vendredi 8 décembre 2017

Exil de minuit

le jour est à bout la nuit tombe en trombe
exit la clarté place à la pénombre
quand le bleu se noie au soir alentour
exil de minuit au pas de velours
s'éveille songeur le pays des ombres

la lueur a fui ailleurs sans encombre
le ciel assombri tremble pour des plombes
il est loin le temps qui rêve du jour
le jour est à bout

la nuit comparaît délit d' hécatombe
ennui insomnie un pied dans la tombe
le jour agonise et le troubadour
obombre son chant roule son tambour
il faut que tout sombre il faut que tout sombre
le jour est à bout


(Du temps où je m'essayais au rondeau, peut-être en 2012) 




mercredi 6 décembre 2017

Pour passer le temps

Crépuscule aux doigts de rose


ça te dit un malentendu avec moi ?
si tu veux, on discute chacun de son côté
on dialogue de sourd
on se regarde du coin de la parole
on se bouche un œil
on fait quiproquo
on se confuse
seul, ensemble
pour ne rien se dire qu'un écho brisé
de chacun trace sa route
ou qu'un reflet de voix dissonantes
de chemins de traverse
ça te dit ?
entends-tu quelque chose dans les paraphrases ?
ça n'a pas de sens, tu vois,
on tergiverse
on s'imbroglio
on se parle dans le vent
et on se comprend de traviole
on fait mine d'être vrai à se méprendre
tout ça
pour dormir debout
pour se la raconter
ou pour tomber sur la tête
ou pour être à l'ouest
toi à l'est
alors,
t'en penses quoi de la conversation au néant ?
que je l'interprète
ou que je l'herméneutique,
et de guingois, de préférence.

(30/10/14)

dimanche 3 décembre 2017

samedi 2 décembre 2017

On dirait que

tu y es, là bas, à l'ombre de ces grands arbres, sous la forme d'un souvenir d'été indien.


Si tu n'avais pas été si pressé de t'en aller, on aurait peut-être pu partager, encore, quelques grimaces, quelques caricatures, quelques rires agonisants, seuls, ensemble.
Maintenant, je me contente de penser à toi, avec ce lieu que tu gratifiais de ta fragile présence, de ta présence vacillante.

Y'avait tes mômes l'autre soir, frérot, ils étaient ici avec ma Lô. Ils faisaient les fous tous les trois, ils pétillaient des yeux, des joues, ils riaient aux éclats. Je leur ai lu trois petites histoires, une pour chacun, des contes à dormir debout, des contes pour inviter quelques rêves doux, ou fous, ou les deux.
Puis je les embrassais avant d'éteindre la lumière, je leur ai souhaité bonne nuit.
Ils étaient silencieux comme des images, ça a duré trois minutes à tout casser. Alors j'ai crié : ça suffit maintenant, CHUT !

vendredi 1 décembre 2017

Complainte de l'hiver

La neige tombe sur les toits
Sur la terre et le long des routes
Voici la tristesse des froids
Les cœurs sont envahis de doutes

Sur la terre et le long des routes
Un manteau blanc immaculé
Les cœurs sont envahis de doutes
Y-a-t-il une vérité ?

Un manteau blanc immaculé
Ce sont des flocons éphémères
Y-a-t-il une vérité ?
Joie et bonheur sont des mystères

Ce sont des flocons éphémères
Ils vivent l'ombre d'un instant
Joie et bonheur sont des mystères
Ils ne sont là que par moment

Ils vivent l'ombre d'un instant
Les hivers passent puis s'effacent
Ils ne sont là que par moment
Quand l'angoisse et le cœur s'enlacent

Les hivers passent puis s'effacent
Avec mélancolie parfois
Quand l'angoisse et le cœur s'enlacent
La neige tombe sur les toits


(dans une vie antérieure, je m'essayais au pantoum)
(2010) 

lundi 27 novembre 2017

Conte pour grands enfants


Nocturne (d'après Paul Klee) - Gilbert Garcin, 2004


Et la nuit est tombée sur le bout de son nez
Il a éternué, la poussière a volé
Le prince des atchoum ! ce soir, a mis les voiles
Son monde astéroïde au milieu des étoiles
Avait au bout des yeux un rêve en Voie lactée.

Sa bouille dans la lune, il a sitôt filé
Comme un vieux météore au ciel amouraché
Le prince des ...atchoum, ce soir, noircit la toile
Et la nuit est tombée.

Quand il s'est éclipsé, à l'aube, déserté
Sur ma terre en désastre aux lueurs étiolées
Sa comète a semé des poussières d'étoiles
Et j'ai éternué, et puis j'ai mis les voiles
Princesse des atchoum... en cendres dispersées,
Et la nuit est tombée.


