samedi 30 décembre 2017

Le Bal des Fantômes



Hellébore fétide

Fleur des sous-bois, toxique, elle fleurit quand vient l'hiver. On l'appelle aussi la "rose de serpent"


J'ai longtemps côtoyé l'hellébore fétide
C'est une mal aimée qui hante nos sous-bois
Je l'ai vu tant peinée, je l'ai été parfois
La rose de serpent est d'une humeur morbide

Feuillages étoilés, clochettes pour visage
La fleur cernée de rouge éclot quand vient l'hiver
Sorcière des forêts, parfumée à l'enfer
La toxique du froid a la mort pour rivage

J'ai longtemps côtoyé l'hellébore fétide
Et longtemps écouté ses complaintes sans voix
Je l'ai vu saborder ses amours mille fois
La rose de serpent a la sève putride

(écrit il y a 4, 5, 6 ans peut-être)

jeudi 28 décembre 2017

Hãy sống giùm tôi

Jean m'a encore dit combien il l'a aimée, combien il aime toujours Suzanne. Il l'a aimée même lorsqu'il était terriblement fâché contre elle, même lorsqu'elle était odieuse, même lorsqu'elle déversait ses paroles venimeuses. Il préférait alors lui donner raison, il préférait toujours faire le premier pas vers elle. Son bien être à elle passait avant le sien, car il savait, il savait ses blessures profondes.
Alors qu'elle se mourait sur un lit d'hôpital, elle essayait de sourire, voire de plaisanter. Jean m'a dit qu'elle avait gagné en sérénité, qu'elle avait fini par accepter l'idée de mourir, ce mourir qui l'avait toujours effrayée.
Mais, de toute façon, quand on est si proche de la fin, quand les douleurs sont intolérables, que pouvons-nous faire d'autre si ce n'est accepter, si ce n'est languir de mourir ?
Elle avait posé sa main fébrile sur sa cuisse et lui avait dit de ne pas pleurer, de ne pas s'inquiéter. Lui avait prié pour que ses souffrances ne durent pas. Il allait la voir chaque jour et demeurait auprès d'elle jusqu'à la dernière heure. Dans l'hiver de l'entre 2013-2014, Jean écoutait le silence de Suzanne, sa douleur tue, son corps agité et qui pourtant, se retenait de geindre en sa présence, juste pour ne pas le peiner. Elle lui demandait de rentrer à la maison, de ne pas prendre la route sous la neige, la route de nuit. Lui ne voulait pas la quitter, ne pouvait la laisser seule, il restait. Il aurait même préféré, s'il l'avait pu, souffrir et mourir à sa place.




(écrit le 20/04/15, texte un peu retouché aujourd'hui)

lundi 25 décembre 2017

Les lettres d'amour

C'est étrange, parfois, comme un seul mot suffit
Pour éveiller en elle l'amoureuse éphémère
Un mot doux, un mot tendre, et la magie opère
Désir et sentiments sur la peau qui frémit

La routine est cruelle : amertume et ennui
Sont le lot quotidien d'une vie trop austère
Elle éprouve la lettre et souvent elle préfère
A la réalité un mot qui la séduit

L'alphabet est le lit où dorment les fantasmes
Un rêve de passion linguistique en secret
Voyelles enlacées, consonnes qui s'embrasent

Désir épistolaire et amour à la ligne
Fidèle à ses pensées, infidèle au concret
Amante de l'idée, elle guettera son signe


(19/09/2010)


Enjoy                                 

samedi 23 décembre 2017

Dérêver

Un 3 décembre 2014

De là où je suis allongée, je me dérêve et je me crève.
Alors j'essaye de me remémorer. Meurent mes morts et mes souvenirs.
Ils sont trop là, trop présents, trop lourds sur les paupières. Ils pèsent, ils épuisent.
Faut-il fermer les yeux pour autant ? Des yeux qui crèvent d'être encore ouverts, qui dérêvent à force de rester ouverts.

Dedans, dehors, la lune blafarde la pénombre. Elle lance son invitation blême. Elle attire à sa froide lueur.

Décembre s'éloigne...
Dériver ou dérêver ?
Lequel des deux ?
Des rêves à la dérive
Des rives sans rêve
Dériver des rêves
Dérêver des rives
Rivées à des rêves

Il est peut-être temps d'entrer en hivernation.

Champs dépressifs en vue.


Un 25 décembre 2016

C'était la dernière fois, je ne l'oublierai plus.
La dernière fois que je t'ai vu, mort-vivant, tu étais déjà sur la pente vertigineusement descendante. La fête, noël, était faussement joyeuse. Tu n'étais déjà plus là. Tu faisais semblant d'être là, d'être celui que tu jouais depuis de longues années, celui que tu ne te connaissais pas vraiment. Celui que tu avais oublié, celui qui n'a sans doute jamais existé.
Jouer tue, tôt ou tard. Je le sais très bien. Et la comédie devenait de plus en plus tragique. Tu mourais de solitude, d'affreuse solitude. Et d'un chagrin d'enfer. On n'était pas vraiment là, à tes côtés, pour te soutenir, quoiqu'on disait. On se fuyait ensemble.
Et c'est trop tard maintenant. Et c'est tant pis.

vendredi 22 décembre 2017

En quelques titres, je suis...

J'aime les Bavardages et futilités de Mina.
Et pour cette fin d'année, j'ai décidé de l'accompagner dans son jeu d'autoportrait chinois littéraire. Je m'essaie à l'exercice de style. On peut retrouver le sien ici.

