mardi 17 octobre 2017

Va






cours
file
marche loin de moi
éloigne toi
prends tes distances
ne te retourne pas
trop souvent
oublie ce que tu peux
coupe le cordon
délie
dénoue
tisse ta voie
trace ta route
ne regarde pas en arrière
ou juste ce qu'il te faut
laisse moi
dans le passé
je t'autorise
à me quitter
pour toujours
pour la vie


lundi 16 octobre 2017

La vie n'est qu'une étrange journée

De retour d'une journée harassante de formation, je repensais au cours que j'animais dans le matin et notamment à la réflexion d'une jeune stagiaire. C'était une réflexion plutôt inattendue et qui semblait découler d'une soudaine prise de conscience. Alors que nous avions passé un peu plus d'une heure à tenter de penser ce que l'instauration d'un éventuel salaire de base ou un revenu d'existence pour tous, - idées qui commencent à pointer aujourd'hui dans nos sociétés lasses d'un système de travail orienté par une idéologie du capital, etc et bla bla et bla bla (en fait ça m'ennuie de plus en plus ce sujet là ) - bref ! je suis encore en train de me disperser dans les idées, et de plus je n'ai aucune envie de faire un effort de cohérence discursive ; je disais donc après presque 3 heures d'enseignement de ce domaine vaste et mystérieux qu'on appelle la culture générale ; après avoir évoqué les grands changements qui affectent nos sociétés (genre l'urbanisation, la démographie croissante, le vieillissement de la population, la mondialisation économique, la circulation de l'information, etc.) et les conséquences en termes de problématiques environnementales, sanitaires et sociales ; cette jeune stagiaire à l’œil quelque peu plus affûté que la moyenne déclare d'un coup, comme touchée par la lumière crue de la raisonnance :
Mais, on va tous mourir en fait.
Je n'ai rien trouvé d'autres à dire sauf confirmer son idée : exactement.
Et voilà ! La vérité sort parfois de la bouche des jeunes enfants qui prennent subitement un coup de vieux. 3 heures à parler des problèmes de sociétés pour en arriver à cette évidence : cela m'a tout de même fait un drôle d'effet. 
La vie n'est qu'une étrange journée qui se clôt par une longue et tout aussi étrange nuit.


samedi 14 octobre 2017

Ici comme ailleurs


j'ai empreinté encore ce chemin automnal
de mes longues pensées, fuyantes
embrumées
j'ai tenté mille fois, de nouveau, comme toujours
d'accorder mon allure à la tonalité
de tes mots, de l'absence 

ils ne sont pas perdus, loin de là, au contraine
ils sont comme le vent, obsédant et tenaces
ils sont comme ces feuilles à l'automne vieillissant
ils se laissent porter, et soufflés, essoufflés
avant de reposer, assourdis, sur mon sol

tu ne le savais pas
je l'ignorais aussi

les paroles s'ébruitent ciel à ciel, terre à terre

 



vendredi 13 octobre 2017

Vigne rouge sans patrie




".../... La lucidité est un exil construit, une porte de secours, le vestiaire de l'intelligence.
C'en est aussi une maladie qui nous mène à la solitude."
Léo Ferré




