lundi 28 mars 2016

Entre-deux

" Le poème est cette fameuse hésitation prolongée entre le son et le sens", dit Henri Meschonnic, reprenant Paul Valéry.



Une allusion
entre le son et le sens, 
entre l'image et le sens
entre le signe et le(s) sens,
frôlement indéfini...

Nous pourrions paraphraser H. M. et dire que la photographie est une longue hésitation entre l'image et le sens. 
Ainsi, deviendrait-elle, parfois, poème. 

 « ce n’est pas la main : c’est le regard 
qui écrit » (Et la terre coule, Arfuyen, 2006, p. 56). H. M.

« Ce que j’ai compris, c’est que je ne sais pas ce que je fais. Apprendre, c’est comprendre qu’on ne sait pas ce qu’on fait. Cela nécessite une critique de tous les savoirs. Mes poèmes sont mon propre inconnu que je découvre, ne sachant quand je vais écrire un poème ni ce que je vais écrire. Après coup, vient la réflexion. Tout ce qu’on peut emmagasiner comme savoir (mon savoir professionnel sur les choses du langage), tout ce que je peux savoir, n’est pas du tout ce qui me fait écrire. Je recherche ce que je ne sais pas – mon propre inconnu. » H.M. (source)
 

lundi 21 mars 2016

Rien en soi

"Aller en soi-même et ne rencontrer pendant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir."
Rainer Maria Rilke




 (bref : un conte de soi)


Son jardin intérieur n'est rien d'autre qu'un jardin de minuit
un jardin aux orties
un tombeau intérieur
un chez soi où tout fane
où Tout ne cesse de mourir
(inconvénient du naître et du vivre)
(ce qui n'est pas une nouveauté)




 
A trop vouloir flirter avec la lumière du soleil,
dans un monde en infinitude,
elle a pris des bleus de soleil
tout en refoulant l'ombre intérieure
l'ombre omniprésente
légèrement, à peine, tout juste oppressante,
et qui écrivait d'une voix sourde
comme une punition d'écolier,
cent fois à la suite, sur le tableau noir d'un ciel inétoilé :

La vie n'est qu'une étrange journée.
La vie n'est qu'une étrange journée.
La vie n'est qu'une étrange journée.
La vie ...



vendredi 18 mars 2016

L'autre soir

après mon cours de taï chi, je décidai de rentrer à pied. Une envie soudaine de marcher dans la nuit et de profiter d'un silence seulement interrompu par quelques vents légers, quelques aboiements de chiens-gardiens de maisons. La civilisation semblait alors bien lointaine. Il n'était pas tard pourtant mais en cette saison, la population s'enferme vite au chaud. Seuls quelques rares lampadaires veillaient sur les chemins, j'avais ainsi tout le loisir d'admirer en solitude la belle obscurité et de plonger dans quelque mémoire nocturne.
Je repensais à mes jeunes années d'étudiante, quand je déambulais bien plus souvent qu'à présent dans les nuits d'une grande ville animée. C'était un plaisir de citadine. Je me souvenais de ces soirées passées en compagnie d'une camarade de comptoir, lorsque nous refaisions le monde avec d'autres piliers, notamment dans un bar qui avait pour nom Le Hasard. Ce n'était pas un hasard si nous passions ou finissions nos journées là-bas, plutôt que d'être de ces étudiants sérieux et disciplinés qui travaillaient pour garantir leur avenir professionnel... Si nous riions souvent, ivres de vins ou de folle insouciance, nous ne pensions pas alors aux galères que nous traverserions quelques années plus tard. Mais c'est ainsi, ne regrettons-pas ! nous disons-nous parfois. Au moins avons-nous ri !
Au moins pouvons-nous rire encore de nos déboires et de nos inadaptations sociales.
Au moins pouvons-nous nous vanter (modestement) d'une relative intelligence du cœur... Enfin, aimerions-nous le croire.




 Hier, j'écoutais Daniel Sibony. En voilà une tête.
C'est une façon de me remettre dans un travail de mémoire dont je n'arrive pas à en voir l'aboutissement. Une façon aussi de vous annoncer, passagers et passagères, mon retrait de la société mondaine du virtuel, pour un temps indéfini.



Sur la fatigue...
Mouais...


Et pour rire encore, sacré Sibony !


 Il s'agit de ne pas perdre sa vie en cherchant à la gagner...

jeudi 10 mars 2016

Penser sous un arbre


C'est très facile, il suffit de marcher et d'avoir l'air pensif.

dimanche 6 mars 2016

La nostalgie des flamands roses



Tu sais, parfois, j'ai la nostalgie des flamands roses. Cela ne signifie pas grand chose, une image seulement, un peu morose, une ligne d'oiseaux migrateurs comme des notes de mélancolie à l'horizon, sur un terrain vague, sans vague, plat, salé, liquide et orangé comme le ciel que j'ai coloré éperdument de quelques rêves silencieux. C'est tout simplement la nostalgie d'un lieu perdu, tu vois, quelque part autrefois, que je ne recherche plus, un ailleurs reposé, tranquille, impensé, sans vent, vers le sud, aux Saintes Maries de la mer, quand tu étais jeune et plein de vie, encore, et que tu ne le savais pas, car tu étais si loin de t'en douter. 
J'ai vu ces flamands roses en noires et blanches, ils étaient tristes comme un regard, ils étaient vagues comme la mer, je n'avais pas encore imaginé comme le ciel pouvait rosir d'émotions, un matin d'hiver flou, surtout quand il s'immisce dans les fluctuations d'un cœur trop léger et trop grave à la fois, un cœur qui ne cesse de palpiter des folles montagnes russes. Il n'était pas possible de le deviner alors, encore moins de le pressentir, même lorsque l'on sait d'expérience que la flamme des amants passent du rouge au rose un jour ou l'autre, parce qu'il fait vieux tôt ou tard et parce que toujours, on préfère garder ce voile de douceur devant les yeux, des yeux qui crèveraient trop douloureusement face aux vérités crues, criantes et criardes.
Tu sais, souvent, me revient ce moment inexistentiel et pourtant baigné d'une nostalgie de flamands roses, en ta présence passée, sans cesse évanescente, pâlotte comme la mer orangée et comme le ciel d'un temps où les nuages viennent à manquer, semblant vouloir encourager peut-être, encore et encore, quelques amants à prendre leur envol vers l'extase d'un soleil seulement esquissé, et à se brûler les ailes.  La nostalgie des flamands roses demeure, vois-tu, si éloignée, si absente et si intemporelle à présent, mais elle me serre le cœur, elle m'enlace et me prend à la gorge comme si c'était la première fois, la toute première fois et la toute dernière fois que je la vivais.

samedi 5 mars 2016

La correspondance des arbres

Quand vient l'hiver blanc
les arbres sont nus
bien évidemment
ils sont dévêtus


Que faut-il comprendre ?
Qu'ils sont masochistes ?
Que faut-il apprendre
de ces fantaisistes ?


L'hiver et le vent
sur eux se déchaînent
ils sont frissonnants
mais rien ne les freine


Ils éprouvent tout
le chaud et le froid
l'amer et le doux
la peine et la joie


Les sens en éveil
et plein de silence 
ouvrent les oreilles
entendent l'absence


écrivant aux cieux
les chuchotements
les plaisirs radieux
des longs tremblements