy durant mes années de collégienne, roman autobiographique qui m'a laissée un moment sans voix. 
Au fil des années, mes goûts m'ont portée vers les polars, d'abord les romans d'Agatha Christie, seuls bouquins que je pouvais quémander à ma mère lorsque nous faisions les courses le samedi aprèm au supermarché du coin. Heureusement qu'il y avait les bibliothèques des école, collège et lycée pour satisfaire mes envies de lecture. 
Mais finalement, je dois dire que ma culture littéraire est plutôt pauvre. J'oublie d'ailleurs très vite ce que je lis. C'est la deuxième raison pour laquelle je me considère mauvaise lectrice. 
Lorsque j'étais étudiante et bien peu fortunée, j'ai pu tout de même commencer à enrichir ma bibliothèque. Outre des polars, je me suis frottée à quelques littératures d'idée. J'avais adoré Le mythe de Sisyphe de Camus. Et puis Dieu et l’état de Bakounine, ou encore Travailler, moi ? Jamais ! de Bob Black aux éditions des Mille et une nuits ou de l'Esprit Frappeur, collections que j'affectionnais tout particulièrement. Peut-être que si je n'avais lu ces ouvrages dans la veine du Droit à la paresse de Lafargue, serais-je aujourd'hui fonctionnaire et terriblement malheureuse... De même, Une société sans école, d'Ivan Illich, m'a carrément détournée de l'éducation nationale, erreur fatale ? J'en ai été réduite à exercer plusieurs emplois sans grand intérêt jusqu'à ce que je devienne formatrice précaire dans une asso bien connue.
Grâce aussi aux éditions Librio, je me suis procurée une petite collection de romans et d'essais divers à prix tout à fait abordable quand on est fauché. Les romans de Dostoïevski et d'autres écrivains russes m'ont égayée un temps, mais je n'ai jamais eu le courage de me plonger dans Crimes et Châtiments, qui m'attend depuis des lustres maintenant. Par contre, comme j'avais aimé Le journal d'un fou de Gogol ! 
Tout ce qui était fou, ce qui était noir, ce qui était suicidaire m'attiraient. Je recherchais des lectures hors-normes, un peu comme le journal de la grande Anaïs Nin. Je rêve de relire Les Tarahumaras d'Antonin Artaud par exemple. Parce que je sais que ce livre m'avait profondément touchée mais je n'en ai plus le moindre souvenir. 
Aujourd'hui, j'ai une pile de livres qui s’amoncellent en attendant d'être dépoussiérés. Je suis beaucoup moins attirée par les romans. On m'en offre parfois mais il est rare que j'en termine. Je ne lis plus que par intermittence, en voiture, quand j'attends mes mômes à la sortie de leurs diverses activités. Ou dans les salles d'attentes. Ou le matin en buvant mes cafés, car le soir n'est plus un moment propice : trois pages et je m'endors. C'est encore mieux qu'un somnifère... Je lis des passages, je lis plusieurs livres à la fois (une bonne dizaine), sur de longues périodes, sans forcément les terminer. Je les ouvre, je les pose, je les oublie, je les reprends. Poèmes, fragments, aphorismes et pensées sont sans doute les formes que je préfère à présent. La longueur m'est difficile, parfois je lis en diagonale, ou de travers - cela arrive assez souvent - ou d'un œil distrait, et la pensée ailleurs. Néanmoins, le dernier livre qui m'a scotchée, c'est Vivre de paysage de François Jullien. 

Je pourrais dire que je suis loin d'être une lectrice bien sérieuse... Et pour finir, parce qu'on a dépassé minuit dans le jardin, je pourrais revendiquer comme Daniel Pennac :

" Les droits imprescriptibles du lecteur:
1. Le droit de ne pas lire.
2. Le droit de sauter des pages.
3. Le droit de ne pas finir un livre.
4. Le droit de relire.
5. Le droit de lire n'importe quoi.
6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
7. Le droit de lire n'importe où
8. Le droit de grappiller.
9. Le droit de lire à haute voix.
10. Le droit de nous taire."



vendredi 20 novembre 2015

Apocalypse now ? That is the question.

