dimanche 27 août 2017

A l'heure du médoc

L'autre soir, je rencontrais une dame très âgée, la quatre-vingtaine sans doute, bien maquillée, bien coiffée, propre sur elle, un chemisier orange vif, une montre et une canne, plutôt bourgeoise, un peu chiante, mais relativement sympathique quand même. Elle s'était assise à côté de ma table, à la terrasse d'un resto-glacier, et très vite et souriante, elle engagea la conversation. Je reviens juste du sud, de Toulon. Je n'ai plus de famille. J'ai des amis. Je suis venue m'installer par ici pour être près de ma maman. Ah, ma maman ! Je partage cette maison de famille, un héritage, avec ma cousine. Mes enfants sont ailleurs, dispersés. Mon mari est mort d'un accident. J'ai vécu deux deuils consécutifs et c'est à ce moment là que je me suis tassée de treize centimètres. Mademoiselle, vous pouvez nettoyer la table, avec ce vent, la poussière vole. Un demi s'il vous plait, et le plat du jour. Ah il n'y en a plus ? Alors une assiette de ravioles. Je n'aime pas le boeuf, il y en a beaucoup sur la carte. Et bla bla, et bla bla.
C'est l'heure de mon médoc, je me soigne.

Je me disais que peut-être un jour, je deviendrai comme elle...
Alors moi aussi, je prends mon Médoc...

Des fois, il est d'étranges synchronicités.

samedi 26 août 2017

En allant

livrer quelques douceurs de terre au magasin de producteurs du coin, j'écoutais les infos et un chasseur qui vit du côté de la Loire, inquiet comme d'autres de la préoccupante prolifération d'algues toxiques dans les lacs et étangs de la région - algues responsables de la mort de plusieurs canidés - déclarait : "Un chasseur sans son chien, c'est comme un pêcheur sans sa canne à pêche !"...
Voilà, cette phrase est tout de même incroyable.
Ce qui fait penser que les chasseurs sont de retour dans pas longtemps, avec leur meute de chiens et leurs fusils. Ils arrivent avec l'automne, quand les cyclamens fleurissent, quand les châtaignes tombent entre le lierre et la fougère, quand la brume réveille les matins, quand les rosés des prés ou les mousserons pointent leurs chapeaux, en ronds de sorcière, quand les mûres se seront taries, quand les nuits s'étendront sur les jours... Il sera temps alors d'être vigilent durant les promenades. Les balles sifflent pas loin des oreilles parfois, et peu importe si le brouillard occulte la vision. Rien n'arrête un chasseur.
J'ai hâte d'être à l'automne, mais je n'ai pas hâte à la fois. Bientôt le rythme sera soutenu. Se remettre au labeur. Un article à renvoyer avant le 15 et je sens approcher la période critique. Je suis en retard.
Je n'ai pas hâte de courir. Je suis déjà fatiguée des vacances. Je voudrais un prolongement...
C'était intéressant cette visite du château d'Adhémar, où le Pop Art se mêlait à l'histoire d'un lieu qui fut tour à tour palais seigneuriaux des Adhémar, château fort, prison et jardins entretenus par le voisinage...










  Les œuvres sont de F. Bouffandeau, N. Saint Grégoire et de R. Orlinski...

samedi 19 août 2017

De la poésie

On a écrit beaucoup de choses sur la poésie. Depuis Platon, Aristote, etc., etc., les poètes eux-même ont pensé le poème, l'écriture poétique, son rôle, son utilité ou son inutilité, etc., etc.
Freud a même dit que partout où il est allé, un poète était allé avant lui. Comme quoi, les poètes et autres romanciers possèderaient une connaissance subtile de la psyché, du moi, du monde, de l'existence, etc. etc.
Bref ! Je n'ai guère envie de théoriser sur la poésie, gardant la théorie pour une thèse fantomatique qui s'écrira peut-être un jour ou une nuit, quand le désir s'en fera sentir, dans toutes ses contradictions folles, floues et ambiguës. Il faut certes ne pas trop savoir ce que l'on fait pour s'engager dans une telle "entreprise"...
Dernièrement, j'ai tenté d'écouter Michel Onfray et son discours sur la poésie. Je n'ai pas réussi à l'écouter jusqu'au bout. M. O. me faisait l'effet d'être une personne qui manque assurément de poésie. 
1 heure pour tergiverser autour de l'expérience poétique du monde.
Alors que c'est si simple, et que ça n'a besoin d'aucune définition. 

Le poème s'éprouve, ou se boit. 