citation trouvée ici : Dessine moi un mouton
 


jeudi 12 octobre 2017

Retour à Lugrin

    août 2017

Depuis qu'elle n'existe plus que dans ses pensées, il compte le temps qui passe. Un an et demi déjà, me dit-il, et comme le temps passe vite. Depuis qu'elle n'est plus là, il est nostalgique, plus que jamais. Nostalgique d'un temps irréversible. C'est ça la nostalgie, plus que le mal du pays que l'on a quitté, c'est le mal de la femme qui n'est plus. Ou plutôt, c'est le mal de l'amour perdu, quelque fût son lieu de résidence, et aussi imparfait fût-il. Elle était son chez-soi, elle remplissait son espace, elle comblait son vide.
Hier, nous sommes remontés dans le temps, nous sommes allés à Lugrin, en 1977. C'est une petite ville au bord du lac Léman, juste après Evian. Là, ils avaient habité un moment, accueillis dans un hôtel pour migrants, avec vue sur le lac. Le beau lac Léman... Il partait pour la semaine travailler dans quelque usine, logeant chez un jeune couple d'immigrés comme elle et lui. Elle l'attendait chaque semaine, se languissait de lui sans doute, à l'hôtel, et l'enfant pendue à ses basques.
Peut-être, quand il s'absentait, laissait-elle aller ses pensées inquiètes sur les douces vagues de l'immense lac. Peut-être, laissait-elle son regard voguer d'horizon en horizon. Là, entre les collines tristes de l'hiver, ailleurs, sur une barque misérable de l'enfance ; là, dans le froid solitaire de l'hiver, ailleurs, va-nu-pied sous des cieux brouillés ; là, où tout est définitivement étranger, ailleurs, où tout est définitivement éloigné.
Je crois comprendre à présent pourquoi j'aime tant ce lac. Premier lac de l'enfance, premier lac de la mélancolie. Il fait toujours triste au bord d'un lac. Il fait toujours un temps de tristesse, même quand le ciel est bleu, car du lac s'élèvent toutes les pensées perdues, toutes les pensées passées, toutes les pensées que les profondeurs ne sauraient retenir. Ce sont les pensées des passants, celles qui se noient, celles qui s'épanchent, celles qui se dissolvent, celles qui émigrent. Celles qui vont et viennent, et qui s'immiscent, et qui nous échappent, un peu comme ces nuages.
Je reviendrai à Lugrin, sur les traces d'un lieu et d'un temps perdus. Voilà peut-être un lieu où il ferait bon mourir. 

(écrit en Juillet 2015)


vendredi 6 octobre 2017

Improbable mais vrai

"On devrait toujours être légèrement improbable."



Il était fort peu probable que je reprenne une activité salariée, et pourtant, voilà que j'ai signé, un petit CDD, certes. Rien de nouveau sous l'ombre. Je retourne là où j'étais, auprès de ces jeunes si attachants, si insouciants, si naïfs parfois. Ils me rappellent ma jeunesse. Quel mauvais souvenir.  Certains ne savent ni lire, ni écrire. C'est à peine s'ils savent réfléchir. Oui, je sais, je brosse un portrait plutôt dévalorisant des post-bac que j'ai l'habitude de côtoyer. Bien sûr qu'ils savent lire et écrire, mais pas entre les lignes.
De la culture générale, un truc improbable et flou que je vais leur insuffler. Leur apporter quelques éléments de réflexion histoire de les endormir, de les bercer un peu. Ils me répondront souvent par des silences ou par des "je ne sais pas comment dire", ou encore par des "ça ne m'inspire pas". Ils ont raison, rien d'inspirant, rien à dire véritablement mais, qui sait, peut-être se réveilleront-ils brutalement, choqués par le dévoilement soudain d'une réalité cauchemardesque ? 
On commence avec le thème du "travail". Allez les jeunes, au travail ! Et pour la vieille aussi. 
L'improbable personne âgée qui s'exprime en ce moment n'est toujours pas remise du choc de Amour, l'autre soir sur Arte. C'est le genre de film beau et tragique, un peu comme Le tombeau des lucioles, ou Dancers in the dark, à ne voir qu'une seule fois dans sa vie, car c'est insupportable et on n'en sort pas indemne. La tragédie n'a aucun effet cathartique, elle réveille plutôt une angoisse et une déprime sourdes qui vampirisent comme une sangsue. 

lundi 2 octobre 2017

Songe d'une minute d'octobre

 
Désormais
depuis des lustres
il n'est plus possible de revenir en arrière
la machine est lancée
à rebours
elle s'épanche
elle fait tâche
infernale
humaine
aigre-douce
elle lance un rire grisailleux
elle se goinfre de souvenirs
elle est grosse immonde pleine à craquer
elle vomit un truc qui chante
résonne
écholalie
facétieuse
lalala
c'est la vie
puis c'est la mort
bla bla
flou flou
quelques notes de pluie
poétiquement incorrecte
aarrgh

dimanche 1 octobre 2017

Septembre est parti en fumée




Depuis l'arbre planté là
surgissant au milieu de nulle part
j'ai pris la correspondance pour le ciel gris
compartiment rêveur svp




aux évanouissants
aux esseulés
aux vieux loups solitaires
aux plus moins que rien
et aux ailleurs à jamais
j'ai une longue pensée
extrêmement brumeuse




Ah ! Comme je pourrais rester plantée là
des heures et des heures
à mourir d'ennui
à crever en beauté