(vieux truc retravaillé un peu)

vendredi 24 novembre 2017

Derrida etc

C'était sympa les émissions sur FC consacrées à la pensée de Derrida il y a quelques deux ou trois semaines. C'était pas mal. C'étaient des émissions didactiques, adressées à celles et à ceux qui ne pigent rien à Derrida, sans exclure celles et ceux qui comprennent tout. Pour ma part, ne pas comprendre ne me fait pas peur, ça ne me dérange en aucune manière. On a toute la vie pour essayer de comprendre quelque chose à quoi que ce soit. Pas besoin d'être pressé (par le savoir). Pas de quoi stresser sa cervelle (et son corps).
Il est vrai que JD est difficile à lire. J'use peut-être d'ailleurs d'un euphémisme. Son ouvrage, La dissémination, me glisse des yeux. J'avais envie de lire l'essai sur le pharmakon de Platon, mais je décroche au bout de quelques pages. Il y a un léger effet de brume (mais c'est peut-être parce que je manque de sommeil).
En tout cas, ce qui m'intéresse chez le philosophe, c'est la réflexion qu'il a menée sur l'écriture et le langage, ou les langues. Il a dit, entre autres : l'écriture me sauve... (moi aussi, j'aimerais bien que l'écriture me sauve, mais à en croire Hélène Cixous, une grande pote à JD, on ne peut pas être sauvé).
De Derrida, je retiens surtout son monolinguisme de l'autre (peut-être un de ces écrits les plus accessibles), avec ses idées phare répétées tout le long de l'essai : Une langue, ça n'appartient pas, ou Je n'ai qu'une langue et ce n'est pas la mienne. Il réfléchit à partir de là, et à partir de son expérience personnelle aussi, de son rapport intime aux langues côtoyées. La langue, les langues : une altérité intime, étrange et familière. Je pourrais essayer d'en dire plus sur le bouquin mais j'ai la flemme (et il faudrait d'abord que je le relise). Mais, pour les hommes curieuses et les femmes curieux, passagers clandestines et passagères clandestins, il est possible de perdre son temps en lisant un stimulant compte-rendu chez Coli Masson (ici).


Je n'ai qu'unes paroles et ce n'est pas la miennes
Je n'ai qu'unes voix et ce n'est pas la miennes.


jeudi 23 novembre 2017

L'aliénation

Je frémis lorsque je vois des gens qui se prennent pour ce qu'ils sont.

J. Oury

Je ne suis pas un chat.

Arrêt sur une image


hiver 2011, quelque part en Provence
 
Il parait que c'est le chemin ou le cheminement qui compte, non la fin, le but, l'objectif.
Quoi qu'il arrive, il faudrait apprécier le chemin parcouru, tant bien que mal, clopin-clopant.
Il parait aussi que le chemin se construit sous nos pas.
Mais finalement, ne vaudrait-il pas mieux perdre le chemin, s'arrêter de cheminer ?
Laisser les pensées hésiter puis s'égarer dans l'immobile. 
Figer le regard au milieu du chemin, ne plus se mouvoir.
(Je veux faire une pétition pour abolir tous les chemins)
S'émouvoir, point.
Ce matin, j'ai fait une pause, là.
 

mardi 21 novembre 2017

L'été derrière soi


Quand arrive l'hiver, c'est bête, on a la nostalgie de l'été. De l'été sous un ciel menaçant.


Nul ne s'oppose à ton salut, nul ne s'oppose à ta mort. A tout moment, tu pourrais te sauver. Mais tout se passe comme s'il avait décidé : "Tu n'écriras pas." Et c'est ce décret qui t'est donné à écrire depuis ce matin et à exécuter. Ton supplice : quand l'écriture que tu aimes comme toi-même se révolte, et te crache le sens, que tu lui as donné, au visage.


Ne te plains pas, c'est ta faute. Si ce que tu redoutais s'accomplit ce n'est pas par hasard : ta mort avait une page d'avance.

Angst, H. Cixous, Des femmes, p. 31.

dimanche 19 novembre 2017

Sous un ciel menaçant, une fin d'automne




Nous vivions de paysages
Paysages impensés
Pensées floues et pensées brumes
Brumes sur les cimes terres grises
Grises comme nos pensées
Nos pensées de paysages
Paysages à mourir
Mourir de vents et de silence
(déc 2014)






Un jour
j'irai bien là bas
vivre ici
ailleurs à côté
revenir en arrière
au fil du présent
marcher sur les pas de l'enfant
que je ne suis plus
j'irai bien nulle part
tant que ce sera loin


(2011)

samedi 18 novembre 2017

En bord de mer

 aux Sables, 2016.