Je suis un Petit éloge de l'errance.
Je vis à la fois Dedans et dehors.
Si je le pouvais, j'essaierais de percer tous les mystères De l'âme.
Mais j'ai juste un peu mieux compris ce que la jouissance veut dire selon Jacques le Sophiste
Je n'ai pas de patrie mais j'aime faire escale sur l'Archipel des idées de Barbara Cassin.
Je me suis posée la question De l'esprit de l'humanité et j'ai découvert que l'être humain est une Espèce fabulatrice.
J'ai parcouru les Lettres parisiennes, ces Histoires d'exil
Peut-être donnerais-je quelques Nouvelles de l'exil.
En 2017, j'ai rencontré un être sombre et attachant : Le Loup des steppes.
En 2018, j'irais bien Là où le cœur attend.
Peut-être, qui sait ? Je me voyage, dans mes Mémoires (nocturnes).
J'éprouve un espace-temps où l'on peut Créer, "Y mettre sa peau".
 


mercredi 20 décembre 2017

Pink orange red

Il est des chansons, comme ça, qui ne nous quittent jamais plus.
A rajouter sur la playlist des chansons pour la fin.



 

    Please get up
   Fall, please get up
  Fall, please get up
  Don't ruin yourself










Tu bats
Tu palpites
Tu t'essouffles
Tu ralentis
Tu te serres
Tu crises
Tu t'arrêtes

Ce n'était pas fait pour toi, mon cœur.

(21/09/15)

Nos maladresses

Je suis la reine de l'inachèvement
et mon âme, une longue hésitation
             - dans l'ombre -
             - toujours à l'ombre - la lumière éblouit

mon âme est cette Forêt Noire, celle de mes souvenirs
  et elle m'enlace, me hante, me lasse

Je ne sais pas finir
la mémoire me paralyse
comme un parfum entêtant, trop présent
un parfum qui pue le cadavre


 Il manque à cette âme surhabillée
de deuils
une assurance-vie



Et si la nature console parfois
tout se noie dans le ruisseau
comme on se noie dans l'absinthe
    - ou la zubrowka -
    - ou le vin -
et la dérision




Elle échoue à dissiper la grande fatigue
Pire que ça
Certes mieux vaut en rire
          de nos maladresses
mais quand les rires s'estompent

quand la nuit tous les chagrins sont gris,

il ne demeure rien, comme une évidence,
à peine une interrogation,
comme une inconstance.

(écrit un 8 août 2015)

dimanche 17 décembre 2017

31 mai 2014

Un jour, environ deux mois après le décès de Suzanne, Jean a dit : "ce bonheur ne me parvient plus." Plus précisément, c'est ce qu'il écrit au bas d'une photo sur laquelle Suzanne et lui prenaient la pose bras dessus bras dessous.

La mort, aussi brutale et imprévisible soit-elle dans le réel, douce et prévisible dans l'absolu, mort miroir sans reflet de la vie, semble toujours annoncer : la vie continue ... Et la mort aussi.

Puis entre-deux, entre elles-deux, quelques espaces de bonheur.
Ce bonheur qui ne part et vient plus à Jean depuis que Suzanne est morte.

Suzanne ne savait pas dire "je t'aime". Elle ne savait pas dire des mots d'amour, des mots doux à l'oreille.
Pourtant, Suzanne savait cuisiner avec amour. La cuisine, c'était son domaine, son lieu à elle, son lieu de souvenirs, lieux où elle a grandi. Elle savait tout donner dans sa cuisine, elle savait parfaitement donner et nourrir les êtres aimés.

Ses petits-enfants affirmaient avec fierté : "les nems de mamie, ce sont les meilleurs."

Mais Jean, les enfants et petits-enfants ne mangeront plus jamais les nems de mamie Suzanne. Sa petite famille ne se réunira plus autour d'une fondue vietnamienne pour la nouvelle année. Suzanne ne roulera plus les nems avec amour pour son époux et ses enfants. Elle ne pilera plus l'ail et le piment oiseau dans un grand bol, avant d'ajouter le jus d'un citron, quelques cuillères à soupe de sucre, de nuoc mam et d'eau, qui font la sauce pour les nems. Elle ne fera plus frire les raviolis. Elle ne pétrira plus la pâte blanche à base de farine de riz, pour façonner des brioches farcies de viande hachée, de champignons noirs, d'oignons, et cuites à la vapeur, et qui régalaient mon enfance, tout comme les épis de maïs doux cuits à l'eau. Elle n'ajoutera plus de curcuma dans sa pâte à crêpes au lait de coco. Elle n'accompagnera plus jamais le riz blanc avec des légumes sautés dans un filet d'huile, des crevettes au curry, ou de la soupe aux gombos, ananas, tamarins, pousses de soja, coriandre, ciboule, tofus et tomates vertes. Elle ne farcira plus jamais les concombres amers. Elle ne cultivera plus ses petites courges calebasses délicieuses sautées ou en soupe, la pérille ou la menthe qui aromatisaient les rouleaux de printemps. Les cuisses de poulets ne marineront plus. Elle n'accueillera plus ses convives avec sa spécialité, le pho, et ne parfumera plus la maisonnée d'anis étoilé et de cannelle mijotant dans le bouillon. Elle ne se tiendra plus debout à ses fourneaux, dans sa cuisine, dans son espace d'amour.

C'était à l'hôpital, Suzanne ne pouvait plus rien avaler. Elle ne s'était jamais habituée à la cuisine française, et encore moins à celle de l'hôpital, si on peut appeler cela cuisine. Elle devait manger du mouliné, de la soupe, des purées, des yaourts, des compotes. La maladie a voulu qu'elle cesse de s'alimenter normalement. Suzanne ne pesait que 43 kg quand elle est entrée à l'hôpital. Je ne sais combien elle pesait à la fin. Suzanne rêvait alors de bons petits plats vietnamiens. Elle voulait rentrer chez elle. Elle voulait cuisiner à nouveau pour son mari. Elle voulait s'occuper de lui. Alors, un mois peut-être avant son départ, elle m'a dit : "Hàng, ma không co sống lâu nữa đâu, je ne vivrai pas longtemps, prends bien soin de papa."