 

jeudi 28 septembre 2017

Parfois je m'amuse avec le ciel



je le transforme en terrain de jeux
où je l'artificiel
car c'est mon aire de repos
aire de latitude 45ème parallèle
par là-haut



je prends un arbre en stationnement illicite
pour monter au ciel
un joujou d'air
un bijou d'atmosphère
pour se donner des airs et un semblant de vents











je peins des cieux à n'en plus définir
légers bas pâles austères
toujours plus vastes et précieux
entre des bleus blancs gris
et des nuages langoureux

et des brumes et des spleen rose
et des blues et des automnes








le ciel est par dessus ma tête
sur ses épaules

lundi 25 septembre 2017

Genèse du moi et cuisine d'automne

Je connais la solitude mieux que moi-même




 Elle est comme un pommier sur une terre brulée




Qui donne pourtant des fruits
même si
il n'y a pas de moi qui tienne
dans une pomme véreuse




C'est tout ou rien pour ma pomme
taillée en morceaux
tout et rien à la fois




Hier je suis tombée dans les pommes
j'ai réduit le moi en compote
en attendant que la nuit vienne




quand le sinueux du moi
redevenu vers de terre
ne croquera plus
la pomme empoisonnée




Une nuit ou l'autre
on connaîtra
l'état de purée

et on rira jaune

Mr.D & The Fangs - Mélancolie

dimanche 24 septembre 2017

Le froid arrive


Comment le savoir ? En observant ces araignées. Voilà que je surprends encore deux grosses mygales. Brrrr. Heureusement, je ne suis pas arachnophobe. Il fût un temps où la vue de ces petites bêtes me paralysait de peur mais maintenant, je pourrais, tout comme Nam ou Suzanne, les laisser vivre tout simplement. Parfois je les emprisonne dans un bocal en verre, avant de les relâcher dans la nature. Je ne dis pas que leurs longues et fines pattes noires ne me donnent pas quelques frissons mais j'ai, à force de côtoyer ces impressionnantes bestioles, appris à accepter leur présence, et même, dans les champs, à apprécier la beauté de certaines. Je me demande d'ailleurs si je ne préfère pas les arachnides aux furtives scolopendres. Ces mille-pattes me paraissent monstrueuses en comparaison. 
Par contre, j'ai beaucoup de tendresse pour les grillons qui s'égarent quelquefois, à la fin de l'été, vers des intérieurs monotones...



La rengaine du grillon


Quand je me sens aigrie
sur ma peau je griffonne
un air au crayon gris
un brouillon qui fredonne :

grigri du crépuscule
caché sous l’oreiller
il hante mon foyer
le grillon qui stridule

Quand je suis rabougrie
sur ma peau je crayonne
un air de gribouillis
des notes qui frissonnent :

grigri du crépuscule
caché sous l'oreiller
il hante mon foyer
le grillon qui stridule


(écrit autour de 2010/11)


vendredi 22 septembre 2017

Thèse, hypothèse, hyper-thèse, inter-thèse, trans-thèse, etc.

Peut-être un jour écrirais-je un bouquin pour relater l'histoire du comment j'ai raté ma thèse ? Pas une BD comme Thiphaine Rivière (Carnets de thèse), mais, je ne sais pas trop, j'avais pensé à un titre genre ("genre" comme disent les ados, 10 fois par énoncés, ce qui relève de l'ordre du tic de langage, tic acquis par mimétisme hormonal) (il y a aussi le vas-y c'est bon, ou le classique quoiaaa !) : entre mon jardin et ma thèse ?
Leïla Sebbar et Nancy Huston, dans leurs lettres d'exil parisiennes, évoquent le fait d'avoir renoncé au travail d'une thèse. Surtout NH si mes souvenirs sont bons. NH qui a suivi les cours de Roland Barthes, entre autres, a écrit qu'elle avait ressenti le besoin vital de libérer son esprit des influences académiques, dans le but de trouver sa voix à elle. Il est vrai que adulte, ado, ou enfant, on échappe difficilement à l'influence ou imprégnation langagière (culturelle donc) de l'environnement langagier côtoyé. Le langage, ou plutôt les expressions langagières sont contagieuses. On apprend par contagion. On est bien plus souvent habité par des expressions, des mots, des discours, des chansons, etc. (des histoires et des fantasmes aussi), que l'on ne s'approprie une langue. On n'acquiert jamais une langue (comme on acquiert quelque objet matériel). Trop de personnes croivent (le verbe croiver existe de nos jours, il faut le savoir : c'est la vitalité linguistique) encore aujourd'hui qu'une langue, on peut apprendre à la maîtriser. C'est toujours cette idée de l'individu plein, autonome, compétent. En réalité, on ne maîtrise rien du tout et on ne possède point une langue (ou plusieurs langues). Tout ce que l'on peut maîtriser, et cela dépend des personnes, c'est une capacité à se conformer à des lois (des règles) grammaticales (des lois, faut-il le rappeler, de l'élite, celle qui décide du "bien parler" ou du "bon françois") : une forme de capacité de soumission aux normes langagières. Les langues, qui sont plus qu'un système complexe de signes, nous remplissent, nous nourrissent : nous sommes avant tout des corps-parlant possédés, des corps qui croissent avec les mots, qui croivent aussi, à l'occasion, puis qui se racontent des histoires, plein d'histoires : depuis les mythes de la nuit des temps. La réflexion vient progressivement après. Des homo fabulator donc. Elle n'a pas tort N. Huston (in L'espèce fabulatrice).
Le langage, ça donne le vertige de la pensée.
Le truc compliqué, dans l'histoire, c'est pas de lui donner un genre : mais du style, tu vois ? Genre celui ou celle qui écrit pour tenter de trouver sa voix entre les voix qui l'habitent, ou qui habitent son texte (dans le thé(r)orisme littéraire, on parle d'intertextualité).