Je te regarde défier l'océan, toi la minuscule, la crevette, l'ombre grise de mon âme, celle qui fait battre mon coeur, ma Lô, ma terrible, tu me poses trop de questions et je n'ai pas les réponses adéquates. Je te regarde quand tu me tournes le dos, c'est toujours mieux ainsi, de face tu me dirais : quoi ?! Pourquoi tu me regardes ?



vendredi 17 novembre 2017

Demander la lune

Lune des Sables, avril 2016.


Quand on n'a pas une thune
on peut toujours kidnapper la lune

on attend qu'elle soit bien ronde
on peut se griller quelques blondes

on reste là au bord de minuit
où la lune affleure sans bruit

et quand elle se couche dans le lac
on la pêche et on la met dans son sac

on prend vite les jambes à son cou
si on ne veut pas finir au fond du trou

puis on la vend aux enchères
à un quelconque milliardaire


(un vieux truc écrit en 2011 ou 2012)

mercredi 15 novembre 2017

être au plus loin

"Être au plus proche, ce n'est pas toucher : la plus grande proximité est d'assumer le lointain de l'autre." Jean Oury.

Une petite angoisse m'étreignait le coeur. Un mini alprazolam avant de prendre la route, ça a fait son effet et c'est donc un peu plus sereine que je me dirigeais au rv avec la directrice adjointe du CADA. 
Je suis en avance, je m'arrête dans le premier café venu, il fait un froid de canard, c'est un genre de salon de thé/café/smoothie, avec petites pâtisseries à l'allure industrielle, celles que l'on retrouve partout : muffins, brownies, fondants, etc. Dans la salle, une majorité de minettes, quelques femmes d'âge mûr occupées avec leur téléphone-tablette. J'ai 30 min à tuer, je commande un cappuccino, je m'installe dans un fauteuil gris, puis j'ouvre Angst. Deuxième ouvrage d'H. Cixous que je lis. L'écriture est dense. Le rythme est rapide. H. C. n'est pas toujours facile à suivre, ou plutôt, disons qu'il ne faut pas trop être attaché aux phrases et aux récits de style classique, de grammaire traditionnelle (sujet, verbe, complément, avec reprises pronominales cohérentes) pour se plonger dans l’œuvre de l'auteure. Elle bouscule les préjugés linguistiques. Angst, angoisse pour l'anglais, peur pour l'allemand.
Au tournant je tombai dessus. Impossible de l'arrêter. Elle me dit tous les noms du Pire. "De la part des disparus" me dit-elle. "Jamais? jamais ?", je suppliais. Je savais ce qu'elle me dirait. "Pas une minute ?" Tu ne peux pas être sauvée.**
La demi-heure passe trop vite. Le rv m'appelle.
Ouf, la directrice adjointe est très intéressée par le projet. Elle me demande si un jeune stagiaire en observation du monde du travail peut assister à notre entrevue. Évidemment, bien sûr, pas de problème. Nous échangeons durant une heure. Il est convenu que je lui envoie un projet écrit, ensuite on fixera une rencontre avec l'équipe, puis on réfléchira à comment amener la proposition aux migrants. Il y aura certainement un temps d'inclusion, me dit-elle.
Les migrants proviennent principalement d'Irak, de Syrie, d’Égypte, d'Albanie, de Guinée. Ils sont 190 dans ce CADA. Dans les couloirs du bâtiment errait un jeune homme en perdition. La traversée en bateau pneumatique, la perte de la famille, la désorientation totale l'avait déboussolé. Il revenait d'un séjour en HP, assommé de tranquillisants. Il n'y a pas véritablement d'accompagnement psy, me dit la directrice adjointe. Les gens débarquent avec leurs peurs, leurs traumas, leurs douleurs, et ils doivent persévérer avec. Dans les cas extrêmes, comme pour ce jeune homme, on les endort un peu.


** Hélène Cixous, Angst, Des femmes, 1998, p. 12-13.



lundi 13 novembre 2017

samedi 11 novembre 2017

Au bout du même chemin


Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Enfance.
C'est la joie allée
Avec le soleil.

mercredi 8 novembre 2017

Une orientation

Et je lis ceci, cela, ça arrive comme ça, au hasard des jours et des airs et des humeurs qui stagnent, je le termine enfin :
Il m'a planté dans l'âme les graines de l'immortalité. Désormais nous vivons contre la mort. L'amant vivant vit contre la vie. 
Je dis : je sais comment est le monde. Il est naturel.
- C'est-à-dire ?
Il y a une orientation. Une orientation irréversible. Une pente. La seule arme de l'homme, c'est la force de l'imagination. Qui ne veut pas s'en servir pour harceler le présent, celui-là est mort. 
Il dit : 
- Je l'aime à l'infini mais.
- Tu m'aimes mais ? Mais ? MAIS ? C'est jusqu'où MAIS ? jusqu'au premier étage ou jusqu'au second .
- Je ferais tout ce que tu veux. 
- Soit.
- Tu veux quelque chose ?
- Oui.
- Quoi ?
- Je ne sais pas.