Et j'ai dit oui à Suzanne, qui s'est éteinte le ventre vide.

mercredi 13 décembre 2017

When she woke up

J'ai décidé de prendre pour guide non la conscience de mon moi, mais celle de mon émoi.
R. Barthes
(La chambre claire)


                                                   
                               

vendredi 8 décembre 2017

Exil de minuit

le jour est à bout la nuit tombe en trombe
exit la clarté place à la pénombre
quand le bleu se noie au soir alentour
exil de minuit au pas de velours
s'éveille songeur le pays des ombres

la lueur a fui ailleurs sans encombre
le ciel assombri tremble pour des plombes
il est loin le temps qui rêve du jour
le jour est à bout

la nuit comparaît délit d' hécatombe
ennui insomnie un pied dans la tombe
le jour agonise et le troubadour
obombre son chant roule son tambour
il faut que tout sombre il faut que tout sombre
le jour est à bout


(Du temps où je m'essayais au rondeau, peut-être en 2012) 




mercredi 6 décembre 2017

Pour passer le temps

Crépuscule aux doigts de rose


ça te dit un malentendu avec moi ?
si tu veux, on discute chacun de son côté
on dialogue de sourd
on se regarde du coin de la parole
on se bouche un œil
on fait quiproquo
on se confuse
seul, ensemble
pour ne rien se dire qu'un écho brisé
de chacun trace sa route
ou qu'un reflet de voix dissonantes
de chemins de traverse
ça te dit ?
entends-tu quelque chose dans les paraphrases ?
ça n'a pas de sens, tu vois,
on tergiverse
on s'imbroglio
on se parle dans le vent
et on se comprend de traviole
on fait mine d'être vrai à se méprendre
tout ça
pour dormir debout
pour se la raconter
ou pour tomber sur la tête
ou pour être à l'ouest
toi à l'est
alors,
t'en penses quoi de la conversation au néant ?
que je l'interprète
ou que je l'herméneutique,
et de guingois, de préférence.

(30/10/14)

dimanche 3 décembre 2017

samedi 2 décembre 2017

On dirait que

tu y es, là bas, à l'ombre de ces grands arbres, sous la forme d'un souvenir d'été indien.


Si tu n'avais pas été si pressé de t'en aller, on aurait peut-être pu partager, encore, quelques grimaces, quelques caricatures, quelques rires agonisants, seuls, ensemble.
Maintenant, je me contente de penser à toi, avec ce lieu que tu gratifiais de ta fragile présence, de ta présence vacillante.

Y'avait tes mômes l'autre soir, frérot, ils étaient ici avec ma Lô. Ils faisaient les fous tous les trois, ils pétillaient des yeux, des joues, ils riaient aux éclats. Je leur ai lu trois petites histoires, une pour chacun, des contes à dormir debout, des contes pour inviter quelques rêves doux, ou fous, ou les deux.
Puis je les embrassais avant d'éteindre la lumière, je leur ai souhaité bonne nuit.
Ils étaient silencieux comme des images, ça a duré trois minutes à tout casser. Alors j'ai crié : ça suffit maintenant, CHUT !

vendredi 1 décembre 2017

Complainte de l'hiver

La neige tombe sur les toits
Sur la terre et le long des routes
Voici la tristesse des froids
Les cœurs sont envahis de doutes

Sur la terre et le long des routes
Un manteau blanc immaculé
Les cœurs sont envahis de doutes
Y-a-t-il une vérité ?

Un manteau blanc immaculé
Ce sont des flocons éphémères
Y-a-t-il une vérité ?
Joie et bonheur sont des mystères

Ce sont des flocons éphémères
Ils vivent l'ombre d'un instant
Joie et bonheur sont des mystères
Ils ne sont là que par moment

Ils vivent l'ombre d'un instant
Les hivers passent puis s'effacent
Ils ne sont là que par moment
Quand l'angoisse et le cœur s'enlacent

Les hivers passent puis s'effacent
Avec mélancolie parfois
Quand l'angoisse et le cœur s'enlacent
La neige tombe sur les toits


(dans une vie antérieure, je m'essayais au pantoum)
(2010) 

lundi 27 novembre 2017

Conte pour grands enfants


Nocturne (d'après Paul Klee) - Gilbert Garcin, 2004


Et la nuit est tombée sur le bout de son nez
Il a éternué, la poussière a volé
Le prince des atchoum ! ce soir, a mis les voiles
Son monde astéroïde au milieu des étoiles
Avait au bout des yeux un rêve en Voie lactée.

Sa bouille dans la lune, il a sitôt filé
Comme un vieux météore au ciel amouraché
Le prince des ...atchoum, ce soir, noircit la toile
Et la nuit est tombée.

Quand il s'est éclipsé, à l'aube, déserté
Sur ma terre en désastre aux lueurs étiolées
Sa comète a semé des poussières d'étoiles
Et j'ai éternué, et puis j'ai mis les voiles
Princesse des atchoum... en cendres dispersées,
Et la nuit est tombée.