Saïgon

Saïgon n'est plus ce qu'elle était 
a-t-elle jamais été comme je l'imaginais ?
je l'ai souvent rêvée dans le visage de Nam
Nam n'est plus
et plus personne ne me retient

Là bas

froisser quelques feuilles de menthes vertes entre ses doigts
humer l'arôme qui s'y dépose
faire la même chose avec du basilic pourpre
goûter aussi
le durian a une odeur rebutante. Se pincer le nez pour y remédier.
croquer du gingembre confit, boire du lait de coco frais avec des glaçons.

une douche de moussons

citronnelle et ananas dans la soupe
crevettes et riz blanc

quelques bâtons d'encens que tu brûles
bois de santal
tes prières pour les défunts et les vivants que tu aimes

boire une bière ensemble pendant le repas
à même le sol, près des fourmis noires
la chaleur
je transpire
les pales du ventilateur au plafond tournent
tournent
tournent

allongée pour un voyage
vers ta nuit
si lointaine

Pourtant elle est proche ta nuit
visage amaigri et ridé
fils blancs dans ta chevelure
regard sans force
oubli de vie
oubli de soi, conscience en fuite
le début d'une fin parmi...
les rêves à terre
les deuils d'autrefois
les pertes et les naissances
les naissances et les pertes
les départs des enfants
l'avion qui décolle
une ligne dans le ciel au loin
et la solitude chez toi
et ta nuit qui approche
ta nuit après des nuits
ton obscur ou ta lumière
ta faim rassasiée
ta soif coupée
ma solitude


Nam est morte en 2013. Elle me manque toujours. J'avais dû écrire ce texte en 2011 ou 2012, je ne sais plus. 


 On peut voir Saïgon by night chez Colette : ici

On peut également se plonger dans la guerre d'Indochine en ce moment sur ARTE +7 :
Une semaine consacrée à la guerre du Vietnam sur France culture : ici
en musique aussi

Reprendre le mouvement

C'était chouette la reprise du tai chi hier soir. Après une pause d'une année, je pensais avoir oublié mais la mémoire du corps est étonnante. Les mouvements reviennent assez vite semble-t-il. La mémoire ne serait donc pas que dans la tête. Sans doute, est-ce toujours un corps entier qui mémorise. Tandis que les souvenirs se terrent dans les replis nocturnes du corps.
Il a été bien agréable de quitter la sphère cérébrale pour faire corps avec soi-même, avec le flux de soi.


Un 10 août déclinant


Le mendiant
il a ciel et terre
comme habits d'été

Kikaku


jeudi 21 septembre 2017

Depuis le Dedans et le Dehors

« Écrire est toujours d’abord une manière de ne pas arriver à faire son deuil de la mort. Et je dis : il faut avoir été aimée par la mort, pour naître et passer à l’écriture. La condition à laquelle commencer à écrire devient nécessaire - (et) - possible : tout perdre, avoir une fois tout perdu. »

 H. Cixous, « La venue à l’écriture », p. 44, in La venue à l’écriture, par H. Cixous, M. Gagnon, A. Leclerc, Collection 10/18, série « Féminin futur »

La mort m'a arrêtée dans la lecture d'Hélène Cixous. 
Je n'avais plus le goût de rien, plus rien. 
Moins que rien. 
Le printemps et l'été étaient sans saveur. Beurk. 
Mais voilà venir l'automne et depuis le Dedans qui est plein de dehors (HC), je reprends le fil de l'histoire suspendue. Son père est mort, et presque tout a commencé. 