(H. Cixous, Dedans, p. 200-201)

vendredi 3 novembre 2017

S'aventurer au coeur de ses ténèbres

I seemed to hear the whispered cry, "The horror ! The horror !"

Qui a lu Le coeur des ténèbres de Joseph Conrad ne peut plus douter que ce grand continent noir, que cette sauvagerie, cette barbarie, ces ténèbres sont au cœur de l'humain. La dichotomie humain/inhumain, ou civilisé/barbare, ne fonctionne plus. 
La noirceur, la monstruosité, la déchéance, la folie, est bien au cœur de chaque être dit humain... 



Marc Porée parle bien, entre autres, et comme un "charme vénéneux", de la voix de Kurtz hantant celle de Marlow : "c'est toujours l'emprise de la voix, nous sommes sous l'emprise d'une voix. [...] Qu'est-ce que être sous l'emprise d'une voix ?"

La question plonge dans l'obscurité. Elle force à reconnaître le côté sombre en soi. Qui n'a pas sa part de ténèbres ?

Podcast/écoute de l'émission ici

mercredi 1 novembre 2017

La comédie de la normalité

Il y a des équations sociales que l'on peine à résoudre...
Josef Schovannec




A l'heure où l'on ne jure que par "compétences", depuis la maternelle, en passant par la fac et jusqu'à l'entreprise, J. Schovannec, personne avec autisme - comme il se définit - manquant de "compétences sociales" (parce qu'il en faut aujourd'hui pour jouer son rôle sur la grande scène de la comédie sociale), parle avec pertinence, humour et ironie, de l'autisme en regard de ce que l'on croit être la normalité. Étrange donc de constater, par ex, comme les personnes qui ne vivent pas dans une "bulle" sont souvent sujettes au dialogue de sourd.

Comme un air de novembre

Je n'ai pas la notion du temps
ça remonte à tellement plus loin
c'était il y a trop longtemps
un soir plutôt qu'un matin
j'ai perdu la notion du temps
ça remonte à tellement plus trouble
c'était il y a si longtemps
un jour plutôt qu'une nuit







Pas loin des Côtes de nuit, les moulins à brouillard
instants bercés de brumes et rêve en bord de route
une fuite vers l'absence, celle des collines
des mots à la dérive, la peur à pas de loup

aux gris mouvements vents caressés du regard
le temps des longs silences, oublier coûte que coûte
sentiments dans le vide et pluies qui s'enracinent
l'histoire dissimulée sous des airs un peu flous


(écrit en 2011)









Yoanna, album Princesse (2015)


dimanche 29 octobre 2017

Les couleurs de l'automne

Jean s'est envolé vers ailleurs. Alors que je le conduisais à l'aéroport, il me disait combien le trajet que nous faisions ensemble lui rappelait JF. Son fils le déposait aussi, à l'occasion, ces dernières années. J'écoutais Jean me raconter combien il aimait JF, combien son fils chéri lui manquait, et comme il n'était pas tranquille lorsque JF somnolait au volant. 
Une chance que ce ne fut pas Jean qui découvrit le corps de son fils, bleu, sans vie, l'écume aux lèvres.
Pendant que Jean évoquait ses regrets, je laissais mon regard errer entre les couleurs de l'automne. Mes pensées tentaient une évasion. Cela faisait bien longtemps que je n'avais traversé ces lieux à l'automne. Dans le tumulte des ans, je n'avais pas vu les automnes passer, par ici. Je n'avais pas vu comme les montagnes étaient belles quand elles revêtaient leurs couleurs chaudes. J'avais dû oublier, peut-être. Ou alors, j'ai été aveugle. 
Pendant que Jean me disait qu'il ne passait pas une journée sans penser à son fils, je remarquais que la grisaille magnifiait les couleurs de l'automne. Alors que le froid et le vide s'insinuaient dans mon esprit, je dus me rendre à l'évidence : il faisait un temps idéal pour broyer du noir.

vendredi 27 octobre 2017

Là où ça ne coule plus de source

tu n'as pas idée
comme c'était vivant
l'été dernier
mais vois-tu
on ne se baigne jamais deux fois
dans le même lac
ou plutôt
je dirais bien
on ne se noie jamais deux fois
dans le même lac

là où tu vidais ton sac

tu n'as donc pas idée
comme c'était vivant
l'été dernier
après que tu te sois noyé
dans un verre
dans un dernier verre
qui n'avait rien de semblable
au vert d'eau
au verdoyant
qui illuminait
les visages des enfants


A Freak Serenade

Il y a un moment où


 ça ne coule plus de source.