Nous pouvons entendre et lire, ces derniers temps, certains énoncés qui prêtent à réflexion. Ces énoncés évoquent notamment l'attrait que peut avoir des jeunes en quête de sens, en quête d'idéal, pour l'organisation terroriste et clairement sectaire (entendons bien que toute religion est sectaire), que représente daech : " L’idéologie de l’EI exerce un attrait puissant sur une certaine population". Certain article titre le "charme du califat", où l'on peut lire que "c’est la dimension apocalyptique de Daech qui séduit tant de jeunes Occidentaux à la recherche d’un sens à leur vie". Sur les ondes par ailleurs, nous entendons, de mémoire, quelques phrases répétant que l'EI offre sur le marché une idéologie qui rencontre une demande. Puissante entreprise, donc, qu'est l'EI, attractive, et qui sait s'adresser aux jeunes, semble-t-il, qui sait vendre une idéologie, qui sait séduire, attirer, faire rêver une partie des jeunes en marge, ou en errance, ou des exclus qui ont échoué à se conformer aux règles sociétales occidentales, qui échouent à (s')intégrer, à entrer dans la danse compétitive de l'idéologie dominante, des jeunes, en somme, en quête d'un monde meilleur, en quête existentielle. Et l'occident peine aujourd'hui à  apporter quelques lumières. N'a-t-il pas, d'ailleurs, été assez remarqué cette espèce de crise du sens qui submergerait celles et ceux qui vivent l'époque d'un Dieu est mort ?...
Nous pouvons avoir cette drôle (absurdité tragico-comique - pour rire et pleurer - tout comme lorsque Vladimir Poutine accuse Erdogan d'être un dictateur) d'impression - mais peut-être est-ce un effet de langage - qu'une logique marchande / consommatrice (d'idéologie) subsume même les plus barbares des barbares (les étrangers à nos modes de vie pervers). S'en remettent-ils, en effet, à la communication stratégique, ou au marketing ciblé, pour recruter dans leurs rangs des guerriers (sous le charme des diverses drogues plus ou moins rhétoriques et flattant leurs pulsions morbides) qu'ils rémunèrent, non à coups de lance-pierre, mais d'un salaire bien engraissé de dollars, avec privilèges sociaux par dessus le marché : logement et soins gratuits parait-il, éducation gratuite (et formatage, un peu comme partout de toute façon) pour tous les enfants, mères au foyer aidées financièrement, d'autant plus quand les maris ont rejoint dans une extase explosive le paradis des martyrs,  etc. Des avantages sociaux qui feraient baver plus d'un esclave salarié précaire de l'occident. Bref !
Ces obscurantistes, nommés tel quel par beaucoup d'humanistes, à la morale irréprochable et convaincus d'agir vertueusement sont, à l'inverse, persuadés que c'est le mécréant qui est un ignorant (à abattre)...
L'autre jour, Edgar Morin, invité à France Culture, disait que c'est une guerre qui oppose des "moins" barbares à des "plus" barbares... En fait, je pense que tout cela est bien complexe, pour reprendre un terme cher à Morin, et que nous  sommes toujours dans le caca une confusion planétaire, coincés au milieu de rigides de tout bord (ou des constipés, rechignant à lâcher leur caca pouvoir) incapables de penser entre les idéologies, incapables de poésie.

mercredi 18 novembre 2015

mardi 10 novembre 2015

Les bleus trop communs




Tu vois,

nous irons par les chemins solitaires
hors du monde, loin de la foule, en marge des groupes

nous suivrons les chemins non tracés, les chemins égarés, les chemins insensés

nous irons par les chemins solitaires, à peine balbutiés
les chemins désertés, les chemins incultes, les chemins impossibles

Les rugissements, les chuchotements, et même les silences
toutes ces vanités
seront snobées

et nous irons par les chemins solitaires et incertains

nous suivrons les chemins solitaires des voix excentrées
ou des voix exilées
et nous laisserons les bleus trop communs, les cieux trop rêvés 




jeudi 5 novembre 2015

Se donner un genre

L'individu n'est pas à un paradoxe près. On pourrait même affirmer qu'il se révèle plus souvent, finalement, comme tout et son contraire.


Un indéfinissable que l'on s'escrime à vouloir définir de quelques manières.


Un singulier que l'on se résigne à écrire au pluriel.