(vieux truc retravaillé un peu)

vendredi 24 novembre 2017

Derrida etc

C'était sympa les émissions sur FC consacrées à la pensée de Derrida il y a quelques deux ou trois semaines. C'était pas mal. C'étaient des émissions didactiques, adressées à celles et à ceux qui ne pigent rien à Derrida, sans exclure celles et ceux qui comprennent tout. Pour ma part, ne pas comprendre ne me fait pas peur, ça ne me dérange en aucune manière. On a toute la vie pour essayer de comprendre quelque chose à quoi que ce soit. Pas besoin d'être pressé (par le savoir). Pas de quoi stresser sa cervelle (et son corps).
Il est vrai que JD est difficile à lire. J'use peut-être d'ailleurs d'un euphémisme. Son ouvrage, La dissémination, me glisse des yeux. J'avais envie de lire l'essai sur le pharmakon de Platon, mais je décroche au bout de quelques pages. Il y a un léger effet de brume (mais c'est peut-être parce que je manque de sommeil).
En tout cas, ce qui m'intéresse chez le philosophe, c'est la réflexion qu'il a menée sur l'écriture et le langage, ou les langues. Il a dit, entre autres : l'écriture me sauve... (moi aussi, j'aimerais bien que l'écriture me sauve, mais à en croire Hélène Cixous, une grande pote à JD, on ne peut pas être sauvé).
De Derrida, je retiens surtout son monolinguisme de l'autre (peut-être un de ces écrits les plus accessibles), avec ses idées phare répétées tout le long de l'essai : Une langue, ça n'appartient pas, ou Je n'ai qu'une langue et ce n'est pas la mienne. Il réfléchit à partir de là, et à partir de son expérience personnelle aussi, de son rapport intime aux langues côtoyées. La langue, les langues : une altérité intime, étrange et familière. Je pourrais essayer d'en dire plus sur le bouquin mais j'ai la flemme (et il faudrait d'abord que je le relise). Mais, pour les hommes curieuses et les femmes curieux, passagers clandestines et passagères clandestins, il est possible de perdre son temps en lisant un stimulant compte-rendu chez Coli Masson (ici).


Je n'ai qu'unes paroles et ce n'est pas la miennes
Je n'ai qu'unes voix et ce n'est pas la miennes.


jeudi 23 novembre 2017

L'aliénation

Je frémis lorsque je vois des gens qui se prennent pour ce qu'ils sont.

J. Oury

Je ne suis pas un chat.

Arrêt sur une image


hiver 2011, quelque part en Provence
 
Il parait que c'est le chemin ou le cheminement qui compte, non la fin, le but, l'objectif.
Quoi qu'il arrive, il faudrait apprécier le chemin parcouru, tant bien que mal, clopin-clopant.
Il parait aussi que le chemin se construit sous nos pas.
Mais finalement, ne vaudrait-il pas mieux perdre le chemin, s'arrêter de cheminer ?
Laisser les pensées hésiter puis s'égarer dans l'immobile. 
Figer le regard au milieu du chemin, ne plus se mouvoir.
(Je veux faire une pétition pour abolir tous les chemins)
S'émouvoir, point.
Ce matin, j'ai fait une pause, là.
 

mardi 21 novembre 2017

L'été derrière soi


Quand arrive l'hiver, c'est bête, on a la nostalgie de l'été. De l'été sous un ciel menaçant.


Nul ne s'oppose à ton salut, nul ne s'oppose à ta mort. A tout moment, tu pourrais te sauver. Mais tout se passe comme s'il avait décidé : "Tu n'écriras pas." Et c'est ce décret qui t'est donné à écrire depuis ce matin et à exécuter. Ton supplice : quand l'écriture que tu aimes comme toi-même se révolte, et te crache le sens, que tu lui as donné, au visage.


Ne te plains pas, c'est ta faute. Si ce que tu redoutais s'accomplit ce n'est pas par hasard : ta mort avait une page d'avance.

Angst, H. Cixous, Des femmes, p. 31.

dimanche 19 novembre 2017

Sous un ciel menaçant, une fin d'automne




Nous vivions de paysages
Paysages impensés
Pensées floues et pensées brumes
Brumes sur les cimes terres grises
Grises comme nos pensées
Nos pensées de paysages
Paysages à mourir
Mourir de vents et de silence
(déc 2014)






Un jour
j'irai bien là bas
vivre ici
ailleurs à côté
revenir en arrière
au fil du présent
marcher sur les pas de l'enfant
que je ne suis plus
j'irai bien nulle part
tant que ce sera loin


(2011)

samedi 18 novembre 2017

En bord de mer

 aux Sables, 2016.

Je te regarde défier l'océan, toi la minuscule, la crevette, l'ombre grise de mon âme, celle qui fait battre mon coeur, ma Lô, ma terrible, tu me poses trop de questions et je n'ai pas les réponses adéquates. Je te regarde quand tu me tournes le dos, c'est toujours mieux ainsi, de face tu me dirais : quoi ?! Pourquoi tu me regardes ?



vendredi 17 novembre 2017

Demander la lune

Lune des Sables, avril 2016.


Quand on n'a pas une thune
on peut toujours kidnapper la lune

on attend qu'elle soit bien ronde
on peut se griller quelques blondes

on reste là au bord de minuit
où la lune affleure sans bruit

et quand elle se couche dans le lac
on la pêche et on la met dans son sac

on prend vite les jambes à son cou
si on ne veut pas finir au fond du trou

puis on la vend aux enchères
à un quelconque milliardaire


(un vieux truc écrit en 2011 ou 2012)

mercredi 15 novembre 2017

être au plus loin

"Être au plus proche, ce n'est pas toucher : la plus grande proximité est d'assumer le lointain de l'autre." Jean Oury.