« Ainsi, entre deux-langues, votre élément est-il le silence. A force de se dire de diverses manières tout aussi banales, tout aussi approximatives, ça ne se dit plus. [...] Coincé dans ce mutisme polyforme, [...] qui vous écoute ? On vous tolère tout au plus. D'ailleurs, voulez-vous réellement parler ? »
(J Kristeva)

jeudi 26 octobre 2017

Vers les monts et les lacs

Lorsque j'entendis la voix des Crandberries, mes pensées m'envoyèrent aussitôt vers deux décennies en arrière. Rien de tel qu'une chanson pour nous faire voyager dans le temps. L'Ode to my family me plongea alors dans une rêverie nostalgique. L'humeur massacrante de ces derniers jours muait en un état semi-dépressif. Je me souviens de ma première année de vie estudiantine. Quelle misère.
Sur la route en direction des monts et des lacs, je songeais à toutes ces années passées. Je traversai Chambéry de nuit. Là bas, je trainais avec une minette à l'allure gothique. Nous planions sur les mêmes longueurs d'onde, vêtues de noir et de fantaisie. Nous quêtions quelques francs aux passants pour nous payer une baguette de pain et des bières à l'happy hour. Nous faisions du stop aux péages. Nous finissions nos soirées dans des lieux brumeux, dans des squats fumeux, au hasard des rencontres.
Je ne suis restée qu'une année dans cette jolie ville, à mener une vie de bohème, de douce folie, à faire la fac buissonnière. Parfois j'aimerais bien retrouver cette lointaine atmosphère, cette époque où l'insouciance, le rêve de liberté, les amitiés sans lendemain, l'ivresse des boissons et des plantes euphorisantes permettaient de refouler angoisse, tristesse, et idées sombres. Je ne savais pas encore que j'allais m'éterniser dans le deuil et la mélancolie.
Ce devait être le deuil de l'enfance, déjà, ou celui d'une mère défaillante, surtout, qui m'empêchait de porter des couleurs. On me dit encore parfois, aujourd'hui, tu es souvent habillée de noir, c'est triste le noir
Sans doute, oui, je le sais, c'est désespérant.

mardi 24 octobre 2017

Besame mucho


Un jour d'octobre 2014, j'accompagnais Jean qui rendait visite à Suzanne. On venait de lui faire une biopsie. Sur la route en direction de l'hôpital, Jean écoutait sa playlist de chansons compilées sur une clé usb. Parmi ses chansons, je me souviens de Hey Joe de Jimi Hendrix et quelques titres des Beatles. Alors que la guerre éclatait entre le Vietnam du Nord et du Sud, et tandis que le Nord se fermait aux influences occidentales, la jeunesse saïgonnaise découvrait les pattes d'eph, les chemises à fleurs, entre autres musiques de baba cool, entre autres rock de mouvance contestataire. C'est parce que Jean aimait particulièrement Suzanne de Leonard Cohen qu'il avait proposé à sa femme d'opter pour ce prénom lorsqu'ils avaient tous deux demandé la naturalisation française en 1977, alors qu'ils fuyaient la misère du Vietnam et la tyrannie du régime communiste nouvellement au pouvoir. Mais, des chansons qu'il affectionne particulièrement, et qui figurait à plusieurs reprises sur sa playlist, il y avait Besame mucho, dans plusieurs versions : celle de Dalida, celle d'Elvis, etc. Il me semble par ailleurs que c'est une des chansons les plus interprétées au monde. C'est aussi un titre qui a bercé mon enfance. Jean la chantait et la jouait régulièrement à la guitare.


samedi 21 octobre 2017

Dead line

Au bout de la rue, après le pont, par la route submersible

L'intérimaire, le naufragé, le clandestin, le noyé, le lecteur in fabula, le scribouillard, l'exilé, le loup solitaire et l'ermite en habits de touriste (why not ?) : tous les passeurs-passant porte-paroles du monde savent que les mots nous mènent en bateau ivre.

(pour le jardin persan de Alf )
(mener quelqu'un en bateau : (translation in english) lead someone up the garden path)

A part cela, Hervé Prudon  a atteint la Dead line y'a pas longtemps :



" La divagation des chiens est interdite dans le jardin."