Hier je lis avec elle. Aujourd'hui j'écris avec elle. Demain je vis et meurs avec elle. Pour un temps indéfini. Un temps qu'on ne calcule pas. Il ne faut jamais calculer le temps. 





« Et moi j'ai reçu tout le soleil dans les eaux noires de mon coeur, mais je n'ai pas retenu le soleil. »

 H. Cixous, Dedans, (1969) Des Femmes, 1986, p. 141. 

 

lundi 18 septembre 2017

De la folie

...Je ne sais comment je survis
Eh bien oui telle est ma folie...

B. Fontaine



Parmi les textes de la très grande Brigitte Fontaine, celui ci est de ceux que je préfère. Elle sait évoquer sa folie avec une rare lucidité, force, poésie et beauté. Noirceur, désespoir, sensibilité et dérision aussi.
C'est une chanson qui résonne avec mes tripes. Je l'écoute souvent car elle fait partie de ma playlist de chansons pas très gaies. Je l'ai aussi beaucoup écoutée quand mam est morte, parmi d'autres.
Quand certains cultivent quelque grain de folie - cette folie qu'on ne mesure qu'à l'aune de la normalité, et vice versa, dans un cadre socio-culturel donné - une fantaisie, une excentricité, en en faisant leur petite marque de fabrique, d'autres, pendant ce temps, vivent réellement une folie, une folie toujours unique, toujours singulière. D'autres éprouvent douloureusement ce qu'on appelle folie : une étiquette, un marquage sur la peau, ou cette indéfinissable perdition de soi qui meurtrit tout autant le corps que l'âme.
Je ne sais ce qu'est la folie. Ce que je crois, car ce ne pourrait être qu'une croyance après tout, c'est que folie et normalité sont en chacun - deux mots qui se touchent bord à bord. Il n'y a pas de frontière et l'un peut prendre le visage de l'autre, tour à tour, et du jour au lendemain, lorsque le corps s'emballe, lorsque le langage et ce qu'il charrie prend totalement possession d'un corps à sa merci : comme un torrent de signes fous, qui emporte tout.
Je me souviens bien de cette poussée de folie qui avait noyé cette femme, cette pauvre femme en exil, en errance. Je me souviens bien de cette douleur violente au milieu de l'estomac, comme un coup de hache. Je me souviens toujours du regard de cette femme qui m'était à la fois si familière et si étrangère. Il est ainsi des histoires qui hantent jusqu'à la fin, on ne peut s'en défaire : seulement en atténuer la peine parfois, avec le temps.


Mother's pain - Emilie Simon

Le trou du loup

L'homme est-il un loup pour l'homme ?

quelque part dans un village perché




un témoin gênant, peut-être


dimanche 17 septembre 2017

Tendance intérieure

C'est vrai, je suis d'une humeur maussade en ce début d'automne. C'est que la date de mon anniversaire approche et je prends un coup de vieux. C'est douloureux. Plus je vieillis et plus je suis nostalgique. C'en est ainsi. Et la musique que j'aime écouter exacerbe ce sentiment. Mais c'est une douce compagnie. Le passé est toujours des plus présent. 
Avec les années, on finit par comprendre : les bleus au cœur sont des piqûres d'humilité.






On m'a souvent causé des bleus
Des indigos et des azurs
Et des outremers hors les murs
J'ai souvent rêvé de ces bleus

Il est partout le bleu des cieux
Reflet des eaux ou dans les mots
Habit de fleurs ou sur les peaux
Il est parfois le bleu des yeux

Le roi des couleurs, c'est le bleu
Le bleu des rêves, des amours
Le bleu des nuits, le bleu des jours
Le sang d'encre des amoureux

On m'a souvent causé des bleus
Des hématomes, des coquards
Des bleus au cœur, des bleus hagards
Ce n'est pas toujours beau le bleu