« Après le vin, la parole vraie. » dit une maxime chinoise.

mercredi 16 août 2017

Quand vient la fin

A la cérémonie d'adieu à M., le jeune prête a prodigué quelques leçons de morale au public. Il avait usé d'un langage "moderne", avec quelques expressions passe-partout du style "c'est profond", "c'est puissant". Sans doute voulait-il que son langage paraisse "in", que son langage "parle" aux gens d'aujourd'hui... Cela faisait un drôle d'effet. L'église veut-elle s'adapter au monde actuel ? Cela dit, si je ne me suis pas endormie en écoutant son sermon, c'est parce que je fus interpellée par une phrase : "La beauté sauvera le monde disait un écrivain russe"...
Dommage que l'auteur n'ait été cité. 
On dirait que ce jeune prêtre très dynamique avait pris des cours de communication, mais en utilisant superficiellement cette citation de Dostoïevski, se doutait-il qu'il faisait là référence à un auteur qui eût à cœur de mettre en scène le meurtre du père ?

 Des fois, on se pose des questions...

samedi 12 août 2017

Derrière les grilles

C'est presque toujours le même chemin emprunté, la même promenade à quelques voies près. Mais jamais flâneries ne se ressemblent. Elles changent au gré des jours et des saisons. Il est toujours de nouvelles couleurs, de nouvelles merveilles à rencontrer, même le long d'un grillage. 
Hier, celui-ci était bordé de mauvaises herbes estivales. 
Le lendemain, on avait passé la débroussailleuse. 
Heureusement, quelques images permettent de conserver le souvenir et l'éphémère.

Une luzerne esseulée

 Menthe sauvage en fleurs

 Nuages qui hantent les champs moissonnés


 Une bryone (ou navet du diable) qui s’accommode fort bien d'un grillage...

vendredi 11 août 2017

Matin aigre

Bientôt 20 ans que nous avions fait le choix d'aller là-bas vivre, à la campagne, loin des cités. Une vieille ferme, une vieille maison à restaurer, des bouts de terres en friche et le rêve d'une vie de paysans, cultivateurs cueilleurs, indépendants, dans les marges.
On en a vu passer après : des stagiaires ou autres visiteurs (du dimanche quelquefois), des jeunes et des moins jeunes, des couples et des célibataires, des utopistes ou des arrivistes, des écolos-bobos ou des pseudo-anarchistes, des qui sont érudits, des qui vous donnent des leçons de "culture", des modestes et des prétentieux, des plus ou moins spirituels, des amoureux de la Nature, des alcoolos "en réinsertion sociale", des "en situation de handicap" aussi, comme ce jeune que nous avions employé un temps, et dont l'unique handicap était d'être trop lent dans une société où il faut être performant (donc rapide...) ; bref ! Des individus en tout genre qui rêvaient d'un retour à la terre, d'une "qualité" de vie, d'un "développement durable", d'une agriculture dite "bio", agriculture biologique ou biodynamique (nuance), permaculture ou planches semi-permanentes, agroforesterie, rotation des cultures, biodiversité, engrais verts, ferme de "taille humaine", vente directe, commerce local, respect de l'environnement, solidarité, alliance "producteur-consommacteur", paniers bio, etc. On commence à connaître le vocabulaire du milieu, maintenant que ça fait quelques baux qu'on le vit. On a même l'impression d'en avoir fait x fois le tour... 
C'est tout un courant, une vague, faite de récup et de recyclage, de gestionnaires et de bons sentiments, quand ce ne sont des injonctions pleines de moralisme et de vérités. Une communauté finalement, aux frontières limitées, et pas toujours poreuses, tout comme en d'autres lieux. Toujours la même tragi-comédie des appartenances et des identités, aussi.
Mais derrière les beaux mots, derrière l'épaisse couche des beaux discours mâtinés de références éco-politiques à la conf', par ex, derrière les masques, on rencontre peu d'humains finalement.
Humain : si l'on veut encore accorder à ce mot une signification positive.



Et pourtant, on le sait, la monoculture intensive est un désastre. Tout comme la monolangue. Et l'ambroisie pullule.


mercredi 9 août 2017

Minuit


dans le jardin automnal


 
Le chat dans le jardin ne guette les souris,
Ce pacha est charmeur, à sa vue on sourit...

Félin chouchou frimousse,
Ô le bel insoumis !
Jamais il ne frémit,
Chaton n'a point de frousse !

Clochard heureux dans son château,
Richard au cœur de chardon chaud !

Paressant sur les mousses,
Petit lion sans chichi,
Œil de lynx avachi,
Le Temps est à ses trousses...

Ce doux dragon est roi d'un chaleureux taudis,
Tendre fripon sans loi d'un nocturne pays...