On peut lire un bel hommage, à cet auteur morbide, désenchanté et fabuleux, chez Antifixion.

mercredi 18 octobre 2017

Jouer au vertige


on éprouve constamment
des fluctuations de l'âme
c'est sans doute la raison pour laquelle
on parle de vague à l'âme
on devrait d'ailleurs dire
des vagues à l'âme
va-et-vient de l'humeur
mouvement bipolaire des nuages
du pôle nord au pôle sud
le soleil se lève à l'est
puis il se couche à l'ouest
et la lune prend la relève
à marée haute
amarrée basse
comme les variations du cœur
c'est un haut-le-cœur
parfois plus bas que terre
et la chute semble toujours imminente
surtout
quand on a la tête à l'envers


mardi 17 octobre 2017

Va

cours
file
marche loin de moi
éloigne toi
prends tes distances
ne te retourne pas
trop souvent
oublie ce que tu peux
coupe le cordon
délie
dénoue
tisse ta voie
trace ta route
ne regarde pas en arrière
ou juste ce qu'il te faut
laisse moi
dans le passé
je t'autorise
à me quitter
pour toujours
pour la vie


lundi 16 octobre 2017

La vie n'est qu'une étrange journée

De retour d'une journée harassante de formation, je repensais au cours que j'animais dans le matin et notamment à la réflexion d'une jeune stagiaire. C'était une réflexion plutôt inattendue et qui semblait découler d'une soudaine prise de conscience. Alors que nous avions passé un peu plus d'une heure à tenter de penser ce que l'instauration d'un éventuel salaire de base ou un revenu d'existence pour tous, - idées qui commencent à pointer aujourd'hui dans nos sociétés lasses d'un système de travail orienté par une idéologie du capital, etc et bla bla et bla bla (en fait ça m'ennuie de plus en plus ce sujet là ) - bref ! je suis encore en train de me disperser dans les idées, et de plus je n'ai aucune envie de faire un effort de cohérence discursive ; je disais donc après presque 3 heures d'enseignement de ce domaine vaste et mystérieux qu'on appelle la culture générale ; après avoir évoqué les grands changements qui affectent nos sociétés (genre l'urbanisation, la démographie croissante, le vieillissement de la population, la mondialisation économique, la circulation de l'information, etc.) et les conséquences en termes de problématiques environnementales, sanitaires et sociales ; cette jeune stagiaire à l’œil quelque peu plus affûté que la moyenne déclare d'un coup, comme touchée par la lumière crue de la raisonnance :
Mais, on va tous mourir en fait.
Je n'ai rien trouvé d'autres à dire sauf confirmer son idée : exactement.
Et voilà ! La vérité sort parfois de la bouche des jeunes enfants qui prennent subitement un coup de vieux. 3 heures à parler des problèmes de sociétés pour en arriver à cette évidence : cela m'a tout de même fait un drôle d'effet. 
La vie n'est qu'une étrange journée qui se clôt par une longue et tout aussi étrange nuit.


samedi 14 octobre 2017

Ici comme ailleurs


j'ai empreinté encore ce chemin automnal
de mes longues pensées, fuyantes
embrumées
j'ai tenté mille fois, de nouveau, comme toujours
d'accorder mon allure à la tonalité
de tes mots, de l'absence 

ils ne sont pas perdus, loin de là, au contraine
ils sont comme le vent, obsédant et tenaces
ils sont comme ces feuilles à l'automne vieillissant
ils se laissent porter, et soufflés, essoufflés
avant de reposer, assourdis, sur mon sol

tu ne le savais pas
je l'ignorais aussi

les paroles s'ébruitent ciel à ciel, terre à terre

 



vendredi 13 octobre 2017

Vigne rouge sans patrie




".../... La lucidité est un exil construit, une porte de secours, le vestiaire de l'intelligence.
C'en est aussi une maladie qui nous mène à la solitude."
Léo Ferré




citation trouvée ici : Dessine moi un mouton
 


jeudi 12 octobre 2017

Retour à Lugrin

    août 2017

Depuis qu'elle n'existe plus que dans ses pensées, il compte le temps qui passe. Un an et demi déjà, me dit-il, et comme le temps passe vite. Depuis qu'elle n'est plus là, il est nostalgique, plus que jamais. Nostalgique d'un temps irréversible. C'est ça la nostalgie, plus que le mal du pays que l'on a quitté, c'est le mal de la femme qui n'est plus. Ou plutôt, c'est le mal de l'amour perdu, quelque fût son lieu de résidence, et aussi imparfait fût-il. Elle était son chez-soi, elle remplissait son espace, elle comblait son vide.
Hier, nous sommes remontés dans le temps, nous sommes allés à Lugrin, en 1977. C'est une petite ville au bord du lac Léman, juste après Evian. Là, ils avaient habité un moment, accueillis dans un hôtel pour migrants, avec vue sur le lac. Le beau lac Léman... Il partait pour la semaine travailler dans quelque usine, logeant chez un jeune couple d'immigrés comme elle et lui. Elle l'attendait chaque semaine, se languissait de lui sans doute, à l'hôtel, et l'enfant pendue à ses basques.
Peut-être, quand il s'absentait, laissait-elle aller ses pensées inquiètes sur les douces vagues de l'immense lac. Peut-être, laissait-elle son regard voguer d'horizon en horizon. Là, entre les collines tristes de l'hiver, ailleurs, sur une barque misérable de l'enfance ; là, dans le froid solitaire de l'hiver, ailleurs, va-nu-pied sous des cieux brouillés ; là, où tout est définitivement étranger, ailleurs, où tout est définitivement éloigné.
Je crois comprendre à présent pourquoi j'aime tant ce lac. Premier lac de l'enfance, premier lac de la mélancolie. Il fait toujours triste au bord d'un lac. Il fait toujours un temps de tristesse, même quand le ciel est bleu, car du lac s'élèvent toutes les pensées perdues, toutes les pensées passées, toutes les pensées que les profondeurs ne sauraient retenir. Ce sont les pensées des passants, celles qui se noient, celles qui s'épanchent, celles qui se dissolvent, celles qui émigrent. Celles qui vont et viennent, et qui s'immiscent, et qui nous échappent, un peu comme ces nuages.
Je reviendrai à Lugrin, sur les traces d'un lieu et d'un temps perdus. Voilà peut-être un lieu où il ferait bon mourir. 