Une petite angoisse m'étreignait le coeur. Un mini alprazolam avant de prendre la route, ça a fait son effet et c'est donc un peu plus sereine que je me dirigeais au rv avec la directrice adjointe du CADA. 
Je suis en avance, je m'arrête dans le premier café venu, il fait un froid de canard, c'est un genre de salon de thé/café/smoothie, avec petites pâtisseries à l'allure industrielle, celles que l'on retrouve partout : muffins, brownies, fondants, etc. Dans la salle, une majorité de minettes, quelques femmes d'âge mûr occupées avec leur téléphone-tablette. J'ai 30 min à tuer, je commande un cappuccino, je m'installe dans un fauteuil gris, puis j'ouvre Angst. Deuxième ouvrage d'H. Cixous que je lis. L'écriture est dense. Le rythme est rapide. H. C. n'est pas toujours facile à suivre, ou plutôt, disons qu'il ne faut pas trop être attaché aux phrases et aux récits de style classique, de grammaire traditionnelle (sujet, verbe, complément, avec reprises pronominales cohérentes) pour se plonger dans l’œuvre de l'auteure. Elle bouscule les préjugés linguistiques. Angst, angoisse pour l'anglais, peur pour l'allemand.
Au tournant je tombai dessus. Impossible de l'arrêter. Elle me dit tous les noms du Pire. "De la part des disparus" me dit-elle. "Jamais? jamais ?", je suppliais. Je savais ce qu'elle me dirait. "Pas une minute ?" Tu ne peux pas être sauvée.**
La demi-heure passe trop vite. Le rv m'appelle.
Ouf, la directrice adjointe est très intéressée par le projet. Elle me demande si un jeune stagiaire en observation du monde du travail peut assister à notre entrevue. Évidemment, bien sûr, pas de problème. Nous échangeons durant une heure. Il est convenu que je lui envoie un projet écrit, ensuite on fixera une rencontre avec l'équipe, puis on réfléchira à comment amener la proposition aux migrants. Il y aura certainement un temps d'inclusion, me dit-elle.
Les migrants proviennent principalement d'Irak, de Syrie, d’Égypte, d'Albanie, de Guinée. Ils sont 190 dans ce CADA. Dans les couloirs du bâtiment errait un jeune homme en perdition. La traversée en bateau pneumatique, la perte de la famille, la désorientation totale l'avait déboussolé. Il revenait d'un séjour en HP, assommé de tranquillisants. Il n'y a pas véritablement d'accompagnement psy, me dit la directrice adjointe. Les gens débarquent avec leurs peurs, leurs traumas, leurs douleurs, et ils doivent persévérer avec. Dans les cas extrêmes, comme pour ce jeune homme, on les endort un peu.


** Hélène Cixous, Angst, Des femmes, 1998, p. 12-13.



lundi 13 novembre 2017

samedi 11 novembre 2017

Au bout du même chemin


Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Enfance.
C'est la joie allée
Avec le soleil.

mercredi 8 novembre 2017

Une orientation

Et je lis ceci, cela, ça arrive comme ça, au hasard des jours et des airs et des humeurs qui stagnent, je le termine enfin :
Il m'a planté dans l'âme les graines de l'immortalité. Désormais nous vivons contre la mort. L'amant vivant vit contre la vie. 
Je dis : je sais comment est le monde. Il est naturel.
- C'est-à-dire ?
Il y a une orientation. Une orientation irréversible. Une pente. La seule arme de l'homme, c'est la force de l'imagination. Qui ne veut pas s'en servir pour harceler le présent, celui-là est mort. 
Il dit : 
- Je l'aime à l'infini mais.
- Tu m'aimes mais ? Mais ? MAIS ? C'est jusqu'où MAIS ? jusqu'au premier étage ou jusqu'au second .
- Je ferais tout ce que tu veux. 
- Soit.
- Tu veux quelque chose ?
- Oui.
- Quoi ?
- Je ne sais pas.

(H. Cixous, Dedans, p. 200-201)

vendredi 3 novembre 2017

S'aventurer au coeur de ses ténèbres

I seemed to hear the whispered cry, "The horror ! The horror !"

Qui a lu Le coeur des ténèbres de Joseph Conrad ne peut plus douter que ce grand continent noir, que cette sauvagerie, cette barbarie, ces ténèbres sont au cœur de l'humain. La dichotomie humain/inhumain, ou civilisé/barbare, ne fonctionne plus. 
La noirceur, la monstruosité, la déchéance, la folie, est bien au cœur de chaque être dit humain... 



Marc Porée parle bien, entre autres, et comme un "charme vénéneux", de la voix de Kurtz hantant celle de Marlow : "c'est toujours l'emprise de la voix, nous sommes sous l'emprise d'une voix. [...] Qu'est-ce que être sous l'emprise d'une voix ?"

La question plonge dans l'obscurité. Elle force à reconnaître le côté sombre en soi. Qui n'a pas sa part de ténèbres ?

Podcast/écoute de l'émission ici

mercredi 1 novembre 2017

La comédie de la normalité

Il y a des équations sociales que l'on peine à résoudre...
Josef Schovannec




A l'heure où l'on ne jure que par "compétences", depuis la maternelle, en passant par la fac et jusqu'à l'entreprise, J. Schovannec, personne avec autisme - comme il se définit - manquant de "compétences sociales" (parce qu'il en faut aujourd'hui pour jouer son rôle sur la grande scène de la comédie sociale), parle avec pertinence, humour et ironie, de l'autisme en regard de ce que l'on croit être la normalité. Étrange donc de constater, par ex, comme les personnes qui ne vivent pas dans une "bulle" sont souvent sujettes au dialogue de sourd.