(vieux truc écrit en 2011 ou 2012)
 

samedi 16 septembre 2017

Chanson d'automne


Je ne sais que trop
combien je m'ennuie
en ma compagnie

mes alter échos
de nuit et de gris
de mélancolie

empreintent mes mots
usent mes écrits
je suis d'un ennui

à mourir de rire

Pendant ce temps



en prenant les jambes à son cou
en mettant la corde à son cou
en évitant le regard
en fermant les yeux
en ayant l'air à l'ouest ou à l'est ou pressé
en consommant quelques drogues douces ou dures
livrées avec ordonnance ou chez l'épicier du coin
en se noyant dans un verre
en usant de quelques paroles de courtoisie ou l'inverse
en se murant dans le silence
en s'envoyant en l'air
en sautant d'un pont
en se cachant dans un jardin secret
en fermant la porte extérieure ou intérieure
en se goinfrant de n'importe quoi
en voiture, en train, en avion,
en développant une névrose, une psychose, ou les deux ou plus
en hallucinant grave
en délirant sérieux
en insomniant ou en s'endormant
dans les bras de minuit ou les bras de Morphée
en lisant, en écrivant
en musique
en usant de stratagèmes
ou sans le faire exprès
en disparaissant

On peut fuir de multiples façons
la liste n'est pas exhaustive


vendredi 15 septembre 2017

A nos absents

J'ai beaucoup de mal à m'activer. Je fais par intermittence. Entre-temps, je laisse la pensée aller. Je fume aussi. Je fume beaucoup moins que durant les quelques mois qui ont suivi la mort de JF mais je fume sans pouvoir y mettre un terme. Je n'arrive pas à tenir les bonnes résolutions. J'ai hésité entre dormir et m'inscrire. Les formalités administratives m'insupportent. J'attends toujours la dernière minute. Finalement, j'ai décidé de m'inscrire. Pour me connecter sur le réseau des doctorants, il faut un mot de passe. Je l'avais encore oublié. Ce doit être ce qu'on appelle un acte manqué. J'en recrée un nouveau. Je peine à remplir quelques lignes. Ma pensée est déjà ailleurs. 
Je repense alors au jeune frère de L. Il s'était pendu dans les bois. Son suicide avait précédé de quelques mois le suicide déguisé de JF.  Je lève les yeux. Une photo de JF est posée sur l'étagère du bureau. C'est une photo qui date de 2011, à une époque où il paraissait encore bien dans sa peau. Tout peut si vite basculer. Le jeune frère de L. ne s'est pas remis d'une déception sentimentale, ni du décès de son père survenu quelques temps auparavant. Je me souviens quand L. m'annonça la nouvelle au téléphone. Lorsque j'ai appris le décès de JF, j'allais chez L. C'était un début d'après-midi. Je me suis arrêtée le temps de boire un grand verre de whisky. Il fallait digérer le truc. On s'est dit, ce jour là : mais dans quel putain de monde on vit, merde ! Les gros mots, ça fait du bien parfois. 
De retour chez moi, je rassemblais quelques affaires avant de repartir aussitôt. J'ai pris la route, le cœur lourd, à la rencontre de son fantôme. Il était impossible de prendre la fuite.

jeudi 14 septembre 2017

Tsé-Tsé quoi ?

La puissance des mouches : elles gagnent des batailles, empêchent notre âme d’agir, mangent notre corps.
Pascal
 
 TséTsé, in Fleur de métal.

Jad Wio et Pascal, association incongrue ? L'idée me trottait dans la tête. Et pourquoi pas ?
Ci-dessus c'est Jad Wio dans les années 90. Je n'accroche pas avec tous ses titres mais certains sont vraiment excellents. Jad Wio est tout un univers poétique, burlesque, fantaisiste et subversif à lui tout seul, et aussi avec sa bande. 
On se souvient d'Ophélie...

 in Contact.


Il sait aussi broyer du noir de manière très élégante.

 Maldonne, in Monstre-toi.
  
Aujourd'hui, il renaît sous le pseudo de Mr. D. 
Et nous promet un univers toujours aussi singulier. Avec charisme et talent.


Ogre doux


Avec Miss L (Lizzie Saint Septembre) : magnifique et glauque.

 Incident on Boogie street

 Pour tout savoir sur sa nouvelle métamorphose :  clic ici

Et puis, quand rien ne va plus, ça me parle.




Et puis 


mercredi 13 septembre 2017

A part ça


C'est l'automne, car à l'automne, à chaque changement de temps, chaque année, elles apparaissent. Elles entrent se mettre au chaud je présume. Cela fait 3 ou 4 jours que cette araignée est là, et elle effraye les petites filles. 