(écrit en Juillet 2015)


vendredi 6 octobre 2017

Improbable mais vrai

"On devrait toujours être légèrement improbable."



Il était fort peu probable que je reprenne une activité salariée, et pourtant, voilà que j'ai signé, un petit CDD, certes. Rien de nouveau sous l'ombre. Je retourne là où j'étais, auprès de ces jeunes si attachants, si insouciants, si naïfs parfois. Ils me rappellent ma jeunesse. Quel mauvais souvenir.  Certains ne savent ni lire, ni écrire. C'est à peine s'ils savent réfléchir. Oui, je sais, je brosse un portrait plutôt dévalorisant des post-bac que j'ai l'habitude de côtoyer. Bien sûr qu'ils savent lire et écrire, mais pas entre les lignes.
De la culture générale, un truc improbable et flou que je vais leur insuffler. Leur apporter quelques éléments de réflexion histoire de les endormir, de les bercer un peu. Ils me répondront souvent par des silences ou par des "je ne sais pas comment dire", ou encore par des "ça ne m'inspire pas". Ils ont raison, rien d'inspirant, rien à dire véritablement mais, qui sait, peut-être se réveilleront-ils brutalement, choqués par le dévoilement soudain d'une réalité cauchemardesque ? 
On commence avec le thème du "travail". Allez les jeunes, au travail ! Et pour la vieille aussi. 
L'improbable personne âgée qui s'exprime en ce moment n'est toujours pas remise du choc de Amour, l'autre soir sur Arte. C'est le genre de film beau et tragique, un peu comme Le tombeau des lucioles, ou Dancers in the dark, à ne voir qu'une seule fois dans sa vie, car c'est insupportable et on n'en sort pas indemne. La tragédie n'a aucun effet cathartique, elle réveille plutôt une angoisse et une déprime sourdes qui vampirisent comme une sangsue. 

lundi 2 octobre 2017

Songe d'une minute d'octobre

 
Désormais
depuis des lustres
il n'est plus possible de revenir en arrière
la machine est lancée
à rebours
elle s'épanche
elle fait tâche
infernale
humaine
aigre-douce
elle lance un rire grisailleux
elle se goinfre de souvenirs
elle est grosse immonde pleine à craquer
elle vomit un truc qui chante
résonne
écholalie
facétieuse
lalala
c'est la vie
puis c'est la mort
bla bla
flou flou
quelques notes de pluie
poétiquement incorrecte
aarrgh

dimanche 1 octobre 2017

Septembre est parti en fumée




Depuis l'arbre planté là
surgissant au milieu de nulle part
j'ai pris la correspondance pour le ciel gris
compartiment rêveur svp




aux évanouissants
aux esseulés
aux vieux loups solitaires
aux plus moins que rien
et aux ailleurs à jamais
j'ai une longue pensée
extrêmement brumeuse




Ah ! Comme je pourrais rester plantée là
des heures et des heures
à mourir d'ennui
à crever en beauté

 

jeudi 28 septembre 2017

Parfois je m'amuse avec le ciel



je le transforme en terrain de jeux
où je l'artificiel
car c'est mon aire de repos
aire de latitude 45ème parallèle
par là-haut



je prends un arbre en stationnement illicite
pour monter au ciel
un joujou d'air
un bijou d'atmosphère
pour se donner des airs et un semblant de vents











je peins des cieux à n'en plus définir
légers bas pâles austères
toujours plus vastes et précieux**
entre des bleus blancs gris
et des nuages langoureux

et des brumes et des spleen rose
et des blues et des automnes








le ciel est par dessus ma tête
sur ses épaules


** énoncé emprunté à Brigitte Fontaine, écouter ici


mardi 26 septembre 2017

Genèse du moi et cuisine d'automne

Je connais la solitude mieux que moi-même




 Elle est comme un pommier sur une terre brulée




Qui donne pourtant des fruits
même si
il n'y a pas de moi qui tienne
dans une pomme véreuse




