vendredi 14 février 2020

Du bon usage de la lenteur



" Flâner : prendre son temps, se laisser guider par nos pas, par un paysage.
Écouter : se mettre à la disposition d'une autre parole à laquelle nous accordons crédit.
L'ennui : non point l'amour de rien mais l'acceptation et le goût de ce qui se répète jusqu'à l'insignifiance.
Rêver : installer en nous une conscience crépusculaire mais alerte, sensible.
Attendre : afin d'ouvrir l'horizon le plus vaste, le plus dégagé possible.
La Province intérieure : la part fanée de notre être, une figuration de l'anachronique.
Écrire : pour qu'advienne peu à peu en nous la vérité.
Le vin : école de sagesse.
Moderato cantabile : la mesure plus que la modération. "



Et du bon usage de l'hiverintérieur


vendredi 10 janvier 2020

Une Histoire érotique

Jung entretient une relation sado-masochiste avec une de ses patientes tandis que sa femme l'attend assez sagement à la maison. Virginia Woolf écrit une lettre ultime, une lettre d'amour et d'adieu très émouvante à son mari, avec lequel elle n'a jamais eu de relations sexuelles. Lou Andreas Salomé accepte de se marier après menace de suicide de son prétendant, mais à la condition que le mariage ne soit jamais consommé. Par contre, Lou vit une passion charnelle avec le jeune Rilke. Anaïs Nin éprouve un plaisir intense lorsqu'elle couche avec son père. Marie Bonaparte ne pense qu'à une chose : comment ne plus être frigide.

Plein de détails croustillants émaillent la passionnante Histoire érotique de la psychanalyse de Sarah Chiche.
Mais ce que ces histoires sensibles, crues, tragiques ou follement passionnées racontent, c'est que les relations amoureuses et sexuelles des humains sont souvent hors normes (sociales et culturelles), en fin de compte, et que l'amour-haine entre les êtres peut se rencontrer sous des formes très diverses. 
Difficile alors, parfois, de trancher et de juger de ce qui est bien ou mal dans les comportements sexuels ou amoureux, tant souvent, on remarquera leur ambivalence : le bien et le mal étant obscurément mêlés. 

 

Sur ce, après avoir dîné en compagnie du Marquis de Sade,



 soyons philosophes : buvons un bon verre de Vin de Merde.

mercredi 4 décembre 2019

Les brumes automnales




Je n'ai pas vu passer l'automne
L'automne a fui dans un soupir
Un soupir comme la brume
La brume d'un souffle automnal



J'ai toujours eu ce désarroi d'être en vie, dit Sarah Chiche. Ce pourrait être une parole automnale.
La mélancolie de Sarah Chiche est une ombre qui l'a recouverte et l'a déposée dans un berceau de ténèbres, dit-elle aussi.

mercredi 23 octobre 2019

Lettres d'amour

C'est étrange, parfois, comme un seul mot suffit
Pour éveiller en elle l'amoureuse éphémère
Un mot doux, un mot tendre, et la magie opère
Désir et sentiments sur la peau qui frémit

La routine est cruelle : amertume et ennui
Sont le lot quotidien d'une vie trop austère
Elle éprouve la lettre et souvent la préfère
A la réalité : un mot qui la séduit

L'alphabet est le lit où dorment les fantasmes
Un rêve de passion linguistique en secret
Voyelles enlacées, consonnes qui s'embrasent

Désir épistolaire et amour à la ligne
Fidèle à ses pensées, infidèle au concret
Amante de l'idée, elle guettera le signe


(poésie d'un 19/09/2010, retouchée un peu aujourd'hui, avec un ciel bleu)




jeudi 10 octobre 2019

Tous les chemins mènent au lac


Au bord des eaux troubles

Tout près des eaux dormantes

Là où les graminées aquatiques




Ondulent dans le vent

Comme des vagues imperceptibles

- comme des rondelles d'oignons -



Une rencontre cinématographique



un souvenir liquide
une empreinte dans l'air
une trace d'eau douce







Des images d'ô











Le long de l'Herbasse

Toutes les rivières mènent au Lac...