Comme un air de novembre

Je n'ai pas la notion du temps
ça remonte à tellement plus loin
c'était il y a trop longtemps
un soir plutôt qu'un matin
j'ai perdu la notion du temps
ça remonte à tellement plus trouble
c'était il y a si longtemps
un jour plutôt qu'une nuit







Pas loin des Côtes de nuit, les moulins à brouillard
instants bercés de brumes et rêve en bord de route
une fuite vers l'absence, celle des collines
des mots à la dérive, la peur à pas de loup

aux gris mouvements vents caressés du regard
le temps des longs silences, oublier coûte que coûte
sentiments dans le vide et pluies qui s'enracinent
l'histoire dissimulée sous des airs un peu flous


(écrit en 2011)









Yoanna, album Princesse (2015)


dimanche 29 octobre 2017

Les couleurs de l'automne

Jean s'est envolé vers ailleurs. Alors que je le conduisais à l'aéroport, il me disait combien le trajet que nous faisions ensemble lui rappelait JF. Son fils le déposait aussi, à l'occasion, ces dernières années. J'écoutais Jean me raconter combien il aimait JF, combien son fils chéri lui manquait, et comme il n'était pas tranquille lorsque JF somnolait au volant. 
Une chance que ce ne fut pas Jean qui découvrit le corps de son fils, bleu, sans vie, l'écume aux lèvres.
Pendant que Jean évoquait ses regrets, je laissais mon regard errer entre les couleurs de l'automne. Mes pensées tentaient une évasion. Cela faisait bien longtemps que je n'avais traversé ces lieux à l'automne. Dans le tumulte des ans, je n'avais pas vu les automnes passer, par ici. Je n'avais pas vu comme les montagnes étaient belles quand elles revêtaient leurs couleurs chaudes. J'avais dû oublier, peut-être. Ou alors, j'ai été aveugle. 
Pendant que Jean me disait qu'il ne passait pas une journée sans penser à son fils, je remarquais que la grisaille magnifiait les couleurs de l'automne. Alors que le froid et le vide s'insinuaient dans mon esprit, je dus me rendre à l'évidence : il faisait un temps idéal pour broyer du noir.

vendredi 27 octobre 2017

Là où ça ne coule plus de source

tu n'as pas idée
comme c'était vivant
l'été dernier
mais vois-tu
on ne se baigne jamais deux fois
dans le même lac
ou plutôt
je dirais bien
on ne se noie jamais deux fois
dans le même lac

là où tu vidais ton sac

tu n'as donc pas idée
comme c'était vivant
l'été dernier
après que tu te sois noyé
dans un verre
dans un dernier verre
qui n'avait rien de semblable
au vert d'eau
au verdoyant
qui illuminait
les visages des enfants


A Freak Serenade

Il y a un moment où


 ça ne coule plus de source.

« Ainsi, entre deux-langues, votre élément est-il le silence. A force de se dire de diverses manières tout aussi banales, tout aussi approximatives, ça ne se dit plus. [...] Coincé dans ce mutisme polyforme, [...] qui vous écoute ? On vous tolère tout au plus. D'ailleurs, voulez-vous réellement parler ? »
(J Kristeva)

jeudi 26 octobre 2017

Vers les monts et les lacs

Lorsque j'entendis la voix des Crandberries, mes pensées m'envoyèrent aussitôt vers deux décennies en arrière. Rien de tel qu'une chanson pour nous faire voyager dans le temps. L'Ode to my family me plongea alors dans une rêverie nostalgique. L'humeur massacrante de ces derniers jours muait en un état semi-dépressif. Je me souviens de ma première année de vie estudiantine. Quelle misère.
Sur la route en direction des monts et des lacs, je songeais à toutes ces années passées. Je traversai Chambéry de nuit. Là bas, je trainais avec une minette à l'allure gothique. Nous planions sur les mêmes longueurs d'onde, vêtues de noir et de fantaisie. Nous quêtions quelques francs aux passants pour nous payer une baguette de pain et des bières à l'happy hour. Nous faisions du stop aux péages. Nous finissions nos soirées dans des lieux brumeux, dans des squats fumeux, au hasard des rencontres.
Je ne suis restée qu'une année dans cette jolie ville, à mener une vie de bohème, de douce folie, à faire la fac buissonnière. Parfois j'aimerais bien retrouver cette lointaine atmosphère, cette époque où l'insouciance, le rêve de liberté, les amitiés sans lendemain, l'ivresse des boissons et des plantes euphorisantes permettaient de refouler angoisse, tristesse, et idées sombres. Je ne savais pas encore que j'allais m'éterniser dans le deuil et la mélancolie.
Ce devait être le deuil de l'enfance, déjà, ou celui d'une mère défaillante, surtout, qui m'empêchait de porter des couleurs. On me dit encore parfois, aujourd'hui, tu es souvent habillée de noir, c'est triste le noir
Sans doute, oui, je le sais, c'est désespérant.

mardi 24 octobre 2017

Besame mucho


Un jour d'octobre 2014, j'accompagnais Jean qui rendait visite à Suzanne. On venait de lui faire une biopsie. Sur la route en direction de l'hôpital, Jean écoutait sa playlist de chansons compilées sur une clé usb. Parmi ses chansons, je me souviens de Hey Joe de Jimi Hendrix et quelques titres des Beatles. Alors que la guerre éclatait entre le Vietnam du Nord et du Sud, et tandis que le Nord se fermait aux influences occidentales, la jeunesse saïgonnaise découvrait les pattes d'eph, les chemises à fleurs, entre autres musiques de baba cool, entre autres rock de mouvance contestataire. C'est parce que Jean aimait particulièrement Suzanne de Leonard Cohen qu'il avait proposé à sa femme d'opter pour ce prénom lorsqu'ils avaient tous deux demandé la naturalisation française en 1977, alors qu'ils fuyaient la misère du Vietnam et la tyrannie du régime communiste nouvellement au pouvoir. Mais, des chansons qu'il affectionne particulièrement, et qui figurait à plusieurs reprises sur sa playlist, il y avait Besame mucho, dans plusieurs versions : celle de Dalida, celle d'Elvis, etc. Il me semble par ailleurs que c'est une des chansons les plus interprétées au monde. C'est aussi un titre qui a bercé mon enfance. Jean la chantait et la jouait régulièrement à la guitare.