C'est tout ou rien pour ma pomme
taillée en morceaux
tout et rien à la fois




Hier je suis tombée dans les pommes
j'ai réduit le moi en compote
en attendant que la nuit vienne




quand le sinueux du moi
redevenu vers de terre
ne croquera plus
la pomme empoisonnée




Une nuit ou l'autre
on connaîtra
l'état de purée

et on rira jaune

dimanche 24 septembre 2017

Le froid arrive


Comment le savoir ? En observant ces araignées. Voilà que je surprends encore deux grosses mygales. Brrrr. Heureusement, je ne suis pas arachnophobe. Il fût un temps où la vue de ces petites bêtes me paralysait de peur mais maintenant, je pourrais, tout comme Nam ou Suzanne, les laisser vivre tout simplement. Parfois je les emprisonne dans un bocal de verre, avant de les relâcher dans la nature. Je ne dis pas que leurs longues et fines pattes noires ne me donnent pas quelques frissons mais j'ai, à force de côtoyer ces impressionnantes bestioles, appris à accepter leur présence, et même, dans les champs, à apprécier la beauté de certaines. Je me demande d'ailleurs si je ne préfère pas les arachnides aux furtives scolopendres. Ces mille-pattes me paraissent monstrueuses en comparaison. 
Par contre, j'ai beaucoup de tendresse pour les grillons qui s'égarent quelquefois, à la fin de l'été, vers des intérieurs monotones...



La rengaine du grillon


Quand je me sens aigrie
sur ma peau je griffonne
un air au crayon gris
un brouillon qui fredonne :

grigri du crépuscule
caché sous l’oreiller
il hante mon foyer
le grillon qui stridule

Quand je suis rabougrie
sur ma peau je crayonne
un air de gribouillis
des notes qui frissonnent :

grigri du crépuscule
caché sous l'oreiller
il hante mon foyer
le grillon qui stridule


(écrit autour de 2010/11)


vendredi 22 septembre 2017

Saïgon

Saïgon n'est plus ce qu'elle était 
a-t-elle jamais été comme je l'imaginais ?
je l'ai souvent rêvée dans le visage de Nam
Nam n'est plus
et plus personne ne me retient

Là bas

froisser quelques feuilles de menthes vertes entre ses doigts
humer l'arôme qui s'y dépose
faire la même chose avec du basilic pourpre
goûter aussi
le durian a une odeur rebutante. Se pincer le nez pour y remédier.
croquer du gingembre confit, boire du lait de coco frais avec des glaçons.

une douche de moussons

citronnelle et ananas dans la soupe
crevettes et riz blanc

quelques bâtons d'encens que tu brûles
bois de santal
tes prières pour les défunts et les vivants que tu aimes

boire une bière ensemble pendant le repas
à même le sol, près des fourmis noires
la chaleur
je transpire
les pales du ventilateur au plafond tournent
tournent
tournent

allongée pour un voyage
vers ta nuit
si lointaine

Pourtant elle est proche ta nuit
visage amaigri et ridé
fils blancs dans ta chevelure
regard sans force
oubli de vie
oubli de soi, conscience en fuite
le début d'une fin parmi...
les rêves à terre
les deuils d'autrefois
les pertes et les naissances
les naissances et les pertes
les départs des enfants
l'avion qui décolle
une ligne dans le ciel au loin
et la solitude chez toi
et ta nuit qui approche
ta nuit après des nuits
ton obscur ou ta lumière
ta faim rassasiée
ta soif coupée
ma solitude


Nam est morte en 2013. Elle me manque toujours. J'avais dû écrire ce texte en 2011 ou 2012, je ne sais plus. 


 On peut voir Saïgon by night chez Colette : ici

On peut également se plonger dans la guerre d'Indochine en ce moment sur ARTE +7 :
Une semaine consacrée à la guerre du Vietnam sur France culture : ici
en musique aussi

Reprendre le mouvement

C'était chouette la reprise du tai chi hier soir. Après une pause d'une année, je pensais avoir oublié mais la mémoire du corps est étonnante. Les mouvements reviennent assez vite semble-t-il. La mémoire ne serait donc pas que dans la tête. Sans doute, est-ce toujours un corps entier qui mémorise. Tandis que les souvenirs se terrent dans les replis nocturnes du corps.
Il a été bien agréable de quitter la sphère cérébrale pour faire corps avec soi-même, avec le flux de soi.


Un 10 août déclinant


Le mendiant
il a ciel et terre
comme habits d'été

Kikaku