Pendant ce temps, quoi qu'on en dise et quoi qu'on en pense, les chatons sont toujours aussi fainéants.



 Heureusement, la beauté existe en ce monde. Et aussi les pâtidoux.




Siouxsie ma nostalgie



Pour fêter mon premier article "scientifique" (rien ne va plus), quoi de mieux qu'une petite musique sympathique !
Ma vieille camarade de comptoir m'a promis d'écrire plein de commentaires élogieux une fois qu'il sera publié, et même de se faire passer pour un chercheur de Colombie Orientale me proposant une embauche sur le champ dans son laboratoire de sciences hyper humaines. J'aime le soutien de mon amie, ça fait chaud au coeur.
Mais pour cela, faudra attendre encore un peu... D'abord que je l'envoie. Il me reste à peu près une nuit et un jour 1/2 dernier délai. Pour une fois que je ferais demain ce que j'aurais pu faire le surlendemain (c'est Oscar Wilde qui le préconisait).



mardi 12 septembre 2017

Où l'on cultive son jardin

Le jardin persan est quelque peu oublié. Il n'est ni faussement sauvage comme l'anglais, ni domestiqué et, si j'ose dire, exhibitionniste, comme le français ; bien au contraire : il est fait pour se dissimuler. Jamais on n'en entrevoit la profondeur d'un regard. [...] Le jardin est fondamentalement miroir de l'âme.
...
Un jardin en dit plus long que mille livres de philosophie...
...
Je finis par comprendre que le jardin persan était en quelque sorte le jardin d'Autistan : celui des gens qui ne se retrouvent ni dans le jardin français, ni dans le jardin anglais. Celui des jardiniers de la marge, en quelque sorte.

Josef Schovanec, Voyages en Autistan, Chroniques des "Carnets du monde", Plon, 2016.


lundi 11 septembre 2017

Sa majesté les fleurs

Ma vie durant, je ne me suis incliné que devant des fleurs de prunier. 

Cao Ba Quat (1809-1853)


vendredi 8 septembre 2017

Pause neuronale

Pourquoi se faire autant de mal ? L'écriture qui se veut théorique, académique, synthétique, analytique, réflexive, etc., est une véritable torture mentale. Pourtant, c'est une torture jouissive. 
Les intellectuels sont des sado-masochistes. Non ? 
A quand la fin du théorisme ?
A quand la divagation éternelle ?


D'après des articles circulant sur le net, les chats seraient des psychopathes rêvant d'assassiner les humains qui partagent leur existence...

dimanche 27 août 2017

A l'heure du médoc

L'autre soir, je rencontrais une dame très âgée, la quatre-vingtaine sans doute, bien maquillée, bien coiffée, propre sur elle, un chemisier orange vif, une montre et une canne, plutôt bourgeoise, un peu chiante, mais relativement sympathique quand même. Elle s'était assise à côté de ma table, à la terrasse d'un resto-glacier, et très vite et souriante, elle engagea la conversation. Je reviens juste du sud, de Toulon. Je n'ai plus de famille. J'ai des amis. Je suis venue m'installer par ici pour être près de ma maman. Ah, ma maman ! Je partage cette maison de famille, un héritage, avec ma cousine. Mes enfants sont ailleurs, dispersés. Mon mari est mort d'un accident. J'ai vécu deux deuils consécutifs et c'est à ce moment là que je me suis tassée de treize centimètres. Mademoiselle, vous pouvez nettoyer la table, avec ce vent, la poussière vole. Un demi s'il vous plait, et le plat du jour. Ah il n'y en a plus ? Alors une assiette de ravioles. Je n'aime pas le boeuf, il y en a beaucoup sur la carte. Et bla bla, et bla bla.
C'est l'heure de mon médoc, je me soigne.

Je me disais que peut-être un jour, je deviendrai comme elle...
Alors moi aussi, je prends mon Médoc...