samedi 21 octobre 2017

Dead line

Au bout de la rue, après le pont, par la route submersible

L'intérimaire, le naufragé, le clandestin, le noyé, le lecteur in fabula, le scribouillard, l'exilé, le loup solitaire et l'ermite en habits de touriste (why not ?) : tous les passeurs-passant porte-paroles du monde savent que les mots nous mènent en bateau ivre.

(pour le jardin persan de Alf )
(mener quelqu'un en bateau : (translation in english) lead someone up the garden path)

A part cela, Hervé Prudon  a atteint la Dead line y'a pas longtemps :



" La divagation des chiens est interdite dans le jardin."

On peut lire un bel hommage, à cet auteur morbide, désenchanté et fabuleux, chez Antifixion.

mardi 17 octobre 2017

Va

cours
file
marche loin de moi
éloigne toi
prends tes distances
ne te retourne pas
trop souvent
oublie ce que tu peux
coupe le cordon
délie
dénoue
tisse ta voix
trace ta route
ne regarde pas en arrière
ou juste ce qu'il te faut
laisse moi
dans le passé
je t'autorise
à me quitter
pour toujours
pour la vie


lundi 16 octobre 2017

La vie n'est qu'une étrange journée

De retour d'une journée harassante de formation, je repensais au cours que j'animais dans le matin et notamment à la réflexion d'une jeune stagiaire. C'était une réflexion plutôt inattendue et qui semblait découler d'une soudaine prise de conscience. Alors que nous avions passé un peu plus d'une heure à tenter de penser ce que l'instauration d'un éventuel salaire de base ou un revenu d'existence pour tous, - idées qui commencent à pointer aujourd'hui dans nos sociétés lasses d'un système de travail orienté par une idéologie du capital, etc et bla bla et bla bla (en fait ça m'ennuie de plus en plus ce sujet là ) - bref ! je suis encore en train de me disperser dans les idées, et de plus je n'ai aucune envie de faire un effort de cohérence discursive ; je disais donc après presque 3 heures d'enseignement de ce domaine vaste et mystérieux qu'on appelle la culture générale ; après avoir évoqué les grands changements qui affectent nos sociétés (genre l'urbanisation, la démographie croissante, le vieillissement de la population, la mondialisation économique, la circulation de l'information, etc.) et les conséquences en termes de problématiques environnementales, sanitaires et sociales ; cette jeune stagiaire à l’œil quelque peu plus affûté que la moyenne déclare d'un coup, comme touchée par la lumière crue de la raisonnance :
Mais, on va tous mourir en fait.
Je n'ai rien trouvé d'autres à dire sauf confirmer son idée : exactement.
Et voilà ! La vérité sort parfois de la bouche des jeunes enfants qui prennent subitement un coup de vieux. 3 heures à parler des problèmes de sociétés pour en arriver à cette évidence : cela m'a tout de même fait un drôle d'effet. 
La vie n'est qu'une étrange journée qui se clôt par une longue et tout aussi étrange nuit.


samedi 14 octobre 2017

Ici comme ailleurs


j'ai empreinté encore ce chemin automnal
de mes longues pensées, fuyantes
embrumées
j'ai tenté mille fois, de nouveau, comme toujours
d'accorder mon allure à la tonalité
de tes mots, de l'absence 

ils ne sont pas perdus, loin de là, au contraine
ils sont comme le vent, obsédant et tenaces
ils sont comme ces feuilles à l'automne vieillissant
ils se laissent porter, et soufflés, essoufflés
avant de reposer, assourdis, sur mon sol

tu ne le savais pas
je l'ignorais aussi

les paroles s'ébruitent ciel à ciel, terre à terre

 



vendredi 13 octobre 2017

Vigne rouge sans patrie




".../... La lucidité est un exil construit, une porte de secours, le vestiaire de l'intelligence.
C'en est aussi une maladie qui nous mène à la solitude."
Léo Ferré