Une histoire sans cesse recommencée ou une inconstance que l'on taille, que l'on sculpte, que l'on voudrait rendre stylée.


Un édifice qui ne cesse de tomber en ruines, poussières de soi au vent ; ou que le fleuve charrie, poussières de soi noyées.



Comme des corbeaux aux lettres anonymes : le noir sur la peau, l'absurde et le sublime. 
Et que sais-je encore ?


Rien de bien déterminant.


Peut-être une métaphore qui s'incarne : et là, l'individu, il a l'air beau...
Il se remplit de mystères.
Et si c'était un nom pour commencer, au lieu du verbe ?
Toi, tu porteras ce nom étrange et j'ai espoir, ainsi, de te rendre un jour - et qui sait s'il arrivera un jour ?- humain.


Et aussi, tu auras l'impression d'être unique en ton genre.

mercredi 4 novembre 2015

mardi 3 novembre 2015

Satellite of love

Il est des chansons, des airs qui nous trottent dans la tête, des airs qui nous viennent d'on ne sait où, du tréfonds d'un inconscient, ou d'un passé à jamais dissous dans des recoins nocturnes de la mémoire, ou dans les plis de la peau, ou dans les rides du visage, un passé que les nostalgiques d'un ailleurs toujours perdu, toujours absent, ne cessent de vouloir faire revivre, sans raison particulière.
Il est des chansons, des mélodies qui nous sont fidèles comme une hantise, et parfois, à minuit dans le jardin, on essaie de s'en défaire histoire de trouver un sommeil sans voix...


Celle-ci, elle est arrivée par un heureux hasard, en ce matin pluvieux.

dimanche 1 novembre 2015

Du sommeil aigre-doux de l'enfance (4)


Vingt mille francs, si mes souvenirs sont bons, c'est à peu près la somme que Jean et Suzanne avaient déboursée pour participer à la construction de la pagode près de chez eux. C'est fou ce que l'on peut faire quand on a la foi... 
J'ai vu cette pagode prendre forme petit à petit, et le temps qu'ils y ont consacré. Mais ils étaient heureux de contribuer à ériger ce lieu commun. A ce jour, Jean est encore un membre actif, trésorier de l'association et intervenant fidèle dans les diverses affaires de la pagode, tour à tour secrétaire, chargé de communication, interprète ou encore guide touristique pour moines tibétains ou d'ailleurs, en visite et logés au temple même. 
J'ai toujours aimé lors des diverses fêtes observer la liberté accordée aux plus jeunes, aux enfants, qui souvent s'amusent à l'extérieur, courent parfois dans tous les sens pendant que les adultes s'affairent, ou encore vont explorer la grande salle des cérémonies, lorsqu'elle est désertée, jouant à cache-cache derrière la grande statue de Bouddha... Nulle obligation en ce qui les concerne de prier ou d'effectuer quelques rituels particuliers. On les y invite mais on leur laisse le choix, même si les parents auraient souhaité des enfants un peu plus pieux. C'est ainsi que Suzanne fut assez déçue de me voir opposée à une sorte de "baptême" religieux. Ce jour là, alors que j'étais jeune ado, je refusai catégoriquement de prier à genoux et de me faire couper une mèche de cheveux.
Je souris en y repensant. J'ai toujours hésité entre insoumission aux croyances et aux dogmes et intérêt pour le phénomène religieux. J'ai eu ma période où je me sentais plus ou moins "bouddhiste", lorsque plus tard, jeune étudiante, je fis l'effort de lire quelques ouvrages à ce propos. Je pensais alors que le bouddhisme était plus une philosophie qu'une religion, et cette idée, somme toute assez commune, et peut-être sans réel fondement, me plaisait bien. Il est notamment encore difficile de trancher, et je ne saurais le faire : le bouddhisme est-il une religion ou une philosophie ? Peu m'importe finalement.
Cette période fut de courte durée car j'avais déjà opté pour une existence qui se voulait sans foi, ni loi, sans dieu, ni maître et la conviction de l'absurde condition humaine. D'ailleurs, ce ne fut pas toujours très drôle, car cela allait de pair avec un grand désespoir et le sentiment douloureux d'être socialement inadaptée.