Des fois, il est d'étranges synchronicités.

samedi 26 août 2017

En allant

livrer quelques douceurs de terre au magasin de producteurs du coin, j'écoutais les infos et un chasseur qui vit du côté de la Loire, inquiet comme d'autres de la préoccupante prolifération d'algues toxiques dans les lacs et étangs de la région - algues responsables de la mort de plusieurs canidés - déclarait : "Un chasseur sans son chien, c'est comme un pêcheur sans sa canne à pêche !"...
Voilà, cette phrase est tout de même incroyable.
Ce qui fait penser que les chasseurs sont de retour dans pas longtemps, avec leur meute de chiens et leurs fusils. Ils arrivent avec l'automne, quand les cyclamens fleurissent, quand les châtaignes tombent entre le lierre et la fougère, quand la brume réveille les matins, quand les rosés des prés ou les mousserons pointent leurs chapeaux, en ronds de sorcière, quand les mûres se seront taries, quand les nuits s'étendront sur les jours... Il sera temps alors d'être vigilent durant les promenades. Les balles sifflent pas loin des oreilles parfois, et peu importe si le brouillard occulte la vision. Rien n'arrête un chasseur.
J'ai hâte d'être à l'automne, mais je n'ai pas hâte à la fois. Bientôt le rythme sera soutenu. Se remettre au labeur. Un article à renvoyer avant le 15 et je sens approcher la période critique. Je suis en retard.
Je n'ai pas hâte de courir. Je suis déjà fatiguée des vacances. Je voudrais un prolongement...
C'était intéressant cette visite du château d'Adhémar, où le Pop Art se mêlait à l'histoire d'un lieu qui fut tour à tour palais seigneuriaux des Adhémar, château fort, prison et jardins entretenus par le voisinage...










  Les œuvres sont de F. Bouffandeau, N. Saint Grégoire et de R. Orlinski...

samedi 19 août 2017

De la poésie

On a écrit beaucoup de choses sur la poésie. Depuis Platon, Aristote, etc., etc., les poètes eux-même ont pensé le poème, l'écriture poétique, son rôle, son utilité ou son inutilité, etc., etc.
Freud a même dit que partout où il est allé, un poète était allé avant lui. Comme quoi, les poètes et autres romanciers possèderaient une connaissance subtile de la psyché, du moi, du monde, de l'existence, etc. etc.
Bref ! Je n'ai guère envie de théoriser sur la poésie, gardant la théorie pour une thèse fantomatique qui s'écrira peut-être un jour ou une nuit, quand le désir s'en fera sentir, dans toutes ses contradictions folles, floues et ambiguës. Il faut certes ne pas trop savoir ce que l'on fait pour s'engager dans une telle "entreprise"...
Dernièrement, j'ai tenté d'écouter Michel Onfray et son discours sur la poésie. Je n'ai pas réussi à l'écouter jusqu'au bout. M. O. me faisait l'effet d'être une personne qui manque assurément de poésie. 
1 heure pour tergiverser autour de l'expérience poétique du monde.
Alors que c'est si simple, et que ça n'a besoin d'aucune définition. 

Le poème s'éprouve, ou se boit. 

« Après le vin, la parole vraie. » dit une maxime chinoise.

mercredi 16 août 2017

Quand vient la fin

A la cérémonie d'adieu à M., le jeune prête a prodigué quelques leçons de morale au public. Il avait usé d'un langage "moderne", avec quelques expressions passe-partout du style "c'est profond", "c'est puissant". Sans doute voulait-il que son langage paraisse "in", que son langage "parle" aux gens d'aujourd'hui... Cela faisait un drôle d'effet. L'église veut-elle s'adapter au monde actuel ? Cela dit, si je ne me suis pas endormie en écoutant son sermon, c'est parce que je fus interpellée par une phrase : "La beauté sauvera le monde disait un écrivain russe"...
Dommage que l'auteur n'ait été cité. 
On dirait que ce jeune prêtre très dynamique avait pris des cours de communication, mais en utilisant superficiellement cette citation de Dostoïevski, se doutait-il qu'il faisait là référence à un auteur qui eût à cœur de mettre en scène le meurtre du père ?

 Des fois, on se pose des questions...

samedi 12 août 2017

Derrière les grilles

C'est presque toujours le même chemin emprunté, la même promenade à quelques voies près. Mais jamais flâneries ne se ressemblent. Elles changent au gré des jours et des saisons. Il est toujours de nouvelles couleurs, de nouvelles merveilles à rencontrer, même le long d'un grillage. 
Hier, celui-ci était bordé de mauvaises herbes estivales. 
Le lendemain, on avait passé la débroussailleuse. 
Heureusement, quelques images permettent de conserver le souvenir et l'éphémère.

Une luzerne esseulée

 Menthe sauvage en fleurs

 Nuages qui hantent les champs moissonnés


 Une bryone (ou navet du diable) qui s’accommode fort bien d'un grillage...