citation trouvée ici : Dessine moi un mouton
 


jeudi 12 octobre 2017

Retour à Lugrin

    août 2017

Depuis qu'elle n'existe plus que dans ses pensées, il compte le temps qui passe. Un an et demi déjà, me dit-il, et comme le temps passe vite. Depuis qu'elle n'est plus là, il est nostalgique, plus que jamais. Nostalgique d'un temps irréversible. C'est ça la nostalgie, plus que le mal du pays que l'on a quitté, c'est le mal de la femme qui n'est plus. Ou plutôt, c'est le mal de l'amour perdu, quelque fût son lieu de résidence, et aussi imparfait fût-il. Elle était son chez-soi, elle remplissait son espace, elle comblait son vide.
Hier, nous sommes remontés dans le temps, nous sommes allés à Lugrin, en 1977. C'est une petite ville au bord du lac Léman, juste après Evian. Là, ils avaient habité un moment, accueillis dans un hôtel pour migrants, avec vue sur le lac. Le beau lac Léman... Il partait pour la semaine travailler dans quelque usine, logeant chez un jeune couple d'immigrés comme elle et lui. Elle l'attendait chaque semaine, se languissait de lui sans doute, à l'hôtel, et l'enfant pendue à ses basques.
Peut-être, quand il s'absentait, laissait-elle aller ses pensées inquiètes sur les douces vagues de l'immense lac. Peut-être, laissait-elle son regard voguer d'horizon en horizon. Là, entre les collines tristes de l'hiver, ailleurs, sur une barque misérable de l'enfance ; là, dans le froid solitaire de l'hiver, ailleurs, va-nu-pied sous des cieux brouillés ; là, où tout est définitivement étranger, ailleurs, où tout est définitivement éloigné.
Je crois comprendre à présent pourquoi j'aime tant ce lac. Premier lac de l'enfance, premier lac de la mélancolie. Il fait toujours triste au bord d'un lac. Il fait toujours un temps de tristesse, même quand le ciel est bleu, car du lac s'élèvent toutes les pensées perdues, toutes les pensées passées, toutes les pensées que les profondeurs ne sauraient retenir. Ce sont les pensées des passants, celles qui se noient, celles qui s'épanchent, celles qui se dissolvent, celles qui émigrent. Celles qui vont et viennent, et qui s'immiscent, et qui nous échappent, un peu comme ces nuages.
Je reviendrai à Lugrin, sur les traces d'un lieu et d'un temps perdus. Voilà peut-être un lieu où il ferait bon mourir. 

(écrit en Juillet 2015)


vendredi 6 octobre 2017

Improbable mais vrai

"On devrait toujours être légèrement improbable."



Il était fort peu probable que je reprenne une activité salariée, et pourtant, voilà que j'ai signé, un petit CDD, certes. Rien de nouveau sous l'ombre. Je retourne là où j'étais, auprès de ces jeunes si attachants, si insouciants, si naïfs parfois. Ils me rappellent ma jeunesse. Quel mauvais souvenir.  Certains ne savent ni lire, ni écrire. C'est à peine s'ils savent réfléchir. Oui, je sais, je brosse un portrait plutôt dévalorisant des post-bac que j'ai l'habitude de côtoyer. Bien sûr qu'ils savent lire et écrire, mais pas entre les lignes.
De la culture générale, un truc improbable et flou que je vais leur insuffler. Leur apporter quelques éléments de réflexion histoire de les endormir, de les bercer un peu. Ils me répondront souvent par des silences ou par des "je ne sais pas comment dire", ou encore par des "ça ne m'inspire pas". Ils ont raison, rien d'inspirant, rien à dire véritablement mais, qui sait, peut-être se réveilleront-ils brutalement, choqués par le dévoilement soudain d'une réalité cauchemardesque ? 
On commence avec le thème du "travail". Allez les jeunes, au travail ! Et pour la vieille aussi. 
L'improbable personne âgée qui s'exprime en ce moment n'est toujours pas remise du choc de Amour, l'autre soir sur Arte. C'est le genre de film beau et tragique, un peu comme Le tombeau des lucioles, ou Dancers in the dark, à ne voir qu'une seule fois dans sa vie, car c'est insupportable et on n'en sort pas indemne. La tragédie n'a aucun effet cathartique, elle réveille plutôt une angoisse et une déprime sourdes qui vampirisent comme une sangsue. 

lundi 2 octobre 2017

Songe d'une minute d'octobre

 
Désormais
depuis des lustres
il n'est plus possible de revenir en arrière
la machine est lancée
à rebours
elle s'épanche
elle fait tâche
infernale
humaine
aigre-douce
elle lance un rire grisailleux
elle se goinfre de souvenirs
elle est grosse immonde pleine à craquer
elle vomit un truc qui chante
résonne
écholalie
facétieuse
lalala
c'est la vie
puis c'est la mort
bla bla
flou flou
quelques notes de pluie
poétiquement incorrecte
aarrgh

dimanche 1 octobre 2017

Septembre est parti en fumée




Depuis l'arbre planté là
surgissant au milieu de nulle part
j'ai pris la correspondance pour le ciel gris
compartiment rêveur svp




aux évanouissants
aux esseulés
aux vieux loups solitaires
aux plus moins que rien
et aux ailleurs à jamais
j'ai une longue pensée
extrêmement brumeuse




Ah ! Comme je pourrais rester plantée là
des heures et des heures
à mourir d'ennui
à crever en beauté

 

jeudi 28 septembre 2017

Parfois je m'amuse avec le ciel



je le transforme en terrain de jeux
où je l'artificiel
car c'est mon aire de repos
aire de latitude 45ème parallèle
par là-haut



je prends un arbre en stationnement illicite
pour monter au ciel
un joujou d'air
un bijou d'atmosphère
pour se donner des airs et un semblant de vents











je peins des cieux à n'en plus définir
légers bas pâles austères
toujours plus vastes et précieux**
entre des bleus blancs gris
et des nuages langoureux

et des brumes et des spleen rose
et des blues et des automnes








le ciel est par dessus ma tête
sur ses épaules


** énoncé emprunté à Brigitte Fontaine, écouter ici


mardi 26 septembre 2017

Genèse du moi et cuisine d'automne

Je connais la solitude mieux que moi-même




 Elle est comme un pommier sur une terre brulée




Qui donne pourtant des fruits
même si
il n'y a pas de moi qui tienne
dans une pomme véreuse




C'est tout ou rien pour ma pomme
taillée en morceaux
tout et rien à la fois




Hier je suis tombée dans les pommes
j'ai réduit le moi en compote
en attendant que la nuit vienne




quand le sinueux du moi
redevenu vers de terre
ne croquera plus
la pomme empoisonnée




Une nuit ou l'autre
on connaîtra
l'état de purée

et on rira jaune