Et aux mots d'ô





... qui sait bien des histoires.

La vie réserve bien des surprises.


lundi 9 septembre 2019

La Noctuelle et l'Ortie

J'ai vu l'amour de papa pour maman, ça me suffit.
J'ai vu l'amour imparfait, l'amour qui fait fi de sa définition (c'est quoi l'amour ? Tu sais, c'est compliqué), l'amour qui fait mal, qui étouffe parfois, l'amour tyran, l'amour possessif, l'amour indifférent, l'amour narcissique, l'amour égoïste, l'amour intolérant, l'amour amourette, l'amour sans amour, l'amour platonique, l'amour vieillissant, l'amour qui se délite, l'amour ravivé, l'amour amitié, l'amour en deuil, l'amour pour toujours, j'ai vu tant d'amour.
J'ai même vu l'amour entre la Noctuelle et l'Ortie

printemps ou été 2010

Sous les piquants de l'ortie
Se cache un cœur d'artichaut
Une vraie supercherie
Qui peut te brûler la peau

Je sais le mal de l'ortie
Je connais le subterfuge
Car mon jardin aux orties
Est mon unique refuge

Tu étais l'ortie royale
Qui fleurissait mes décombres
Mon amoureux rudéral
Mon dynamiseur de l'ombre

Moi j'étais la noctuelle
Outiée, piquée par tes feuilles
Je me suis faite la belle
Depuis que je suis en deuil

De toi. 

(écrit en 2009 ou 2010)
*Notes: La noctuelle, ici la plusie, est une espèce de petit papillon qui se reproduit exclusivement dans les champs d'orties. La chenille se nourrit des feuilles de la plante.
Le mal de l'ortie: (expression) une crise d'urticaire.
Le jardin aux orties (expression) désigne un cimetière.
Outier (ancien français) signifie piquer, flageller avec des orties.



vendredi 6 septembre 2019

L'adieu au village et tout et tout

Sur le divan de la salle des entretiens avec ma psychanalyste, nous en étions venues à la conclusion que j'avais fait de grandes "avancées significatives" depuis une année (je suis une patiente idéale, paraît-il, aussi nous nous entendons très bien...) et surtout, j'avais pris la deuxième meilleure décision qui soit, celle de stopper net ce projet harassant et insensé d'écrire une thèse, n'en déplaise à mon directeur. Quelle liberté retrouvée ! Quelle légèreté ! Je vais pouvoir jouir de mon temps perdu - retrouvé, pour flâner en terres d'écriture et de lecture : et rêvasser le plus souvent possible.
Mais la première meilleure décision fût de quitter ma vie antérieure, du temps où j'étais paysanne, et tout ce qui allait avec. 

Juillet 2017

En ce temps là, j'avais noté sur le frigo de ma vieille cuisine, dans cette grande maison de pierres où je vécus presque vingt ans, cette phrase de Ridan (le chanteur) : "Et si le blé m'file du bonheur, je m'ferais peut-être agriculteur."
Mais c'était refuser de voir l'orage qui planait sur les champs de blé. 
Aussi idéal fût-il, notre projet de retour à la terre était bancal et voué à l'échec dès les commencements. C'est que, trop souvent, les histoires d'amour finissent mal.

juillet 2017

Si je pars, je quitte ; et je quitte donc le bel endormi. Le livre se termine, une autre histoire s'écrit.

Mirage d'un hiver passé

Il aura donc fallu que vingt années s'écoulent, tout de même, pour que je renoue avec mes premières amours, ma vie de bohème.
A présent, au septième ciel de ma tour de Montaigne, je peux relire Ma bohème, ce poème qui a laissé une empreinte rêveuse en mon âme et mon corps, dans mes plus jeunes années de collégienne. Je peux aussi espérer avoir pris la troisième meilleure décision de mon existence : celle, entre autre, de répondre à une invitation au voyage.

Vers les forêts anciennes, et ailleurs.


"Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté."

mardi 3 septembre 2019

Je vois tout en noir mais j'aime aussi


la caresse grisante d'un vieux soleil couchant


la danse en douceur de la blanche et folle avoine


Et le gris d'un beau ciel brouillé assorti à mon ombre à paupières.

samedi 27 juillet 2019

Pendant que les champs brûlent



Grâce à France Culture et à sa sympathique série musicale de l'été, consacrée à l'Amour, j'ai redécouvert le joli titre sensuel et brûlant de ce groupe des années 80, Niagara. Un titre qui fait écho à la brûlure caniculaire de l'été, par ici. 
Et pendant que je m'évadais musicalement dans le verdoyant Pays des lacs et petite montagne du Jura, et que je rêvassais tranquillement et mélancoliquement depuis mon vide existentiel (mais tout à fait "serein", selon ma psy), extrêmement déprimée à l'idée du retour obligé, je recevais un courrier du grand Pôle emploi m'avertissant d'un trop perçu et exigeant le remboursement dans le mois qui suit. 


Madame (ma conseillère),

Je viens de recevoir une notification de trop perçu et une dette donc à rembourser. J'aimerais bien qu'à l'avenir les services de Pôle emploi évitent de se tromper dans les versements de l'allocation d'aide au retour à l'emploi car devoir rembourser une somme non négligeable 3 mois plus tard n'est pas vraiment du goût de mon budget financier (et ce n'est pas la première fois que je me retrouve dans l'obligation de rembourser une dette !)
De plus, les explications restent très floues à mon goût. On se demande comment les calculs ont été effectués.
En tout cas, je vous remercie de transmettre cette réclamation au directeur de l'agence car ce n'est pas la première fois que je suis confrontée à l'incompétence des services pôle emploi.
Si seulement, je n'avais que ça à penser. Imaginez-vous les personnes en difficultés, en situation de précarité devoir encore dépenser du temps et de l'énergie pour simplement demander un effacement de la dette ou un échelonnement ? Devoir encore justifier leur demande alors que l'erreur ne vient pas d'elles ?
La moindre des choses, c'est que le directeur présente ses excuses pour ce désagrément.

Cordialement,


La dame m'appela le lendemain pour me dire que c'était de la faute des logiciels : ils ne comprennent pas les incohérences qui surviennent régulièrement dans mon dossier. Incohérences. Heureusement, je suis un cas à part, ajoute-t-elle. 
Puis elle m'annonça qu'après avoir procéder à une mise à jour de mon dossier, j'allais bénéficier d'un rappel (ce que l'institution me doit) de plusieurs mois.

Petit incident au retour de ma vacance de l'âme.

Mais suffisamment lassant.

Puis survint le mail de mon directeur de thèse qui me dit qu'il faut absolument qu'on se voit car il n'a pas le sentiment que j'ai avancé significativement ces dernières années. 
Je lui ai répondu, entre autres, que je ne savais pas ce que signifiait "avancer significativement". 

J'abandonne, je m'abandonne au Temps. Je suis sur le déclin, Monsieur. 
Laissez-moi vivre et mourir. Je préfère rester bohémienne.

Donc, j'ai décidé de m'octroyer du bon temps. Sans regret. 
Mourir à la tâche ? J'irais plutôt boire du vin, au bord des eaux troubles.

mercredi 26 juin 2019

Rêveries musicales



J'en suis toujours à courir après le temps : cette maladie du siècle. C'est ainsi que je passe beaucoup de temps à ne rien faire, dès que possible. A rien faire, c'est à dire à flâner dans les livres, à dormir, à paresser et à me livrer à quelques rêveries notamment musicales. Je passe ainsi des heures immobiles, à contempler le déclin du jour par exemple. Et hier soir, je sombrais, de nouveau, dans les chansons si poétiques, si sensibles, si intelligentes de Brigitte Fontaine. Derrière son air farfelu, elle est, à mon goût, une des plus grandes philosophes contemporaines : elle compose les plus belles chansons d'amour que je connaisse.